Vous qui enseignez, vos pratiques pédagogiques sont-elles inclusives?

Varier les stratégies d’enseignement permet à chaque étudiant d’y puiser des éléments qui correspondent davantage à son style d’apprentissage.

Varier les stratégies d’enseignement permet à chaque étudiant d’y puiser des éléments qui correspondent davantage à son style d’apprentissage.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

La mise en place de pratiques pédagogiques inclusives permet de répondre aux besoins et aux styles d’apprentissage variés des étudiants et favorise leur réussite.

Depuis plusieurs années, l’Université de Montréal accueille des étudiants aux parcours scolaires et aux profils socioculturels variés, et dont les besoins sont diversifiés. Cela représente une diversité d’apprenants qui stimule les façons de faire et d’enseigner.

Comment permettre alors à chacun de réussir avec ses différences? En pratiquant l’inclusion. Varier les stratégies d’enseignement permet en effet à chaque étudiant d’y puiser des éléments qui correspondent davantage à son style d’apprentissage. Il y en a qui apprennent en posant des questions, d’autres en faisant des lectures, d’autres encore en effectuant des travaux pratiques.

«Concrètement, l’enseignant doit offrir d’autres pratiques que le traditionnel cours magistral de trois heures, où l’étudiant doit rester assis et prendre des notes», dit Micheline Joanne Durand, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM. Le cours magistral, s’il reste encore prisé par plusieurs, ne convient pas, par exemple, à un étudiant atteint d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Mme Durand a élaboré sa propre façon de faire, basée sur l’inclusion dans l’enseignement. Elle a enseigné en adaptation scolaire, là où l’on trouve une concentration notable d’étudiants en situation de handicap. «Le programme s’adresse à ceux qui veulent enseigner à des jeunes qui présentent des difficultés d’apprentissage», signale-t-elle. C’est pour eux une manière de redonner à l’autre et de faire profiter la communauté de leur expérience comme apprenants.

Vers l’inclusion

Le concept de l’inclusion dans l’enseignement est différent de celui, bien connu, de l’intégration. En effet, alors que l’intégration concerne l’adaptation de l’étudiant à son environnement, l’inclusion concerne l’adaptation de l’environnement à l’étudiant. «Il s’agit de transformer les stratégies d’enseignement pour toute la classe de façon à inclure tout type d’apprenant», explique Mme Durand. Celle qui est responsable du programme professionnel en évaluation des compétences et qui dirige le Laboratoire de recherche en évaluation des apprentissages et des compétences a d’ailleurs été invitée par le Conseil supérieur de l’éducation dans le cadre de son projet sur l’inclusion dans la formation universitaire.

Travail coopératif et improvisation

La professeure recourt aussi à ce qu’elle appelle la «pédagogie inversée». Au lieu de donner beaucoup de matière durant le cours, elle propose des capsules vidéos que les étudiants peuvent visionner en dehors du cours. Cela laisse plus de temps, en classe, pour discuter, travailler en équipe et mettre en pratique les concepts. «On prend moins de temps en classe pour transmettre des connaissances et davantage pour les construire», mentionne-t-elle.

Elle a également produit un manuel de cours permettant à ceux qui ont des problèmes de dyslexie ou qui voudraient mieux se préparer aux cours d’utiliser un logiciel de lecture. Mme Durand varie en outre les stratégies d’enseignement. Ainsi, alors que le premier de ses cours en évaluation des apprentissages est construit sous la forme d’une ligne du temps, le deuxième consiste en une improvisation comparée et le troisième en un travail coopératif. Dans un autre cours, elle offre à ses étudiants la possibilité de choisir entre deux ou trois formes de travaux sur un même thème ou différents thèmes adoptant une démarche similaire, plutôt que d’imposer un type de travail.

Même l’évaluation peut varier

Micheline Joanne Durand a de plus mis en place des modalités variées d’évaluation. Au lieu de faire passer un examen sommatif, elle propose l’évaluation continue ou l’évaluation pour l’apprentissage (assessment for learning), où chaque étudiant crée une boîte à outils ou un portfolio dans lequel il peut déposer un travail après chaque cours. Une autocorrection est offerte ou une rétroaction est donnée. Ensuite, l’étudiant reprend le travail qu’il y a déposé. Le portfolio est une collection des travaux pratiques, coopératifs, réflexifs que l’étudiant choisit d’inclure pour illustrer les compétences qu’il a acquises.

Cette façon de procéder permet à l’enseignant d’intervenir de façon continue sur le processus d’apprentissage de l’étudiant pour l’aider à réussir. «Ma philosophie est de s’assurer que chacun a des conditions égales pour apprendre. Cela vaut pour tous les étudiants et aide ceux qui ont des caractéristiques différentes.»

L’inclusion accommode aussi les étudiants qui vivent des situations particulières: ceux qui sont parents ou qui travaillent par exemple. S’ils doivent manquer un cours, ils pourront se rattraper plus facilement si une culture d’ouverture à la différence est en place.

Situations et parcours de vie variés

C’est parce qu’il a déjà travaillé auprès de jeunes en difficulté et a enseigné à des clientèles aux parcours de vie variés que Steve Geoffrion, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, a le souci de répondre aux différents types d’apprentissages. Sa trousse à outils contient des webinaires, des vidéos pour susciter la réflexion, des exercices pratiques, en plus des cours magistraux. La plateforme StudiUM, où ses communications sont déposées, aide à la diversité, souligne-t-il.

«Quand j’étais chargé de cours, je ne savais pas que j’appliquais la conception universelle de l’apprentissage [CUA], je le faisais de façon instinctive», raconte M. Geoffrion. Après avoir terminé son doctorat et être devenu professeur de psychoéducation, l’an dernier il s’est adressé à Véronique Besançon, conseillère pédagogique aux Services de soutien à l’enseignement, pour qu’elle l’aide à rédiger son nouveau plan de cours. C’est à ce moment-là qu’il s’est familiarisé avec l’inclusion et la CUA.

«J’ai appris comment faire un plan de cours avec toute l’information nécessaire. À prendre le temps de bien me présenter, bien expliquer les séquences d’apprentissage, bref à mettre un contexte pédagogique inclusif autour d’un cours universitaire.»

Des limites

L’inclusion a toutefois ses limites. Micheline Joanne Durand avoue qu’il est plus difficile de varier les pratiques en évaluation qu’en enseignement. «Il y a une certaine résistance chez ceux qui veulent que tous les étudiants aient le même travail, relate-t-elle. Ils trouvent que c’est injuste de leur donner le choix.» Certains peuvent aussi penser qu’elle entraîne une diminution des attentes quant à l’atteinte des objectifs pédagogiques, alors qu’il s’agit d'employer une variété de moyens pour permettre l’acquisition de connaissances et le développement de compétences.

Un webinaire sur les stratégies pédagogiques de l’inclusion

L’UdeM offrira prochainement un webinaire sur les applications pédagogiques de la conception universelle de l’apprentissage, intitulé «Mieux comprendre la diversité pour choisir des stratégies pédagogiques adaptées». Présenté le mercredi 7 décembre, de 11 h 45 à 12 h 45, il sera animé par Véronique Besançon, conseillère pédagogique aux Services de soutien à l’enseignement, et Josée Sabourin, psychologue au Centre étudiant de soutien à la réussite. Inscriptions en ligne