Référendum du 4 décembre: un point tournant dans l’histoire de l’Italie

  • Forum
  • Le 30 novembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Matteo Renzi, président du Conseil des ministres d'Italie

Matteo Renzi, président du Conseil des ministres d'Italie

Crédit : Tiberio Barchielli

En 5 secondes

L’Italie tiendra un référendum historique sur une réforme constitutionnelle le 4 décembre. Guy Lanoue, spécialiste de Rome, présente les enjeux de cette consultation.

Approuvez-vous le texte de la loi constitutionnelle relative aux dispositions pour la fin du bicaméralisme paritaire, la réduction du nombre des parlementaires, la limitation du coût de fonctionnement des institutions, la suppression du Conseil national de l’économie et du travail et la révision du titre V de la partie 2 de la Constitution, comme approuvé par le Parlement et publié à la Gazzetta ufficiale no 88 du 15 avril 2016?

Guy Lanoue

Crédit : Hippolyte Vendra

Voilà la question à laquelle la population italienne est appelée à répondre le 4 décembre. Portée par le président actuel du Conseil des ministres, Matteo Renzi, elle engage le gouvernement à réformer la Constitution. Le directeur du Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, Guy Lanoue, lui-même citoyen italien, a vécu 10 ans à Rome, où il a mené plusieurs projets de recherche. Son dernier livre, Rome Eternal: The City As Fatherland (Legenda), porte sur la capitale italienne et résulte de ses travaux sur la population romaine. Il a accepté de répondre à nos questions.

Que représente le référendum du 4 décembre 2016?

C’est un point tournant dans l’histoire de l’Italie, dont on peut dire que la situation politique est catastrophique. Ce que recommande le gouvernement, c’est une nouvelle répartition des pouvoirs. En gros, l’approbation des projets de loi par le Sénat ne serait plus nécessaire et, surtout, le parti qui récolterait 30 % des voix aux élections générales accéderait directement au pouvoir, ce qui éviterait le jeu d’alliances qui plonge périodiquement le pays dans le chaos. Évidemment, ces propositions ne répondent pas à toutes les questions, mais je crois qu’elles apportent quelques réponses utiles.

Quels sont les enjeux de cette consultation?

L’Italie est un pays fragile, miné par la bureaucratie et la corruption. On y trouve des banques qui sont en partie propriété de l’État, qui conçoit les politiques économiques. Les grands réseaux de télévision et de radio relèvent des partis politiques, ce qui est une aberration en soi. Bref, l’État a besoin d’un grand ménage et c’est ce que propose Matteo Renzi. Actuellement, on est au coude à coude, alors que les sondages mettaient la proposition perdante il y a quelques semaines à peine.

On a qualifié cet exercice d’«Italexit», en référence au Brexit en Angleterre, où la population a approuvé l’idée de quitter la communauté européenne. Qu’en pensez-vous?

Ce n’est pas sérieux. C’est un délire populiste comparable au projet de mur entre les États-Unis et le Mexique qu’a proposé Donald Trump durant sa course à la présidence américaine. En réalité, aucun parti n’a évoqué la possibilité de quitter l’Europe. N’oublions pas que l’Italie est une puissance économique majeure – la septième au monde – et demeure un pôle d’attraction mondial en matière de culture et d’art. Des éléments qui font la fierté de la population.

D’ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’Italie et particulièrement de Rome dans notre civilisation. C’est là que sont nées les langues latines et plusieurs grandes idées politiques. Le Vatican est le berceau du catholicisme et de la chrétienté.

Malheureusement, le vent de populisme de droite qui a soufflé sur l’Italie avec Sylvio Berlusconi – le président à la longévité record au pays – a laissé des traces. Il croyait à l’entreprise privée tous azimuts, y compris dans les secteurs artistique et muséal. Les artistes et les entreprises culturelles ont beaucoup souffert. Bien des émules de Berlusconi occupent aujourd’hui des postes clés dans la société et tentent d’influencer la population du côté du statu quo. D’ailleurs, grosso modo, les partis politiques de gauche sont pour le projet, ceux de droite contre. Mais tout peut changer très vite dans ce pays. 

Le Département d’anthropologie, en collaboration avec le Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques, organise un festival de films d’art italiens les 5 et 6 décembre. Pourquoi ce projet?

La mission des artistes est, notamment, d’explorer des idées alternatives, des voies nouvelles. C’est un phénomène qui est bien intégré dans la culture et l’identité italiennes. Laura Trisoria, fondatrice et directrice d’Artecinema, nous a proposé de présenter à Montréal une sélection de films d’art. En Italie, ces films sont présentés dans des centres de détention pour jeunes contrevenants et dans les hôpitaux. Comme anthropologues, cette fusion de l’esthétique et de l’engagement social nous semblait intéressante. De plus, nous pensions que l’occasion était belle de faire connaître le travail de quelques artistes italiens contemporains. Montréal sera la seule ville canadienne à accueillir ce festival. Nous avons saisi l’occasion de travailler avec nos partenaires de l’Université de Montréal et de l’Institut culturel italien de Montréal.