Les personnes ayant l’hépatite C ont un accès limité aux antiviraux à action directe

Antiviraux à action directe.

Antiviraux à action directe.

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Plus de 85 % des provinces et territoires canadiens restreignent l’accès aux nouveaux antiviraux à action directe pour le traitement de l’hépatite C.

Une pilule par jour pendant 12 semaines. Les nouveaux antiviraux à action directe sont efficaces pour guérir l’infection au virus de l’hépatite C, une maladie potentiellement mortelle qui s’attaque au foie. Mais le traitement coûte cher, soit environ 60 000 $ par patient. Une étude menée par des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), du Kirby Institute (de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie) et du Réseau canadien sur l’hépatite C (CanHepC) démontre que, presque partout au Canada, les provinces et territoires imposent des barrières au remboursement de ces médicaments par le système public en raison de leur coût.

«Il existe plusieurs nouveaux antiviraux à action directe commercialisés par différentes compagnies pharmaceutiques. Nous avons étudié les pratiques de remboursement pour le simeprevir, le sofosbuvir, le ledipasvir-sofosbuvir et le paritaprevir-ritonavir-ombitasvir plus dasabuvir. On constate que de 85 à 92 % des provinces et territoires au Canada restreignent l’accès à ces médicaments aux personnes ayant une fibrose modérée», affirme Alison Marshall, chercheuse au Kirby Institute et première auteure d’une étude publiée aujourd’hui dans CMAJ Open.

Plus de 220 000 personnes au Canada sont infectées par le virus de l’hépatite C. La maladie se transmet par le sang. Une personne sur quatre se débarrasse spontanément du virus avant qu’il s’attaque au foie. Les autres ne ressentent souvent pas de symptômes au début, mais développent graduellement une maladie du foie, gradée de F0 à F4. F0 correspond à l’infection initiale sans fibrose et F4 à la cirrhose.

D’un océan à l’autre, les provinces et territoires imposent toutes sortes de conditions avant de rembourser tel ou tel antiviral à action directe: niveau de fibrose F2, prescription par un médecin spécialiste, absence d’infection au VIH, etc. La pilule n’est pas facile à obtenir, constate Michel Deschênes, 38 ans. «Ça fait un an que je suis infecté par l’hépatite C et j’attends encore un examen FibroScan®. Mon médecin m’a dit de revenir parce que mon foie n’est pas assez malade pour qu’on me prescrive le médicament. J’ai une copine, je suis en recherche active d’emploi. Ça hypothèque ma vie et j’aimerais m’en débarrasser», dit-il.

«Le traitement est efficace, sécuritaire et économiquement rentable. On devrait traiter toutes les personnes infectées par l’hépatite C», insiste la Dre Julie Bruneau, médecin et chercheuse au CHUM. Le Canada adhère à l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé d’éradiquer l’hépatite d’ici 2030. Actuellement, la majorité des infections à l’hépatite C au Canada surviennent chez les utilisateurs de drogues injectables.

Production multimédia CHUM.

Naglaa Shoukry et Julie Bruneau.

«Or, ces personnes sont souvent vulnérables et stigmatisées, et ont un rapport au système de soins difficile. Leur dire d’attendre signifie souvent les perdre de vue. Si l’on veut diminuer significativement l’infection dans l’avenir, il faut offrir des services adaptés, dépister les personnes infectées et les traiter. Si l’infection réapparaît, il faut les traiter de nouveau immédiatement. Sinon, nous perdrons la bataille et ça coûtera plus cher en argent et en vies humaines», explique la Dre Bruneau.

Si la tendance se maintient, les coûts associés au traitement des patients atteints d’une cirrhose vont grimper de 161 à 258 M$ par année en 2035, calculent les auteurs de l’étude de CMAJ Open. «En termes de coûts de santé publique, ça revient moins cher de payer 60 000 $ maintenant pour un traitement antiviral que la greffe du foie à 500 000 $ plus tard», illustre la Dre Bruneau, également professeure à l’Université de Montréal.

Les scientifiques du Réseau canadien sur l’hépatite C réclament une stratégie nationale pour éliminer l’hépatite C au pays. «Même si les soins de santé relèvent des provinces et que nous avons 13 régimes d’assurance-maladie au Canada, il nous faut un plan national et des objectifs communs à adapter selon la réalité locale. On l’a fait pour le VIH, on devrait le faire pour l’hépatite C», plaide Naglaa Shoukry, chercheuse au CRCHUM et directrice du Réseau canadien sur l’hépatite C.

En Australie, une telle approche a servi de levier pour négocier le prix des antiviraux avec les compagnies pharmaceutiques et élargir l’accès à ces nouvelles thérapies pour toutes les personnes qui vivent avec cette infection, sans restriction par rapport à l’atteinte au foie. En cinq mois, 26 500 personnes ont été traitées, soit 12 % du nombre estimé de personnes souffrant d’hépatite C chronique dans ce pays. «En ce moment au Canada, c’est l’offre et la demande, il y a des négociations compagnie par compagnie, pilule par pilule. Il n’y a pas de transparence et l’on ne sait pas vraiment combien coûtent réellement les nouveaux antiviraux. La seule façon d’éliminer l’hépatite C, c’est d’adopter une stratégie nationale pour dépister et traiter toutes les personnes infectées, en particulier les personnes qui s’injectent des drogues», conclut Naglaa Shoukry.

À propos de cette étude

L’étude «A review of restrictions of reimbursement of direct-acting antiviral treatment for hepatitis C virus infection in Canada» a été menée par les chercheurs du Réseau canadien sur l’hépatite C (CanHepC), dirigé par Naglaa Shoukry (CRCHUM et Université de Montréal) et Julie Bruneau (CRCHUM et Université de Montréal). L’étude ne représente pas nécessairement le point de vue des principaux organismes subventionnaires: les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) (subvention: NHC-142832), l’Agence de santé publique du Canada et le département de la santé et de la vieillesse de l’Australie . Pour en savoir plus, consultez l’étude.

Ressources additionnelles

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM) améliore la santé chez l'adulte par un continuum de recherche universitaire de haut niveau qui, en améliorant la compréhension des mécanismes étiologiques et pathogéniques, favorise le développement, l'implantation et l'évaluation de nouvelles stratégies préventives, diagnostiques et thérapeutiques. Le CRCHUM offre un environnement de formation assurant une relève engagée dans une recherche d'excellence.

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