De nouveaux partenaires industriels pour Hydro-Québec: les plantes

  • Forum
  • Le 17 octobre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les travaux de la nouvelle chaire porteront notamment sur la lutte aux espèces envahissantes sous les pylônes électriques.

Les travaux de la nouvelle chaire porteront notamment sur la lutte aux espèces envahissantes sous les pylônes électriques.

Crédit : Jacques Brisson

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Le botaniste Jacques Brisson est le premier titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Hydro-Québec en phytotechnologie.

Semer des graines d’herbacées dont de l’ivraie dans un terrain mis à nu sous des pylônes, cela peut suffire à bloquer la pousse d’arbres qu’il faut ensuite venir couper pour éviter qu’ils entravent le transport de l’électricité. «Les expériences tentées au cours des derniers mois sont prometteuses. Même si l’ivraie n’est pas une espèce indigène, elle disparaît avant la saison végétative suivante; entretemps, elle est si abondante qu’elle empêche la pousse d’espèces indésirables», explique le botaniste Jacques Brisson, professeur de botanique à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV).

Voilà une approche de phytotechnologie qui sera l’objet de recherches soutenues à la toute nouvelle Chaire de recherche industrielle CRSNG/Hydro-Québec en phytotechnologie, lancée le 17 octobre à Montréal. C’est à la faveur d’une mise de fonds de 1,8 M$ sur cinq ans qu’elle a vu le jour. Sa création résulte d’un partenariat entre l’Université de Montréal, Hydro-Québec, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), l’IRBV et le Centre d’excellence de Montréal en réhabilitation des sols. En plus des projets de recherche appliquée, on y effectuera plusieurs travaux de recherche fondamentale. Par exemple, on entend mesurer les effets de la biodiversité après des interventions de phytotechnologie. On veut aussi étudier les interactions plantes-environnement en écophysiologie végétale et les relations des racines avec les champignons microscopiques du sol, qu’on appelle «mycorhizes». Plusieurs travaux de maîtrise sont déjà entamés. D’autres, y compris des recherches doctorales et postdoctorales, seront entrepris le jour dans la nouvelle serre Phytozone, sous les verrières du Jardin botanique de Montréal. La construction de ce laboratoire très particulier a été rendue possible grâce à la Fondation canadienne pour l’innovation.

«Notre travail consistera à proposer des solutions concrètes aux problèmes relevés par Hydro-Québec sous des emprises électriques. La restauration des sols perturbés sensibles à l’érosion et aux espèces envahissantes est un de nos objectifs, mais il y a aussi la réhabilitation des lieux endommagés par la présence de polluants», mentionne le titulaire de la nouvelle chaire.

Montréal capitale verte

La phytotechnologie, un terme que les chercheurs de Montréal ont fait connaître dans la francophonie, définit les processus naturels utilisant «les couverts végétaux spécialement conçus pour réaliser une tâche spécifique telle que décontaminer l'eau ou le sol, protéger contre l'érosion ou l'invasion d'espèces nuisibles ou encore réduire les pertes d'énergie des infrastructures». La popularité croissante de cette approche présente de nouveaux défis pour la science, précisent les chercheurs engagés dans cette voie. Si l’on veut améliorer l’efficacité des procédés phytotechnologiques, il faut mieux comprendre les processus physiques, chimiques et biologiques qui accompagnent les interactions végétales.

Considéré comme l’un des pionniers canadiens dans le domaine, Jacques Brisson a mené plusieurs travaux sur la décontamination des eaux par les plantes dès les années 90, notamment avec le roseau commun. Le fondateur de la Société québécoise de phytotechnologie (2008) tient à dire que Montréal a su se positionner avantageusement quant à cette approche de développement durable qu’on nomme aussi «génie végétal» ou «chimie verte». «Il y a des équipes très productives en matière de phytoremédiation ou de reboisement des zones urbaines ailleurs dans le monde, mais c’est ici qu’on trouve la plus grande concentration interdisciplinaire de spécialistes dans le secteur.» Montréal accueillera d’ailleurs en 2017 une rencontre internationale en phytotechnologie, une première.

Plusieurs professeurs et chercheurs de l’Université de Montréal ayant fait leur marque dans la discipline sont rattachés directement à la Chaire à titre de collaborateurs: Michel Labrecque et Frédéric Pitre, professeurs associés au Département de sciences biologiques; Étienne Laliberté, professeur agrégé au même département; et Yves Comeau, professeur titulaire à Polytechnique Montréal. M. Labrecque s’occupera spécifiquement de recherche et développement dans le groupe, qui compte aussi plusieurs étudiants et employés: Patrick Boivin (professionnel de recherche et responsable administratif), Chloé Frédette (maîtrise), Cédric Frenette Dussault (postdoctorat), Philippe Heine (maîtrise) et Benoit St-Georges (auxiliaire de recherche). La Chaire permettra en outre d’engager un nouveau professeur, ce qui réjouit M. Brisson au plus haut point.

Jacques Brisson

Crédit : Amélie Philibert