Théologie et sciences des religions: en mutation vers l'avenir

Jean-Marc Charron, administrateur exerçant les fonctions de doyen, aura passé plus de 30 ans au sein de la Faculté de théologie et de sciences des religions.

Jean-Marc Charron, administrateur exerçant les fonctions de doyen, aura passé plus de 30 ans au sein de la Faculté de théologie et de sciences des religions.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

C'est un vent de renouveau qui souffle sur la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal. Rencontre avec son administrateur actuel, le professeur Jean-Marc Charron.

Le 1er mai 2017 marquera le début d’un nouveau chapitre dans la longue histoire de la Faculté de théologie et de sciences des religions: celle-ci deviendra l’Institut d'études religieuses, intégré à la Faculté des arts et des sciences (FAS). Tous les programmes actuels continueront d’être offerts et l’Institut occupera la place de l’ancienne unité au pavillon Marguerite-D’Youville jusqu’en 2019. Il s’agit néanmoins d’un changement de taille pour cette faculté qui, avec celles de droit et de médecine, constitue l’une des trois facultés fondatrices de l’Université de Montréal.

Avec près de 32 années passées à la faculté à titre de professeur, ce ne sont pas les souvenirs qui manquent pour Jean-Marc Charron, administrateur exerçant les fonctions de doyen.

«Il y avait un tel dynamisme à la faculté au début des années 70… C’était l’époque où le syndicaliste Gérald Larose étudiait à la maîtrise, celle où le théologien mexicain Gustavo Gutiérrez, considéré comme le père de la théologie de la libération, participait aux écoles d’été de la faculté. C'est d'ailleurs ici, à Montréal, qu’il a jeté les bases de sa théologie. Et, si nos professeurs de l’époque avaient presque tous été formés en Europe, mes collègues de promotion au doctorat et moi étions la première génération de théologiens “autochtones”! Nous prenions part à la naissance d’une véritable théologie québécoise.»

Autres temps, autres mœurs

Au fil du temps cependant, la faculté connaît des baisses importantes d’inscriptions aux études de premier cycle et l’on ferme ses centres d’enseignement hors campus qui offraient de la formation continue aux personnes issues du milieu paroissial.

Jean-Marc Charron ne fait donc pas dans l’idéalisation du temps passé: «C’était clair qu’il fallait opérer un virage, qu’il fallait penser à se renouveler. Et les gens chez nous en étaient conscients. Les efforts faits pour réorienter les programmes afin de joindre de nouvelles clientèles s’appuyaient, entre autres, sur ce constat.» De cette mouvance naîtra, notamment, l’ajout de la spécialisation en spiritualité, un champ d’études en constante croissance non seulement ici, mais partout ailleurs.

Le salut par l’interdisciplinarité

Jean-Marc Charron a toujours cru en la valeur et l’importance de l’interdisciplinarité. Il est à l’origine de la création du Centre d’études des religions en 2000, dont le but était de regrouper les chercheurs de toutes disciplines qui travaillaient alors sur le fait religieux. Doyen de la faculté de 1997 à 2005, M. Charron a pris son bâton de pèlerin pour frapper aux portes des différentes facultés et leur proposer des cours sur des questions relatives à la diversité religieuse.

Cependant, la Faculté de théologie et de sciences des religions a un statut particulier: il s’agit d’une faculté de théologie catholique au statut canonique, c’est-à-dire qu’elle est reconnue par l’Église catholique romaine et que l’archevêque de Montréal joue un certain rôle dans son administration.

Selon Jean-Marc Charron, ce statut canonique aura probablement été un frein aux collaborations interfacultaires et interdisciplinaires. «La théologie inquiète toujours! Certains pouvaient percevoir les théologiens comme des ayatollahs au service de la défense de la doctrine [rires]! J’ai donc espoir que notre intégration à la FAS crée de plus grandes occasions de collaborations interdisciplinaires, ce que nous avons toujours favorisé.»

Il peut être néanmoins sage de remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne ce fameux statut canonique et les liens entre l’Église et la faculté. «Il y a longtemps qu’aucun clerc n’enseigne plus à la faculté. Le dernier religieux était mon prédécesseur, Jean-Claude Breton, qui sera doyen de 2009 à 2015! Les professeurs ont toujours eu énormément de liberté en dépit de ce statut canonique. Jamais nous ne nous sommes sentis comme les porte-paroles d’une doctrine officielle! J’irais jusqu’à dire que, en comparaison des programmes d’études régis par des ordres et des agréments professionnels, nous jouissons d’une liberté encore plus grande!»

Et la théologie dans tout ça?

Pour les habitants d’un Québec et d’un Canada de plus en plus sécularisés, la distinction entre la théologie et les sciences des religions peut demeurer floue. En homme de science, Jean-Marc Charron tente d’apporter un éclaircissement nuancé à la question. «On peut dire que la théologie réfléchit sur une tradition religieuse à partir de “l’intérieur” de cette tradition. On se situe dans la dynamique d’une foi particulière qui essaie de s’articuler intelligemment, de façon critique. Les sciences des religions, elles, peuvent se situer davantage dans “l’extériorité”. Lorsque, par exemple, un sociologue étudie les pratiques religieuses d’un groupe, il étudie un objet religieux au moyen de paramètres qui sont sociologiques. Malgré cette distinction sommaire, la plupart des spécialistes s’entendent pour dire qu’on ne peut pas faire de science des religions sans théologie et inversement.»

Ce qui n’empêche pas certaines personnes de s'interroger sur la place de la théologie dans le milieu universitaire. «Prétendre que la théologie n’a pas sa place à l’université, c’est ne pas comprendre ce qu’est réellement la théologie. Ce n’est pas sans raison qu’il y a toujours eu des tensions entre les théologiens et les détenteurs du pouvoir dans les établissements religieux! C’est justement parce que les théologiens réfléchissent de façon critique, parce qu’ils ne sont pas simplement les porte-voix de la doctrine officielle! Au contraire, ils sont là pour la mettre en question.»

Et le questionnement, les professeurs de la faculté y ont été confrontés lorsqu’est venu le temps de repenser leur organisation.

Le regard tourné vers l'avenir

Dans un premier temps, l’opposition à la nouvelle configuration du secteur était manifeste. «Cette réaction est tout à fait normale, je dirais même qu’elle est saine. Cela ne nous a pas empêchés de travailler ensemble pour rédiger un document qui énonçait les conditions qui nous paraissaient essentielles pour que la faculté intègre la FAS. Et ce n’était pas le doyen Charron qui parlait: le document a été produit collégialement et approuvé par mes collègues à l’unanimité. Et je peux vous dire que l’entente définitive satisfait toutes nos attentes. À partir du moment où nous nous sommes alignés sur ce que nous souhaitions faire de cet institut, le train était bel et bien sur les rails.» 

Si l’on peut s’attendre à ce que les programmes existants connaissent une certaine évolution avec les années, Jean-Marc Charron demeure convaincu que ces évolutions seront pour le mieux.

Lorsqu’on lui demande de nous relater l’un de ses plus beaux souvenirs de ses 32 années à la faculté, Jean-Marc Charron s’arrête à celui qu’il considère comme le plus touchant: «En 1999, l’Université a décerné un doctorat honorifique à Elie Wiesel, alors que j’étais doyen. Ne serait-ce que pour avoir le privilège de vivre ce moment, j’aurais accepté d’être doyen.»

L'Institut d'études religieuses

Contrairement à un département, un institut est traditionnellement voué à la recherche et aux études aux cycles supérieurs. Le choix d’un institut pour les études religieuses reflète ainsi le cœur des activités de la faculté actuelle. L’Institut d'études religieuses sera par ailleurs le seul institut de la FAS, qui comprend 20 départements et 5 écoles.