Platon, Proust et Léonard de Vinci au secours des bibliothèques

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  • Le 17 novembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
C'est sur un mode humoristique que les techniciennes en documentation ont choisi de sensibiliser les usagers. Ici, un caneton en plastique rappelle qu'on ne prend pas son bain avec des livres empruntés.

C'est sur un mode humoristique que les techniciennes en documentation ont choisi de sensibiliser les usagers. Ici, un caneton en plastique rappelle qu'on ne prend pas son bain avec des livres empruntés.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

La Bibliothèque des lettres et sciences humaines mène une campagne de prévention contre le vandalisme dans les livres de ses collections.

«1,5 million de mots pour À la recherche du temps perdu… Voulez-vous vraiment en rajouter?» «Platon et Aristote sont à l’examen? Laissez-les débattre.» Voilà des slogans qui ornent des affiches de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines et qui surmontent le conseil suivant: «Prenez vos notes dans un document qui vous appartient.»

Imaginée par les techniciennes en documentation Claudine Leprohon, Julie Touchette et Diane Moreau, la campagne d’affichage accompagne une exposition qui vient d’être inaugurée au rez-de-chaussée du pavillon Samuel-Bronfman. On y présente des ouvrages vandalisés par des usagers. «Pas un jour ne passe sans que nos commis recueillent des livres annotés ou dont des pages ont été abîmées. Nous faisons ce que nous pouvons pour les réparer, mais ils sont parfois si délabrés qu’il faut les élaguer», commente Julie Ouellette, responsable du service à la clientèle, qui a coordonné le projet.

Documents annotés à la mine ou au crayon à bille, surlignés à l’encre indélébile: plusieurs deviennent pratiquement illisibles pour la personne qui les emprunte. Un autre problème important: des pages déchirées ou découpées aux ciseaux dans des livres d’art.

C’est le peintre Léonard de Vinci et le cinéaste Georges Méliès qui sont appelés à la rescousse pour le volet touchant à l’intégrité des livres d’art. «Le sourire de la Joconde mérite d’être vu par tout le monde», est-il indiqué au-dessus du chef-d’œuvre amputé de la célèbre expression faciale. «Lors du voyage de Méliès, où ont-ils donc atterri?» Suit cette indication: «Découper les images dans les livres, c’est en priver les suivants.»

La campagne d’affichage a été réalisée par la bibliothécaire Juliette Tirard-Collet, qui s’est inspirée d’une campagne mise sur pied il y a quelques années à la Bibliothèque de musique par Tommy Lavallée, aujourd’hui chef des bibliothèques de chimie, physique et géographie. De facture semblable, elle avait pour objectif de prévenir le vandalisme des partitions à la Faculté de musique. On avait alors invité les Jean-Sébastien Bach, Igor Stravinski, Philip Glass et Thelonious Monk à sensibiliser les étudiants au phénomène. Un exemple: «La musique de JS Bach est sacrée; nos partitions aussi. Prière de ne pas les annoter.»

  • Platon et Aristote n'ont pas besoin d'annotations manuscrites dans le texte...

  • Les livres sont trop souvent annotés par les usagers. Les romans de Marcel Proust ne font pas exception.

  • Un problème récurrent est le découpage des illustrations dans les livres d'art. Imaginez la Joconde sans son énigmatique sourire.

  • Le surlignage est une mauvaise idée; pour voir la vie en jaune, portez des verres fumés.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Offrez un os à Toutou; non un livre de la bibliothèque.

    Crédit : Amélie Philibert