La perte d'un emploi observable... jusque dans les biomarqueurs de la personne remerciée

  • Forum
  • Le 17 octobre 2016

  • Martin LaSalle
Parmi les sujets analysés, ceux qui ont été congédiés affichaient 21 % plus de biomarqueurs à risque élevé, particulièrement au chapitre du taux d’hémoglobine glyquée - un marqueur du diabète.

Parmi les sujets analysés, ceux qui ont été congédiés affichaient 21 % plus de biomarqueurs à risque élevé, particulièrement au chapitre du taux d’hémoglobine glyquée - un marqueur du diabète.

Crédit : Thinkstock

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Perdre un emploi a des effets néfastes qui se manifestent jusque dans les biomarqueurs d’une personne, dont ceux du cholestérol, de l’inflammation et du diabète, selon un chercheur de HEC Montréal.

La perte d’un emploi a des effets néfastes sur la santé qui sont visibles jusque dans certains biomarqueurs d’une personne, dont ceux de l’inflammation, du cholestérol et du diabète. En revanche, la santé des travailleurs qui sont licenciés à cause d’une fermeture d’entreprise n’est pas ainsi altérée.

C’est ce qui ressort d’une étude qu’a menée le professeur Pierre-Carl Michaud, du Département d’économie appliquée de HEC Montréal, qui s’intéresse aux enjeux liant les pertes d’emploi et la détérioration de la santé des travailleurs américains.

Subventionnée en partie par les National Institutes of Health – l’équivalent américain des Instituts de recherche en santé du Canada –, l’étude a été effectuée à partir des données recueillies auprès de 6152 travailleurs et travailleuses âgés de 64 ans en moyenne.

Combinées avec des entrevues individuelles destinées à connaître l’historique de travail de chaque participant durant les 8 à 16 dernières années, les données englobent les mesures de la pression artérielle et de six biomarqueurs à risque élevé pour la santé, dont le taux global de cholestérol et celui de mauvais cholestérol (marqueurs de la santé cardiovasculaire), les taux de protéine C-réactive (marqueur de l’inflammation) et d’hémoglobine glyquée (marqueur du diabète).

Un effet mesurable

Parmi les sujets, 17 % ont été remerciés de leurs services au cours de l’étude pour des motifs liés à la performance et près de 10 % ont perdu leur emploi parce que l’entreprise qui les embauchait a fermé.

«L’analyse des données montre que les mises à pied découlant d’une fermeture d’entreprise n’augmentent pas le nombre de biomarqueurs à risque élevé chez les travailleurs», indique M. Michaud, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques.

Toutefois, ceux qui ont été congédiés affichaient 21 % plus de biomarqueurs à risque élevé, particulièrement au chapitre du taux d’hémoglobine glyquée. Cet indice est le moyen le plus fiable pour évaluer le risque de diabète ou révéler la présence de la maladie, puisqu’il mesure la glycémie moyenne des deux à trois mois précédant son dosage sanguin.

«Étonnamment, la protéine C-réactive, qui permet entre autres de détecter la présence d’une maladie de nature inflammatoire, n’était pas plus élevée chez les employés renvoyés que chez ceux qui avaient été mis à pied en raison d’une fermeture», poursuit Pierre-Carl Michaud.

Néanmoins, ce n’est pas tant la présence d’un marqueur à risque élevé qui est liée à un état de santé plus fragile, mais bien celle de plusieurs de ces marqueurs chez un même individu.

Cette association touche davantage les hommes qui travaillent dans les secteurs de l’économie secondaire. Plus encore, on estime qu’à long terme jusqu’à 10 % des décès chez les travailleurs pourraient être associés à la perte d’un emploi. 

Plus dommageable chez les plus jeunes

Les résultats de l’étude indiquent que la perte d’un emploi s’avère plus dommageable pour la santé des travailleurs lorsque ceux-ci ont encore plusieurs années de labeur devant eux «vraisemblablement parce que leur renvoi vient briser leur plan de carrière, mentionne le professeur. À l’inverse, les biomarqueurs de ceux qui songeaient déjà à la retraite avant d’être renvoyés demeuraient stables».

Selon lui, être mis à la porte pour des raisons autres que la cessation des activités de l’employeur a un effet plus prononcé sur l’estime de soi et sur le stress que la perte de revenus entraînée par la perte de son emploi.

«Notre étude ajoute une preuve à une réalité à laquelle peu d’économistes prêtent attention, conclut Pierre-Carl Michaud. Puisqu’ils établissent une distinction entre une fermeture complète d’entreprise et le congédiement pour d’autres motifs, nos résultats peuvent guider les services de ressources humaines vers une meilleure pratique lorsqu’ils ont à effectuer des mises à pied.»