Pas besoin d’avoir de grandes capacités cognitives pour séduire dame diamant mandarin!

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  • Le 21 novembre 2016

  • Martin LaSalle
Un couple de diamants mandarins («Taeniopygia guttata»), des oiseaux qui appartiennent à la famille des estrildidés. La femelle est à gauche et le mâle à droite. Ce dernier est caractérisé par une tache orange sur chaque joue.

Un couple de diamants mandarins («Taeniopygia guttata»), des oiseaux qui appartiennent à la famille des estrildidés. La femelle est à gauche et le mâle à droite. Ce dernier est caractérisé par une tache orange sur chaque joue.

Crédit : Wolfgang Forstmeier, Institut Max-Planck d’ornithologie.

En 5 secondes

Ce ne sont pas les capacités cognitives du mâle qui attirent la femelle chez les diamants mandarins, mais plutôt la quantité de nourriture qu’il parvient à ingérer, selon une étude menée à l’UdeM.

Contrairement à ce qu’on soupçonnait, les capacités cognitives du diamant mandarin mâle ne pèseraient pas lourd chez la femelle au moment de choisir un partenaire: il semble qu’elle soit plutôt attirée par celui qui saura ingérer le plus de nourriture – le gage d’une descendance potentiellement plus nombreuse et plus forte!

C’est ce qu’ont découvert Véronique Chantal, titulaire d’une maîtrise en sciences biologiques de l’Université de Montréal, et sa professeure Frédérique Dubois à l’issue d’une étude menée sur ce petit oiseau commun du centre de l’Australie, communément appelé «mandarin».

Leur objectif consistait à vérifier si les capacités cognitives du mâle influencent la femelle dans son choix d’un partenaire.

«Il existe bon nombre d’études sur la sélection sexuelle chez le diamant mandarin et elles donnaient à penser – par des preuves indirectes – que la capacité d’innover du mâle était prédictive de la sélection du partenaire chez la femelle, mentionne Mme Dubois. Nous sommes les premières chercheuses à démontrer que ce n’est pas le cas.»

Un oiseau sexuellement opportuniste

À l’état naturel, les mandarins vivent dans un habitat désertique et sec. Ils sont grégaires et vivent en colonies très denses.

«Ce sont des oiseaux très opportunistes et ils changent de partenaire d’une année à l’autre, explique Véronique Chantal. En fait, les femelles font coïncider la période de reproduction avec la saison des pluies, qui apporte une abondance de nourriture: on observe des pics de reproduction qui correspondent à des pics de ressources.»

Mais comment savoir ce qui incite la femelle à choisir un mâle plutôt qu’un autre?

Pour le découvrir, les deux chercheuses ont sélectionné 40 spécimens, soit 30 femelles et 10 mâles. Ces derniers ont été soumis à des tests de résolution de problèmes qui consistaient à apprendre à ouvrir le couvercle d’un pot contenant de la nourriture. Après plusieurs séances, les mâles étaient tous capables d'ôter le couvercle.

«Au préalable, nous avons placé chaque femelle en présence de deux mâles afin de voir lequel elle choisirait naturellement, poursuit Mme Chantal. Ensuite, nous lui avons fait observer les deux mâles alors qu’ils effectuaient le test du couvercle.»

Les chercheuses ont rendu difficile l’ouverture du couvercle pour le mâle sélectionné par la femelle, tandis que pour l’autre mâle l’ouverture avait été facilitée. L’expérience a été reprise pendant cinq jours pour s’assurer que la femelle relève la meilleure capacité cognitive chez le second mâle.

Ce test a permis de constater que, dans une proportion de 90 %, dame mandarin modifiait son choix et allait vers celui qui avait fait montre d’une plus grande habileté à ouvrir le pot… et à accéder à de la nourriture.

Accès à la nourriture et capacités reproductives

L’hypothèse selon laquelle les performances cognitives influencent la sélection semblait se vérifier, mais comment être sûr que le choix de la femelle reposait bien sur les capacités cognitives supérieures du nouvel élu de son cœur?

Pour ce faire, les chercheuses ont soumis la femelle à d’autres séances d’observation: les deux mâles devaient s’alimenter chacun dans un pot ouvert où la nourriture était camouflée par des pois, histoire de rendre la tâche plus difficile. Toutefois, le mâle initialement préféré n’avait pas de graines dans son pot, tandis qu’il y en avait dans le pot de l’autre mandarin.

Résultat: chacune des femelles est allée vers le mâle qui avait englouti la plus grande quantité de nourriture.

«Cela nous indique que leur évaluation de la performance du mâle ne s’appuie pas tant sur ses capacités cognitives que sur sa capacité à se nourrir, dit Frédérique Dubois. Les mâles qui mangent plus rapidement ont davantage de temps pour la reproduction et offrent la possibilité d’avoir plus de descendants dont les chances de survie sont accrues.»