Le massage thoracique augmente l’espoir de survie après un ACR

  • Forum
  • Le 2 décembre 2016

  • Dominique Nancy
Pour être efficace, le massage doit suivre le rythme de la chanson «Stayin’ Alive», des Bee Gees.

Pour être efficace, le massage doit suivre le rythme de la chanson «Stayin’ Alive», des Bee Gees.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

L'Université offre une formation en réanimation cardiorespiratoire aux employés.

En 1992, alors qu’il vaquait à ses fonctions de directeur au Bureau de la sûreté de l’Université de Montréal, Michel Charbonneau est victime d’un arrêt cardiorespiratoire (ACR). Dans son malheur, il est chanceux: il s’effondre devant un employé, Laurent Lamarre, qui connaît les manœuvres de réanimation. L’homme lui sauve la vie.

«Les premières minutes sont cruciales. Chez l’adulte, le sang est saturé d’oxygène pendant une dizaine de minutes suivant l’ACR. En pratiquant le massage thoracique, on repousse cette période de quatre à six minutes, ce qui permet au cerveau de ne pas manquer d’oxygène en attendant l’arrivée des ambulanciers, qui tenteront une réanimation avec un défibrillateur ventriculaire», explique Nelson Godbout, directeur paramédical de Santinel, la firme mandatée par la Direction de la prévention et de la sécurité de l’UdeM pour offrir une formation en réanimation cardiorespiratoire (RCR) aux employés.

Cette «fenêtre d’opportunité», comme l’appelle M. Godbout, peut faire la différence entre un survivant qui s’en sort sans séquelles neurologiques et un autre qui demeure comateux, dans un état neurovégétatif ou de mort cérébrale. Il faut savoir que le cerveau ne doit pas manquer d’oxygène pendant plus de trois à quatre minutes. «Au-delà de six minutes après l’ACR, les chances de survie sans dommages graves sont plus minces, d’où l’importance d’intervenir rapidement», mentionne Nelson Godbout.

La réanimation, il connaît. Ambulancier de formation et instructeur agréé de la Fondation canadienne des maladies du cœur et de l’AVC (accident vasculaire cérébral), il travaille dans le milieu de la santé et de la sécurité au travail (SST) depuis une vingtaine d’années. À l’occasion de la Semaine de la santé et de la sécurité au travail, M. Godbout animera du 5 au 9 décembre des séances de formation en RCR sur les différents campus de l’UdeM.   

De l’ABC au CAB

«En sachant comment réagir en cas d’urgence cardiaque, on peut augmenter de 30 % ou davantage les chances de survie et de rétablissement des victimes», indique Suzanne Deguire, conseillère principale en SST à la Direction de la prévention et de la sécurité de l’UdeM. Mme Deguire assure depuis 1990, avec le comité paritaire qu’elle a mis sur pied, la gestion des activités qui ont lieu à l’Université durant cette semaine de prévention. «L’objectif est d’apprendre au plus grand nombre d’employés possible comment intervenir auprès des victimes d’un arrêt cardiorespiratoire, souligne-t-elle. On sait l’importance des manœuvres de base effectuées par un témoin.»

L’Université compte une dizaine de défibrillateurs ventriculaires installés dans les différents pavillons sur le campus et à Saint-Hyacinthe.

Crédit : Amélie Philibert

Pourtant, il y a à peine une dizaine d’années, la faveur populaire allait plutôt au défibrillateur ventriculaire, qui accroît le taux de survie. On rêvait d’installer cet appareil au coin des rues, dans les arénas et autres lieux publics de la région métropolitaine de Montréal. Le Casino de Montréal avait le sien tout comme l’UdeM, qui en compte désormais une dizaine. Au début des années 2000, les spécialistes en RCR recommandaient de pratiquer la respiration artificielle en alternance avec le massage lors d’un accident cardiorespiratoire.

Signe des temps, l’approche a changé. Depuis 2010, la consigne pour venir en aide à un adulte qui subit un arrêt cardiaque n’est plus la séquence ABC (pour airway, breathing, circulation) mais CAB (pour circulation, airway, breathing). À noter toutefois que, dans les cas de noyade, d’obstruction des voies aériennes ou lorsqu’il s’agit d’un enfant de 12 ans et moins, le bouche-à-bouche est toujours de mise.

Massez en chantant «Stayin’ Alive»

Aujourd’hui, les experts en réanimation cardiaque et cérébrale sont unanimes: le massage thoracique a fait ses preuves. D’où la décision de l’Université d’offrir des cours de réanimation cardiorespiratoire à ses employés. D’une durée d’une heure, la formation, donnée sur des mannequins conçus à cet effet, est axée sur le massage thoracique, une action délicate mais salvatrice. Cette intervention est considérée comme la plus appropriée, pour les victimes d’un arrêt cardiaque qui ne respirent plus, en attendant les ambulanciers d’Urgences-santé.

«Un bon massage provoque une compression des poumons qui permet une ventilation de l’organisme», selon Nelson Godbout. Il faut exercer une forte pression sur le sternum de sorte qu’il s’enfonce de cinq à six centimètres à raison de deux compressions à la seconde. «Pour être efficace, le massage doit suivre le rythme de la chanson Stayin’ Alive, des Bee Gees», déclare-t-il très sérieusement.

Le rythme régulier de la pièce musicale, qui est de 104 battements par minute, est tout indiqué pour la réanimation cardiorespiratoire, laquelle nécessite 100 compressions thoraciques par minute. En chantant Stayin' Alive dans votre tête, vous ferez un massage qui a toutes les chances de réussir.

Et un jour peut-être vous pourrez, comme M. Lamarre au début de ce texte, sauver la vie d’un collègue de travail…

Trois règles à suivre avant de porter secours à une victime

Si vous voyez quelqu’un victime d’un arrêt cardiorespiratoire et qu’il n’y a personne autour, avant de lui porter assistance: évaluez d’abord le danger afin de ne pas risquer votre vie. Après quoi, vérifiez si l’individu est conscient et, dans le cas contraire, composez le 9-1-1. Ensuite, commencez les manœuvres de réanimation selon le protocole et poursuivez jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.

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