Vaccination contre le VPH: moins de cas d’infection et de lésions précancéreuses

  • Forum
  • Le 27 octobre 2016

  • Martin LaSalle
Au Québec, 75 % des jeunes filles ont été vaccinées depuis l'implantation du programme de vaccination contre le VPH en 2008. Par comparaison, la couverture vaccinale est de 82 % au Danemark, 73 % en Australie et 40 % aux États-Unis.

Au Québec, 75 % des jeunes filles ont été vaccinées depuis l'implantation du programme de vaccination contre le VPH en 2008. Par comparaison, la couverture vaccinale est de 82 % au Danemark, 73 % en Australie et 40 % aux États-Unis.

Crédit : Thinkstock

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La vaccination contre le VPH diminue les infections et les cas de condylomes chez les femmes tant vaccinées que non vaccinées, selon la Dre Marie-Hélène Mayrand, professeure à l’Université de Montréal

Les pays qui ont implanté un programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) ont vu diminuer, en quelques années seulement, les taux d’infection ainsi que les cas de condylomes (verrues génitales) et de lésions précancéreuses du col de l’utérus.

C’est ce qu’a indiqué la Dre Marie-Hélène Mayrand, professeure au Département d’obstétrique-gynécologie de l’Université de Montréal, à l’occasion de la 7e Journée scientifique du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), tenue il y a quelques jours sur le thème «Vaccinologie et immunothérapie: de la recherche fondamentale à la médecine personnalisée». La Dre Mayrand a résumé les résultats d’études réalisées par des groupes indépendants des compagnies pharmaceutiques, principalement par des spécialistes en dépistage, vaccination et santé publique de différents pays.

Faisant partie des infections transmissibles sexuellement, le VPH regroupe de nombreuses souches ou génotypes, dont une douzaine peuvent causer un cancer. Les souches les plus oncogènes sont les génotypes 16 et 18.

Une infection par VPH se résorbe presque toujours d’elle-même. «Toutefois, elle peut persister chez certaines femmes et mener à une lésion précancéreuse. On estime que 30 % des précancers se transformeraient en cancers s’ils n’étaient pas traités», mentionne la Dre Mayrand, qui enseigne aussi au Département de médecine sociale et préventive de l’École de santé publique de l’UdeM.

Pour prévenir ces infections, différents vaccins ont été mis au point à partir du début des années 2000. Le vaccin le plus utilisé dans le monde est quadrivalent: il cible les génotypes 6, 11 (non oncogènes et responsables des condylomes), 16 et 18 (qui sont oncogènes).

À partir de 2006, différents programmes de vaccination universels ont été adoptés dans le monde. C’est ce qu’ont fait l’Australie et le Québec, ce dernier ayant mis sur pied un programme destiné aux filles de la quatrième année du primaire et à celles de troisième secondaire qui n’auraient pas été vaccinées à l’école primaire.

Des programmes similaires existent aussi aux États-Unis et au Danemark, mais en dehors du système scolaire.

Efficacité des vaccins contre les infections

Au Québec, l’étude PIXEL fait ressortir que la prévalence des infections (ensemble des cas, nouveaux et anciens) par VPH varie en fonction de l’âge auquel le vaccin a été administré.

Ainsi, parmi les filles qui avaient été vaccinées en quatrième année du primaire, la prévalence du VPH a diminué de 96 % cinq ans après la vaccination. Cette diminution est de 86 % chez celles qui avaient été vaccinées en troisième secondaire, comparativement à 12 % chez les jeunes femmes vaccinées plus tardivement et en dehors du programme de vaccination scolaire.

Par ailleurs, la vaccination a permis de réduire d’environ 90 % les cas de condylomes dans des pays comme la Suède, la Belgique et le Danemark parmi les jeunes filles vaccinées au début de l’adolescence. En Australie, la vaccination a même entraîné la disparition quasi complète des cas de condylomes chez les moins de 21 ans, selon une étude citée par la Dre Mayrand.

De façon plus étonnante, l’effet du vaccin sur la diminution des lésions précancéreuses se fait déjà sentir. Par exemple, en Suède, on signale une réduction de 75 à 85 % du nombre de lésions parmi les jeunes filles qui ont été vaccinées avant l’âge de 17 ans, et de 22 à 25 % chez celles n’ayant reçu le vaccin que dans la vingtaine.

«Une baisse de 85 % des lésions précancéreuses chez les jeunes femmes de moins de 25 ans peut sembler surprenante, car on estime que seulement 50 % des lésions précancéreuses sont associées aux génotypes 16 et 18 du virus dans la population en général. Par contre, les génotypes 16 et 18 étant très oncogènes, ils causent rapidement des lésions, ce qui explique que, chez les plus jeunes, ils causent une plus grande proportion des lésions. C’est une très bonne nouvelle que le vaccin soit aussi efficace quelques années seulement après le début de la vaccination», commente celle qui est aussi chercheuse au CRCHUM.

Une protection même pour les non-vaccinées

Dre Marie-Hélène Mayrand

Crédit : CRCHUM

En santé publique, on s’intéresse également à l’effet d’un programme de vaccination sur la population non vaccinée, appelé immunité de groupe. «Quand on mesure la prévalence des infections par génotypes ciblés de VPH, dans différents pays, on constate leur diminution de 34 à 82 % dans la population, en fonction des groupes d’âge visés par la vaccination et la couverture vaccinale, illustre Mme Mayrand. Chez les personnes non vaccinées, cette diminution est de l’ordre de 17 à 49 %, ce qui indique une immunité de groupe quelques années seulement après le début du programme.»

Toujours en Australie, où le programme de vaccination a été implanté dans les écoles, les études font état d’une réduction allant de 62 à 88 % du nombre de cas de condylomes parmi l’ensemble des personnes en âge d’être vaccinées – qu’elles l’aient été ou non. Au Danemark, où le programme n’est pas offert à l’école, cette diminution varie de 42 à 67 %, selon les études. 

Pas de registre au Québec

Au Québec, on évalue que 75 % des jeunes filles ont été vaccinées, comparativement à 82 % au Danemark, 73 % en Australie et 40 % aux États-Unis.

La stratégie québécoise de n’utiliser que deux des trois doses du vaccin quadrivalent a été appuyée par l’Organisation mondiale de la santé. Il reste qu’«il est difficile de mesurer l’efficacité globale du programme de vaccination du Québec en raison de l’absence d’un programme organisé de dépistage du cancer du col de l’utérus incluant un registre des cytologies et biopsies anormales», déplore la Dre Mayrand.

Néanmoins, le CRCHUM collabore actuellement à un projet d’essai clinique intitulé ICI-VPH, «le seul dans le monde à se pencher sur l’effet qu’aurait un calendrier allongé d’un vaccin contre le VPH», conclut-elle.