La fumée secondaire en petite enfance mène au décrochage

«Les jeunes enfants ont très peu de contrôle sur leur exposition à la fumée du tabac à domicile», a déclaré Mme Pagani.

«Les jeunes enfants ont très peu de contrôle sur leur exposition à la fumée du tabac à domicile», a déclaré Mme Pagani.

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Une nouvelle étude démontre que plus les enfants en bas âge sont exposés à la fumée du tabac dans leur ménage, plus ils sont à risque d’adopter un comportement antisocial et à décrocher de l'école.

Les résultats d’une nouvelle étude dirigée par Linda Pagani, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, démontrent que plus les enfants en bas âge sont exposés à la fumée du tabac dans leur ménage, plus ils sont à risque d’adopter un comportement antisocial à l’égard des autres, de manifester de l’agressivité proactive et réactive, d’avoir des problèmes de conduite à l’école et un risque de décrochage plus élevé à l’âge de 12 ans.

«Les jeunes enfants ont très peu de contrôle sur leur exposition à la fumée du tabac à domicile, considérée comme étant toxique pour le cerveau à un âge où celui-ci se développe exponentiellement», a déclaré Mme Pagani.

«La détection des facteurs environnementaux précoces qui influent ultérieurement sur le bien-être de l’enfant représente une cible importante en santé individuelle et communautaire. Les parents qui fument près des lieux où leurs enfants vivent et jouent les exposent souvent par inadvertance à de la fumée secondaire et tertiaire. On savait déjà que le tabagisme passif met les enfants à risque de développer des problèmes de santé à court et à long termes. Cependant, pour la première fois, nous avons des données probantes qui donnent à penser que cela pose aussi des risques pour les systèmes cérébraux en développement qui régissent les décisions comportementales, la vie sociale et émotionnelle, et la fonction cognitive», a-t-elle ajouté.

Mme Pagani ainsi que François Lévesque-Seck, qui étudie sous sa direction, et les professeurs Isabelle Archambault et Michel Janosz ont formulé leurs conclusions après avoir examiné les données d’une cohorte de filles et de garçons québécois nés en 1997 ou 1998 ayant fait l’objet d’un suivi longitudinal depuis leur naissance. L’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec est un ensemble de données publiques administré et coordonné par l’Institut de la statistique du Québec. Chaque année, les parents de 1035 enfants de l’étude longitudinale ont indiqué si quelqu’un fumait dans leur ménage lorsque leurs enfants avaient entre un an et demi et sept ans et demi. À 12 ans, leurs enfants ont autodéclaré leurs comportements antisociaux et leurs caractéristiques scolaires. Globalement, 60 % des familles ont déclaré n’avoir jamais été exposées à la fumée du tabac, tandis que 27 % et 13 % d’entre elles respectivement ont déclaré y avoir été exposées de façon intermittente ou chronique. L’équipe de Mme Pagani a ensuite analysé les données pour déterminer s’il y avait un lien significatif entre l’exposition précoce à la fumée à domicile et des signes ultérieurs de déviance juvénile. Cette analyse a été menée en éliminant l’influence de nombreux facteurs de confusion comme l’exposition à la fumée du tabac, aux drogues et à l’alcool durant la grossesse et d’autres caractéristiques parentales et familiales qui auraient pu expliquer le lien observé entre l’exposition précoce à la fumée chez soi et la délinquance juvénile à un âge plus avancé.

«Notre objectif était d’éliminer toute autre condition préexistante de l’enfant ou de la famille qui aurait pu jeter un éclairage différent sur nos résultats ou fournir une autre explication», a déclaré la chercheuse.

Selon des études expérimentales sur animal, l’exposition à la fumée du tabac pourrait être toxique pour le développement du cerveau à un moment où celui-ci est particulièrement vulnérable aux facteurs environnementaux. Un développement anormal du cerveau peut découler d’une exposition chronique ou passagère à des gaz et à des substances chimiques toxiques provenant de la fumée secondaire du tabac. Ces composés finissent par se solidifier et par créer de la fumée tertiaire. Les comportements antisociaux se caractérisent par l’intention proactive de blesser les autres, l’absence de sentiments prosociaux et la transgression de normes sociales. L’agression, les délits criminels, le vol, le refus de l’autorité et la destruction de la propriété sont au nombre de ces comportements. Plus tard dans l’enfance, les comportements antisociaux sont souvent associés à des problèmes scolaires, comme le souligne l’étude. La déviance et le risque de décrochage ont des conséquences néfastes pour l’ensemble de la société.

«Ces associations à long terme devraient encourager les décideurs politiques et les professionnels de la santé publique à sensibiliser les parents aux risques pour le développement engendrés par l’exposition à la fumée secondaire du tabac. De plus, les écoles devraient incorporer ces connaissances dans leurs programmes à tous les niveaux scolaires en vue de prévenir d’autres expositions éventuelles aux neurotoxines», a-t-elle conclu.

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Montréalaise par ses racines, internationale par vocation, l'Université de Montréal compte parmi les plus grandes universités dans le monde et notamment au sein de la francophonie. Elle a été fondée en 1878 et compte aujourd'hui 16 facultés et écoles. Elle forme avec ses deux écoles affiliées, HEC Montréal et Polytechnique Montréal, le premier pôle d'enseignement supérieur et de recherche du Québec et l'un des plus importants en Amérique du Nord. L'Université de Montréal réunit 2500 professeurs et chercheurs, et accueille plus de 60 000 étudiants. www.umontreal.ca

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Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l'Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d'avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 cliniciens, ainsi que 360 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. 

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