Les policiers, les conducteurs de véhicules lourds et les travailleurs forestiers sont plus à risque de souffrir d’un cancer de la prostate

  • Forum
  • Le 22 novembre 2016

  • Dominique Nancy
Les conducteurs d’autobus et de camion ont un risque trois fois plus élevé de souffrir d'un cancer de la prostate.

Les conducteurs d’autobus et de camion ont un risque trois fois plus élevé de souffrir d'un cancer de la prostate.

Crédit : Thinkstock

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La professeure Marie-Élise Parent a mené l’une des plus importantes études qui soient sur les liens possibles entre le travail et le cancer de la prostate.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal établit un lien entre le type de travail exercé par les hommes et le cancer de la prostate. Les policiers et les travailleurs forestiers sont plus susceptibles de souffrir d’un tel cancer, alors que les conducteurs d’autobus sont exposés à un risque accru de tumeurs plus agressives.

C’est ce que révèlent les résultats auxquels est parvenue l’équipe de Marie-Élise Parent, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’UdeM et à l’INRS-Institut Armand-Frappier, après avoir questionné quelque 2000 hommes francophones âgés de 75 ans et moins de la région de Montréal qui avaient reçu un diagnostic de cancer de la prostate entre 2005 et 2009. Un nombre similaire d’hommes en bonne santé et du même âge choisis au hasard parmi les listes électorales a constitué le groupe témoin. Chacun des sujets a été rencontré en entrevue et interrogé à propos de ses emplois antérieurs. Les chercheurs ont ainsi pu démontrer une corrélation entre leur travail et le cancer de la prostate, ce qui n’avait pas été fait auparavant avec autant de détails.   

«Des études effectuées auprès d’agriculteurs avaient déjà montré que cette population habituellement moins malade courait un risque plus élevé de développer un cancer de la prostate notamment en raison de l’utilisation de certains pesticides. Notre étude couvre une plus grande variété de professions et visait à détecter celles à plus haut risque ainsi que les facteurs susceptibles d’être associés au développement d’un cancer de la prostate», explique Marie-Élise Parent. 

La recherche réalisée en collaboration avec Jérôme Lavoué, aussi professeur à l’Université de Montréal, et Jean-François Sauvé, étudiant de troisième cycle, est l’une des plus importantes à explorer les liens possibles entre l’activité professionnelle et le cancer de la prostate en tenant compte de la virulence du cancer au moment du diagnostic. Les résultats de cette étude ont fait l’objet d’une publication dans le dernier numéro de la revue Environmental Health.

Vibrer n’est pas bon pour la prostate

Ce sont les préposés des stations d’essence qui sont plus à risque d’avoir un cancer de la prostate, étant confrontés à une menace quatre fois plus grande de formation de tumeurs. Les peintres, les décorateurs et les conducteurs d’autobus et de camion suivent de près avec un risque trois fois plus élevé de souffrir de ce type de cancer. Les policiers, les détectives et les travailleurs forestiers sont pour leur part deux fois plus nombreux à recevoir un diagnostic de cancer de la prostate comparativement aux autres sujets de l’étude.

Étonnamment, les cols blancs du secteur public, qui sont peu exposés aux produits chimiques, ne sont pas épargnés. «Nous avons été surpris de constater que plusieurs types de travailleurs de bureau étaient frappés par cette maladie», mentionne Mme Parent.

Marie-Élise Parent, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal et à l’INRS-Institut Armand-Frappier.

Crédit : Claude Lacasse

«Il est possible que ces emplois sédentaires aient une influence sur l’apparition de la maladie, ajoute-t-elle. C’est connu, le manque d’activité physique en général et l’obésité augmentent le risque de cancer. Mais il se peut également que ce lien ne soit pas sans rapport avec l’historique du dépistage chez ces sujets.»

Selon la chercheuse, un phénomène nommé «vibration professionnelle» pourrait être en jeu dans le cas des conducteurs de véhicules lourds et des travailleurs forestiers. «Selon cette théorie, l’énergie transmise au corps par les vibrations – par exemple les scies et le transport sur la route – pourrait avoir des conséquences sur la modulation hormonale et ainsi être nocive pour la santé. Un lien a été établi entre le mécanisme de vibration et des anomalies de la prostate comme une inflammation ou la prostatite, une infection de la prostate», signale Mme Parent.

Parallèlement, la professeure s’interroge sur les effets des hydrocarbures aromatiques polycycliques dans les gaz d’échappement auxquels sont exposés les conducteurs qui passent une bonne partie de leur journée assis dans leur véhicule. Dans le cas des policiers, il pourrait aussi s’agir d’une répercussion du travail de nuit, qui peut perturber le rythme circadien et la sécrétion de la mélatonine. Or, cette hormone du sommeil aide à réguler les fonctions hormonales, dont dépend le bon fonctionnement de la prostate. «Le fait que ces travailleurs ont été atteints de tumeurs plus agressives révèle un facteur important qu’il faut explorer», estime l’épidémiologiste.

Son équipe travaille présentement de concert avec des chimistes et des hygiénistes industriels afin de cibler parmi quelque 300 substances chimiques celles qui pourraient être cancérigènes pour la prostate ou qui agissent comme des perturbateurs endocriniens. L’objectif principal de cette deuxième phase de sa recherche est de déterminer quelles expositions et circonstances professionnelles sont susceptibles de favoriser l’apparition du cancer le plus fréquemment diagnostiqué en Amérique du Nord. Une première analyse relative à la présence de métaux dans divers milieux de travail est prévue pour le printemps 2017.