Roland Viau obtient un deuxième Prix du Gouverneur général en 20 ans

  • Forum
  • Le 4 novembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Roland Viau remporte un Prix du Gouverneur général pour son essai «Amerindia», après celui que lui a valu «Enfants du néant et mangeurs d'âme» en 1997.

Roland Viau remporte un Prix du Gouverneur général pour son essai «Amerindia», après celui que lui a valu «Enfants du néant et mangeurs d'âme» en 1997.

Crédit : Amélie Philibert

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«Amerindia», de l’anthropologue Roland Viau, qui a fait carrière comme chargé de cours à l’Université de Montréal, remporte le Prix littéraire du Gouverneur général 2016 dans la catégorie des essais.

L’anthropologue Roland Viau remporte le Prix littéraire du Gouverneur général 2016 dans la catégorie Essais littéraires pour son recueil intitulé Amerindia: essais d’ethnohistoire autochtone, paru l’an dernier aux Presses de l’Université de Montréal. C’est la deuxième fois en 20 ans que l’auteur se voit remettre le prix le plus convoité du Canada dans le domaine des lettres. «Je suis très heureux de cet honneur, qui vient reconnaître la constance de mes travaux sur les cultures et les sociétés autochtones», dit le lauréat, qui a longtemps considéré le Département d’anthropologie de l’Université de Montréal comme sa «deuxième maison». Son ouvrage est d’ailleurs dédié à son directeur de maîtrise et de doctorat, l’archéologue Normand Clermont.

De ce singulier recueil de textes comprenant sept inédits, les membres du jury littéraire (composé des auteurs Samuel Archibald, Yin Chen et Jacques Julien) ont apprécié la «vision non linéaire et non hiérarchisée des relations entre les Autochtones et les colonisateurs» et le fait que l’auteur «les resitue dans le contexte de l’évolution des civilisations».

Roland Viau savait que la compétition était relevée avec des finalistes tels André Habib, Michel Morin, Yvon Rivard et Louise Warren; il a reçu ce prix comme une confirmation «rafraîchissante» de sa contribution intellectuelle. «Je suis flatté de cette récompense. Il y a plus de 30 ans que j’écris pour faire connaître la culture autochtone, particulièrement les familles linguistiques iroquoienne et algonquine. De plus, je propose une approche qui est à la fois historique et anthropologique, d’où cette perspective transdisciplinaire, essentielle à mes yeux.» Lui-même se dit «anthropologue par formation, amérindianiste par choix et historien par méthode», comme on peut le lire dans son ouvrage.

Tous sauvages!

Dans son livre, un chapitre est intitulé «Tous sauvages». Il y nuance un concept cher à Claude Lévi-Strauss, le relativisme culturel. Il y a des domaines où celui-ci ne s’applique pas, prétend-il. «L’anthropologue n’est pas tenu notamment de respecter des lois, des coutumes, des considérations religieuses, ni de défendre des traditions discriminatoires, qui vont à l’encontre des droits humains ou remettent en cause leur dimension universelle. En particulier, le droit à l’égalité des femmes et celui à l’autodétermination des peuples», écrit l’auteur à la page 169. En ces temps de rectitude politique, il réfute cette idée bien répandue que «tout se vaut». «Il n’y a pas d’exception culturelle à ces droits non négociables», croit-il.

"Amerindia" est paru aux PUM en 2015

L’anthropologue doit décrypter les indices de comportements culturels et économiques dans les textes, artéfacts, traces écrites, paroles, objets matériels, données immatérielles et autres sources à sa disposition. «C’est un travail forcément interdisciplinaire, ou plutôt transdisciplinaire», mentionne-t-il. Son essai reflète ce croisement de l’ethnologie, l’histoire et l’archéologie.

Après avoir couché sur le papier une quarantaine de titres potentiels, c’est ce néologisme, Amerindia, qu’il a gardé et qui paraît sur la couverture. Fusion des noms «Amérique» et «Amérindien», le mot apparaît sans accent pour marquer la réalité continentale. Il désigne «la terre natale des individus et des peuples qui appartiennent, par leur biologie et par leur culture, au continent américain».

M. Viau rencontre Forum à quelques semaines de la cérémonie officielle à Rideau Hall, à Ottawa, durant laquelle le gouverneur général lui remettra son prix de 25 000 $. Habitant Long Sault, en Ontario, il vient à Montréal une fois par semaine. «En principe, je suis retraité», indique le chercheur autonome qui donne cet automne le cours Violence: approches disciplinaires au certificat en victimologie de la Faculté de l’éducation permanente. L’enseignant a obtenu un baccalauréat en histoire avant de s’orienter vers l’anthropologie. Pendant 28 ans, il a mené une carrière de chargé de cours, «surchargé de cours», précise-t-il à la blague.

L’un de ses souhaits les plus chers, maintenant que son œuvre littéraire semble bien accueillie par ses pairs, est de voir ses principaux titres être traduits. Deux de ses livres (Ceux de Nigger Rock: enquête sur un cas d'esclavage des Noirs dans le Québec ancien, Montréal, Libre Expression, 2003 et Du pain ou du sang: les travailleurs irlandais et le canal Beauharnois, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2013) et ses ouvrages sur les Iroquoiens portaient sur des populations non francophones. «Je trouve dommage qu’ils n’y aient pas accès», déplore-t-il.