La Russie rêvée du chef Mathieu Lussier

Justin Joon-Kee Min et Mathieu Lussier

Justin Joon-Kee Min et Mathieu Lussier

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le chef d’orchestre Mathieu Lussier dirigera le prochain concert de l’OUM. Il s’aventurera hors de sa zone de confort, plongeant dans le répertoire russe du tournant du 20e siècle.

En année sabbatique, le fondateur de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), Jean-François Rivest, a confié la direction du prochain concert de l’OUM à Mathieu Lussier, chef associé de l’orchestre de chambre Les Violons du Roy, bassoniste réputé et responsable du secteur des vents à la Faculté de musique. «Diriger mes étudiants dans l’Orchestre, c’est comme une récréation permanente pendant quelques semaines, lance-t-il. On profite de l’immense motivation de ces jeunes qui arrivent à une certaine maturité technique et qui ont une énergie volcanique qu’on ne trouve pas tout le temps dans le monde professionnel. C’est grisant!»

En tant que grand spécialiste de la musique baroque en général et de Jean-Sébastien Bach en particulier, il avait initialement pensé puiser dans ce répertoire.

«C’était sans compter sur l’intervention de Jean-François, qui m’a demandé pourquoi je n’élaborerais pas un programme que je ne présenterais pas ailleurs, raconte-t-il. Une sorte de plaisir coupable. J’ai tout de suite pensé à Schéhérazade, de Rimski-Korsakov. C’est une œuvre que j’écoute depuis que je suis tout petit. Que mon père faisait jouer lorsqu’il nous racontait des histoires. Elle m’impressionnait, me terrifiait aussi, mais me séduisait. Elle m’a procuré mes premières émotions musicales.»

Trois visions de la musique russe

Schéhérazade recèle aussi l’un des plus beaux solos de basson du répertoire. N’ayant pas eu l’occasion d’interpréter cette pièce devant public en tant qu’instrumentiste, Mathieu Lussier se rattrape aujourd’hui en la dirigeant. Cette œuvre est de celles qui doivent absolument être jouées avec le cœur, tout comme les Danses polovtsiennes, extraites de l’opéra Le prince Igor, d’Alexandre Borodine.

«Il y a une couleur particulière chez Borodine, une sensualité, note le chef invité. Ce chimiste, profondément homme de couple, homme de famille, a écrit cette musique magnifique dans ses loisirs, c’était son passe-temps. Il y a une nostalgie typiquement russe, que j’avais très envie de coupler avec Schéhérazade, d’autant que les Danses polovtsiennes sont souvent demandées en audition. Elles comportent donc une valeur pédagogique.»

Pour compléter le programme de la soirée, l’OUM fera appel à Justin Joon-Kee Min, jeune pianiste originaire de la Corée du Sud qui a remporté cette année le premier prix du Concours de concerto de l’OUM grâce à son interprétation du Concerto pour piano no 3 de Sergueï Prokofiev. Le programme russe s’équilibre ainsi avec ce volet plus rythmique, cette dentelle qu’il faut ciseler, dépeint Mathieu Lussier.

«C’est sans doute le concerto que j’ai le plus de plaisir à jouer, dit Justin Joon-Kee Min. Il n’a rien de linéaire, au contraire, il est tout en ruptures de tempo. Ce n’est pas le plus simple à interpréter… mais c’est très excitant.»

Le concert de la première fois

Le concerto de Prokofiev révèle en effet des changements radicaux dans le discours, où alternent élévations et dépressions, ambiances calmes puis paisibles et tempos plus soutenus.

«Il y a surtout une très grande interaction entre l’orchestre et le piano, ajoute le jeune pianiste plusieurs fois récompensé dans les plus grands concours canadiens. Souvent, dans un concerto, les parties solos et orchestre sont très distinctes. Ce n’est pas le cas ici. Nous devons nous écouter très attentivement, nous répondre. C’est complexe, mais aussi très intéressant. J’ai très hâte d’être sur la scène. Ce sera la première fois que je jouerai en solo avec un orchestre.»

Une première également pour Mathieu Lussier, qui n’a jamais dirigé ces œuvres et qui brisera la glace à la tête de l’OUM. «C’est un peu le concert de la première fois, confirme le chef. Avec, comme pour une première rencontre amoureuse, tout ce que cela comporte de plaisir, d’excitation, d’énergie, de risques aussi. C’est ce qui donne à ce genre d’expérience un cachet unique. Personne n’est blasé parce qu’il y a pour tous le plaisir de la découverte. Il y a du cœur, un élan, de la passion, des sourires, de l’adrénaline devant ce défi à relever.»

  • Jean-François Rivest a confié la direction du prochain concert de l’OUM à Mathieu Lussier, chef associé de l’orchestre de chambre Les Violons du Roy.

    Crédit : Amélie Philibert

Pour en savoir plus

Le concert Russie fantastique sera présenté le samedi 3 décembre 2016 à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne, 220, avenue Vincent-D'Indy, à Montréal. Entrée, 12 $, gratuite pour les étudiants. Billets en vente à la porte ou en ligne.

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