Baisse de la main-d’œuvre active: les 80 ans et plus en renfort!

«Parmi les personnes âgées de 80 ans et plus, il y aura, comme c’est le cas actuellement, davantage de gens en mesure de fournir ces services sociaux que l’inverse.»

«Parmi les personnes âgées de 80 ans et plus, il y aura, comme c’est le cas actuellement, davantage de gens en mesure de fournir ces services sociaux que l’inverse.»

Crédit : Thinkstock

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Avec le vieillissement de la population et la baisse de la main-d’œuvre active, qui pourra fournir les services sociaux dont la demande sera en hausse? Pourquoi pas les gens âgés de 80 ans et plus?

Depuis plusieurs années, les démographes voient arriver la vague grise des baby-boumeurs avec appréhension et incitent les gouvernements à prendre des mesures pour atténuer le choc démographique dans divers domaines. Du côté des services sociaux, quand une proportion significative des baby-boumeurs aura atteint l’âge de 80 ans, la pression sera très forte pour que les gouvernements fournissent plus de services aux personnes en perte d’autonomie. Où trouver les ressources humaines pour offrir ces services?

Parmi leurs pairs générationnels, indique une étude réalisée par Leroy Stone et présentée au symposium «Politiques et pratiques sociales: impératifs des politiques relatives au travail à un âge avancé», tenu à la fin d’octobre par l’Association canadienne de gérontologie. «Parmi les personnes âgées de 80 ans et plus, il y aura, comme c’est le cas actuellement, davantage de gens en mesure de fournir ces services sociaux que l’inverse, souligne M. Stone, qui est professeur associé au Département de démographie de l’Université de Montréal. Ces hommes et ces femmes seront en mesure de proposer des services sociaux à leurs pairs en perte d’autonomie ou encore à d’autres franges de la population.»

Les recherches en gérontologie démontrent que la plus grande partie des services sociaux sont fournis aux personnes âgées en perte d’autonomie sous forme de travail non rémunéré, soit par les membres de la famille ou d’autres proches de leur réseau de soutien. Il restait toutefois aux démographes à produire une estimation du nombre de gens en mesure d’offrir des services sociaux, qu’il s’agisse de travail rémunéré ou non. C’est ce que s’est employé à faire le professeur Stone dans sa plus récente étude.

M. Stone estime qu’à l’été 2015 un peu plus de 33 % de la population âgée de 80 ans et plus possédaient les habiletés pour proposer des services sociaux et que ce pourcentage est presque deux fois plus élevé que celui des personnes ayant besoin de ces services pour leurs activités de la vie quotidienne.

«Malgré les chiffres, il ne faut pas nécessairement s’attendre à ce que ce soit les gens de 80 ans qui fournissent les services sociaux aux personnes en perte d’autonomie, prévient le professeur Stone, qui est aussi ancien directeur général associé des études analytiques à Statistique Canada. Certains mettront aussi en doute la légitimité de demander à des gens âgés d’assurer ces services.»

«Le but de mon étude était de montrer que nos dirigeants politiques n’ont pas besoin de s’inquiéter d’une pénurie de main-d’œuvre active âgée de 15 à 64 ans. Les personnes de 80 ans et plus représentent un bassin potentiel pour la prestation de services sociaux. Pour que ce bassin potentiel devienne effectif, il devra y avoir des changements dans la culture dominante et sur le plan institutionnel ainsi que des innovations dans nos politiques sociales. Même si ce n’est qu’en 2025 que les premiers boumeurs atteindront les 80 ans, c’est maintenant que nos gouvernements doivent agir pour éviter d’être pris au dépourvu», conclut-il.