Ne touchez pas à la confidentialité en recherche!

  • Forum
  • Le 8 novembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
L’Université de Montréal est engagée dans une démarche visant à mieux protéger les chercheurs et les sujets de la recherche.

L’Université de Montréal est engagée dans une démarche visant à mieux protéger les chercheurs et les sujets de la recherche.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Frédéric Bouchard croit que l’anonymat des répondants en recherche est l’une des conditions d’une recherche de qualité, «l'un des piliers de la démocratie».

Auteure d’une thèse de doctorat en communication déposée en 2012 à l’UQAM, Marie-Ève Maillé a étudié la «détérioration du climat social» dans les communautés où un parc éolien a été construit. 

Elle est actuellement visée par une ordonnance de la Cour supérieure du Québec lui enjoignant de transmettre à un plaignant, l’entreprise Éoliennes de l'Érable, les noms des
93 participants à son étude en lui précisant s'ils sont «pour ou contre le projet» éolien.

Cette affaire soulève l’inquiétude des centaines d’universitaires québécois qui mènent actuellement des travaux auprès de répondants qui ont accepté de participer de façon anonyme à leurs projets de recherche. Philosophe des sciences, vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université de Montréal, Frédéric Bouchard répond à nos questions.

Frédéric Bouchard

Crédit : Amélie Philibert

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez pris connaissance de ce cas?

Avec étonnement et inquiétude. Je ne suis pas juriste et je ne connais pas tous les détails, mais il me semble qu’un principe, l’intégrité en recherche et en particulier la protection des sujets de recherche, a été bafoué ici. Ne pas «protéger» l’anonymat des sujets de recherche risque de fragiliser les projets de recherche et d’entraver la possibilité d’en arriver à des résultats probants. Ces résultats nous permettent de mieux comprendre notre réalité et d’agir en conséquence. La recherche de qualité est donc un bien commun qu’il faut soutenir. Les chercheurs doivent pouvoir discuter avec les citoyens de divers enjeux de société et les participants, en retour, doivent avoir confiance dans le processus, c’est-à-dire qu’ils ne doivent surtout pas craindre que leurs propos se retournent contre eux. 

Pourquoi assurer l’anonymat des répondants?

Le respect de la vie privée des participants et de la confidentialité est une des exigences mises en place par les grands organismes subventionnaires et est un élément clé de l’éthique de la recherche avec des participants humains. En participant à une étude, la personne contribue d’une certaine façon à l’amélioration de la société. Elle donne de son temps de façon désintéressée. Cet engagement moral doit être respecté par les différents pouvoirs.

Voyez-vous des similitudes entre ce cas et celui qui secoue actuellement le milieu journalistique?

En un sens, il est encore plus surprenant que l’espionnage des journalistes par les services policiers, car il concerne la question de l’intégrité de la recherche. Avant d’accorder des crédits aux chercheurs, le gouvernement doit voir à ce qu’ils assument leurs responsabilités éthiques. Le gouvernement ne devrait pas défaire d’une main ce qu’il construit de l’autre… Les conséquences d’un relâchement du respect de l’anonymat des répondants semblent méconnues dans l’opinion publique. Mais c’est un enjeu important pour tous les administrateurs de la recherche.

L’Université de Montréal prendra-t-elle des mesures spéciales en matière d’anonymat des sujets de recherche?

L’Université de Montréal est engagée depuis plusieurs années dans l’amélioration des processus d’intégrité de la recherche. Nous voulons mieux outiller les chercheurs à ce chapitre. Cette démarche vise à protéger davantage les chercheurs et les participants. Tout cela dans le but de mener des travaux de recherche de la plus grande qualité.