Aide médicale à mourir: le débat fait ombrage aux soins palliatifs

  • Forum
  • Le 21 octobre 2016

  • Martin LaSalle
Pas moins de 50 000 personnes qui meurent chaque année pourraient bénéficier de soins palliatifs mais «pour l’instant, on ne sait pas si elles y ont accès, ni si ces soins sont de bonne qualité, notamment dans les CHSLD… Et pourtant, toute personne y a droit!» déplore Alain Legault.

Pas moins de 50 000 personnes qui meurent chaque année pourraient bénéficier de soins palliatifs mais «pour l’instant, on ne sait pas si elles y ont accès, ni si ces soins sont de bonne qualité, notamment dans les CHSLD… Et pourtant, toute personne y a droit!» déplore Alain Legault.

Crédit : Thinkstock

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Bien que la loi québécoise sur les soins de fin de vie distingue clairement les soins palliatifs de l’aide médicale à mourir, une confusion persiste dans la population, selon Alain Legault, de l’UdeM.

«Il existe une confusion dans le public lorsqu’il est question d’aide médicale à mourir, car on croit, à tort, qu’elle fait partie des soins palliatifs: cette confusion crée une grande pression sur le personnel soignant.»

C’est ce qu’a affirmé Alain Legault, professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, dans une visioconférence donnée la semaine dernière devant des étudiants et des soignants, et à laquelle ont pris part des infirmières de toutes les régions du Québec.

À cette occasion, il a voulu mettre en lumière certains points de tension qui découlent de l’adoption, en juin 2014, de la Loi concernant les soins de fin de vie et de son application dans la pratique médicale.

Confusion et pression sur le personnel infirmier

Une première tension émerge de l’opposition entre la notion de droit et celle de liberté, selon Alain Legault.

«La loi a défini l’aide médicale à mourir comme un droit et, conséquemment, les autorités ministérielles s’attendent à ce qu’il y ait une réponse socialement organisée lorsqu’on en fait la demande, indique-t-il. Le droit à l’objection de conscience pour les médecins et les professionnels de la santé est lui aussi accordé par la loi, mais il semble difficile de le faire reconnaître dans le contexte actuel. Les choses seraient plus simples si l’on considérait l’aide médicale à mourir comme une liberté: elle serait permise sans que le personnel soignant ait l’obligation de la prodiguer.»

Et cette confusion persiste bien que la loi québécoise sur les soins de fin de vie distingue clairement les soins palliatifs de l’aide médicale à mourir.

Si certains artisans des soins palliatifs ont décidé d’offrir aussi l’aide médicale à mourir, d’autres sont réticents à le faire en raison de convictions professionnelles ou personnelles.

«Est-il éthiquement acceptable de condamner ces personnes réticentes, de leur reprocher de ne pas respecter les droits des patients, en cherchant à les contraindre à poser un geste qui va à l’encontre de leurs valeurs?» demande le spécialiste des soins palliatifs au Québec.

Le choix pour les corps médical et infirmier d’offrir ou non l’aide médicale à mourir est aussi uniquement possible dans les maisons de soins palliatifs. Certains hôpitaux ont d’ailleurs tenté d’instaurer une politique permettant d’exempter le personnel de leurs unités de soins palliatifs de l’application de la loi sur l’aide à mourir, «mais ils se sont fait rapidement rabrouer par le ministre de la Santé et des Services sociaux», ajoute M. Legault.

Élargir l’accès aux soins palliatifs

En janvier dernier, la Société canadienne du cancer (SCC) publiait un rapport qui faisait ressortir l’insuffisance des soins palliatifs et leur accès limité.

Déplorant le manque de formation des médecins et infirmières en la matière au Canada, la SCC a rappelé que seul le Québec a adopté une loi garantissant des soins de fin de vie pour les personnes atteintes d’une maladie incurable. Mais, d’après le rapport, l’offre de soins palliatifs varie de 20 à 60 % au Québec, selon l’endroit où l’on se trouve.

Et cette disparité ne touche pas que les régions: l’accès à des soins palliatifs à domicile à Montréal pose problème. Pourtant, lorsqu’ils sont donnés chez le patient, ils ne coûtent qu’environ 100 $ par jour à l’État, contre 770 $ en milieu hospitalier, selon la SCC. Dans une maison de soins palliatifs privée, ils reviennent à environ 360 $ par jour.

«Pas moins de 50 000 personnes qui meurent chaque année pourraient bénéficier de soins palliatifs et, pour l’instant, on ne sait pas si elles y ont accès, ni si ces soins sont de bonne qualité, notamment dans les CHSLD… Et pourtant, toute personne y a droit!» déplore Alain Legault.

Selon lui, le manque de ressources et de formation du personnel constitue une autre pierre d’achoppement qui «ne permet pas toujours d’accompagner les gens âgés qui ont construit le Québec comme ils l’auraient souhaité: les soins palliatifs peuvent, dans bien des cas, se substituer à l’aide médicale à mourir et devraient toujours être la première option offerte aux personnes qui se dirigent vers la mort», a-t-il conclu.