Les bactéries: des ennemies redoutables!

  • Forum
  • Le 20 octobre 2016

  • Dominique Nancy
Avec la volonté grandissante de réduire l’utilisation des antibiotiques, trouver des moyens efficaces pour prévenir les infections demeure un enjeu majeur en santé animale.

Avec la volonté grandissante de réduire l’utilisation des antibiotiques, trouver des moyens efficaces pour prévenir les infections demeure un enjeu majeur en santé animale.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

L’équipe de Mariela Segura a conçu un prototype de vaccin glycoconjugué contre les infections à «Streptococcus suis» chez le porc.

«Malgré les progrès de la vaccinologie, la médecine vétérinaire continue d’être confrontée à des infections causées par des bactéries. Avec la volonté grandissante de réduire l’utilisation des antibiotiques, trouver des moyens efficaces pour prévenir les infections demeure un enjeu majeur en santé animale», déclare la Dre Mariela Segura, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et directrice du Laboratoire de recherche en immunologie.

Parmi les pathogènes qui ont réapparu avec la réduction des antibiotiques figure Streptococcus suis, qui représente un enjeu économique majeur en médecine porcine. Cette bactérie du porc peut être transmise à l’être humain et a provoqué plusieurs épidémies graves en Asie, dont une en Chine en 2005. Le Réseau canadien de surveillance de la santé porcine a récemment souligné que la gestion de cette maladie engendre beaucoup de frustration au moment où l’industrie porcine maximise les efforts pour restreindre l’utilisation des antibiotiques alors que les vaccins ne se sont pas avérés très efficaces contre cette bactérie.

La bactérie est classée en sérotypes (c’est-à-dire en variantes antigéniques) selon la composition biochimique de la capsule polysaccharidique (une couche de sucre qui protège la bactérie contre les défenses immunitaires de l’hôte). Autre difficulté: il y a une grande variabilité de souches à l’intérieur d’un même sérotype de S. suis. «Cela complique la mise au point d’un vaccin universel, au moins contre le ou les sérotypes les plus virulents», signale Mariela Segura.

Seule chercheuse occidentale à faire partie de l’équipe d’intervention lors de l’épidémie qui a frappé les Chinois, la Dre Segura a mis sur pied de nombreux projets de collaboration avec la Chine et plusieurs autres pays afin de faire avancer la recherche sur ce pathogène. Elle a notamment coorganisé les premier et deuxième symposiums internationaux sur Streptococcus suis en réunissant des experts d’Amérique, d’Europe et d’Asie.

Sommité internationale en matière de bactéries dites «encapsulées», Mariela Segura a conçu en 2014, en collaboration avec le chercheur René Roy, de l’UQAM, un prototype de vaccin glycoconjugué contre les infections à Streptococcus suis chez le porc. Les premiers résultats se sont révélés prometteurs. Une importante compagnie pharmaceutique a déjà vérifié l’efficacité du vaccin chez le porc et les recherches se poursuivent afin d’améliorer la formulation vaccinale. La fabrication d’un vaccin pour protéger l’humain est également envisageable et fait présentement l’objet d’études.

Bactéries encapsulées

Mariela Segura

Crédit : Marco Langlois

Mais que sont les bactéries encapsulées? «Ce sont des bactéries recouvertes d’une couche de protection qui leur permet de déjouer le système immunitaire de l’hôte», explique la chercheuse, qui a reçu au fil de sa carrière plusieurs bourses et prix, dont le L’Oréal Canada for Women in Science Research Excellence Fellowship, le prix Fisher, accordé par la Société canadienne des microbiologistes, le prix Femmes de mérite 2012 en sciences et technologie et le prix Zoetis d’excellence en recherche 2014.

Ses travaux visent à comprendre comment le système immunitaire réagit à ces pathogènes redoutables. Pour concevoir le nouveau vaccin, les professeurs Segura et Roy, tous deux associés au Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole (un regroupement d’experts multidisciplinaire basé à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et subventionné par le Fonds de recherche du Québec–Nature et technologies), ont eu recours à une approche originale en médecine vétérinaire. Ils ont appliqué une technique jusqu’alors utilisée en vaccinologie humaine pour créer un vaccin glycoconjugué, c’est-à-dire qui conjugue de façon covalente la capsule polysaccharidique de la bactérie et une protéine immunogénique, dite «porteuse», permettant de stimuler la production d’anticorps.

«L’idée est de cibler le sérotype 2 de S. suis, le plus virulent et le plus répandu des sérotypes dans le monde en plus d’être un redoutable agent de zoonoses», indique la Dre Segura. Pour composer ce vaccin, les chercheurs ont greffé la capsule polysaccharidique de S. suis à l’anatoxine tétanique, une protéine sécuritaire pour les animaux et les humains, capable de susciter une réaction immunitaire. Bingo! Des études immunologiques sur des souris et des porcs ont démontré un effet protecteur.

La professeure Segura continue ses travaux afin d’améliorer la composition du vaccin et de trouver une méthode chimique, simple et peu coûteuse, comparable à celle qu’elle a employée avec une application en médecine porcine. Mariela Segura espère pouvoir mettre au point un vaccin pour les humains destiné particulièrement aux habitants des régions plus à risque comme l’Asie et aux personnes en contact direct avec les porcs malades.