L’élection présidentielle pour mieux apprivoiser la culture américaine

  • Forum
  • Le 3 novembre 2016

  • Martin LaSalle
Crédit : Benoît Gougeon

En 5 secondes

Le processus électoral américain est au coeur du cours de Sorel Friedman. Le 8 novembre, ses étudiants sauront si leurs prédictions se vérifient pour le choix du 45e président des États-Unis.

Tous les quatre ans, Sorel Friedman éprouve une grande fébrilité à l’idée de donner son cours en anglais sur la culture américaine contemporaine au Département de littératures et de langues du monde de l’Université de Montréal; l’élection présidentielle lui procure l’occasion d’aborder, avec ses étudiants, les us et coutumes de nos voisins du Sud à travers le processus électoral.

Depuis septembre, ses 80 étudiants scrutent chacun des États du pays afin de cerner les courants sociaux et les faits marquants de l’actualité qui influenceront l’issue du scrutin le 8 novembre au soir. Et les échanges qu’ils ont en classe leur permettent d’affiner leurs connaissances.

«Le choix du président américain revêt une grande importance en raison du pouvoir dont il est investi et de la portée de ses décisions sur la vie des gens, que ce soit sur le plan budgétaire ou sur le plan international», indique Hélène Tim, une étudiante à la mineure en anglais qui a choisi ce cours afin de mieux comprendre le pays où elle souhaite vivre un jour.

Pas un bloc monolithique

«Les États américains ne forment pas un bloc monolithique, bien que le système à deux partis politiques donne cette impression, affirme Sorel Friedman. Dans mon cours, nous désagrégeons chacun des États et les étudiants sont à même de constater que les États-Unis sont, en quelque sorte, constitués de 50 nations et tout autant de cultures.»

Pour l’enseignante et responsable des cours de langues, ce qui importe, c’est de «faire évoluer les idées préconçues avec lesquelles les étudiants arrivent au premier cours. Les Américains ne vivent pas ensemble, dit-elle. Ils sont comme des tribus qui se méfient du pouvoir central, pour des raisons historiques; lorsque les 13 colonies se sont regroupées, elles ont tenu à leur indépendance et ont créé un collège électoral afin d’équilibrer les pouvoirs».

Inscrit à la majeure en science politique et à la mineure en histoire, Pierre Patenaude se dit fasciné par «la façon dont les candidats à la présidence diversifient leurs discours pour atteindre les différents États ainsi que les multiples électorats qui les composent».

Pour sa part, Caroline Stirn, étudiante au baccalauréat en études anglaises et allemandes participante d’un programme d’échanges, estime que le bipartisme «ne semble pas être un système en mesure de représenter l’ensemble des courants sociaux, contrairement à certains pays européens – dont la France et l’Allemagne –, où le multipartisme permet à plusieurs courants politiques d’être à la fois représentés et entendus».

«Le rêve américain n’est pas aussi beau qu’on veut le laisser croire, renchérit l’étudiante au baccalauréat en sciences biologiques Solène Chevalier, qui participe elle aussi à un programme d’échanges. On dit que l’un des principes fondateurs des États-Unis est la liberté, mais il y a beaucoup d’injustices et d’inégalités, notamment en ce qui a trait aux Noirs et aux Latino-Américains.»

Un cours participatif

Ce cours, qui s’intéresse au processus électoral américain comme élément culturel du pays, porte également sur les changements sociaux et culturels survenus depuis la Deuxième Guerre mondiale, tels l’accroissement de la classe moyenne, le mouvement des droits civiques, la contre-culture des années 60 et la deuxième vague du féminisme.

Pour approfondir autant de sujets, Sorel Friedman met toute sa créativité en œuvre en présentant sa matière aux étudiants par le biais des médias sociaux, de conférences sur Skype prononcées par divers invités et, surtout, d’échanges entre étudiants. 

«J’effectue des sondages électroniques et, avant de répondre, ils doivent réfléchir en petits groupes, ce qui leur permet d’étoffer leur pensée critique d’une façon dynamique», illustre la pionnière de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication à l’UdeM.

Et sa recette est très appréciée de ses étudiants.

«J’aime beaucoup ce cours, car Mme Friedman utilise plusieurs outils pédagogiques et aussi parce que c’est le seul cours où je peux discuter en classe avec d’autres étudiants. Et le dynamisme de la professeure est contagieux», mentionne Friederike Gut, étudiante allemande qui est inscrite en études anglaises et sociologie.

«Je mise beaucoup sur les discussions de groupe parce qu’elles permettent, justement, aux étudiants d’ici de mieux accueillir leurs collègues qui viennent de l’étranger», précise d’ailleurs celle qui a remporté le prestigieux 3M National Teaching Fellowship en 2008.

Qui, de Donald Trump ou d’Hillary Clinton, prendra les rênes de la Maison-Blanche? Bien malin qui pourrait le prédire, mais chose certaine Sorel Friedman et ses étudiants passeront la soirée du 8 novembre devant un écran pour connaître le résultat. 

  • Sorel Friedman avec quelques-uns de ses étudiants: Pierre Patenaude, Caroline Stirn, Hélène Tim, Solène Chevalier et Friederike Gut.

    Crédit : Amélie Philibert

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  • Michael S. Lewis-Beck (University of Iowa)
  • Claire Durand (Université de Montréal)

De 15:00 à 18:00 au Carrefour des arts et des sciences (salle C-3061).
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