L’UdeM reçoit 12,3 M$ pour étudier les algues bleu-vert de nos lacs

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  • Le 8 décembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
L'accumulation d'algues bleu vert peut donner à un plan d'eau l'apparence d'un potage au brocoli.

L'accumulation d'algues bleu vert peut donner à un plan d'eau l'apparence d'un potage au brocoli.

Crédit : Thinkstock

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Le professeur de chimie environnementale Sébastien Sauvé est à la tête d’une équipe de recherche qui obtient 12,3 M$ pour étudier la contamination des eaux par les cyanobactéries.

L’équipe de Sébastien Sauvé, professeur au Département de chimie de l’Université de Montréal, obtient 12,3 M$ sur quatre ans de Génome Canada et Génome Québec pour étudier les algues bleu-vert, ou cyanobactéries, qui menacent la qualité d’un nombre grandissant de plans d’eau dans le monde. «Elles existent depuis des milliards d’années à des concentrations qui ne posent pas de problème. Mais elles prolifèrent avec le réchauffement climatique et l’apport de phosphate de source humaine. Elles deviennent alors extrêmement toxiques dans certains bassins. C’est un problème de santé publique, puisqu’on en trouve dans des sources municipales», explique le chercheur en chimie environnementale qui reçoit ici la plus grosse subvention de sa carrière.

Avec ses collègues Jesse Shapiro, professeur de sciences biologiques à l’UdeM, Sarah Dorner, professeure au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique Montréal, et Jérôme Dupras, professeur de sciences naturelles à l’Université du Québec en Outaouais, Sébastien Sauvé dirigera une équipe chargée de mieux comprendre ce phénomène. L’Institut EDDEC, au sein duquel collaborent plusieurs de ces chercheurs, est, dans le cadre de sa thématique « Eau », au cœur de la mise en œuvre de ce projet. En tout, une dizaine de professeurs et une trentaine de collaborateurs du Canada et de l’étranger seront mis à contribution.

Leur mission consistera à prévoir, prévenir et traiter les proliférations excessives d’algues bleu-vert (appelées «fleurs d’eau») et à estimer les risques liés à ces intoxications. «En plus des menaces qu'elles présentent pour les humains, le bétail, le poisson et la faune, ces proliférations sont extrêmement coûteuses; quelque 825 millions de dollars annuellement aux États-Unis», explique le document remis aux médias le 8 décembre, à l’occasion de l’annonce de cette subvention. La ministre des Sciences du Canada, Kirsty Duncan, ainsi que la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec, Dominique Anglade, étaient présentes à cette rencontre d'information. Le projet du professeur Sauvé est le plus important des 10 projets retenus au concours 2016 de Génome Canada. Daniel Coderre, président-directeur général de Génome Québec, a vanté quant à lui «l’expertise hors pair en génomique» du Québec.

Même s’il est familiarisé avec le phénomène des eaux contaminées aux cyanobactéries, Sébastien Sauvé a mesuré son ampleur en voyant les photos satellites du lac Érié et constaté que près de la moitié de sa surface présentait une coloration verdâtre… Or, les Grands Lacs constituent la source d'eau potable de 8,5 millions de Canadiens. «Le problème est mondial, déclare-t-il. Malheureusement, avec les moyens actuels, quand on confirme par spectrométrie de masse que l’eau d’une source municipale est contaminée, des milliers de gens en consomment depuis plusieurs jours au robinet.»

La génomique des algues

Pour mettre au point une «boîte à outils de diagnostic» capable d’évaluer le risque de toxicité associé aux cyanobactéries dans les sources d'eau et de guider les responsables municipaux dans l'adoption de stratégies de prévention et de traitement, l'équipe doit remonter jusqu’au code génétique des différents microorganismes en cause. «Il existe une centaine de souches de cyanobactéries, ainsi que d'autres bactéries qui pourraient favoriser ou inhiber la production de toxines, qu’il faut étudier dans le détail pour cerner leur rôle dans la prolifération de ces algues. La moitié d’entre elles sont encore très peu connues. On doit donc remonter jusqu’à leur bagage génétique pour documenter leurs particularités. Quels gènes sont corrélés avec la production de toxines? Comment s’expriment-ils avant et pendant la prolifération? Dans quelles conditions?»

À terme, on souhaite doter les responsables de l’approvisionnement en eau des aqueducs municipaux d’une trousse facile à utiliser et comprenant un code de couleurs vert-jaune-rouge. «L’un de nos défis consiste à prévoir le moment où la concentration de cyanobactéries devient problématique. On a vu des lacs changer de couleur en une seule nuit!»

Le ministère québécois du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a établi qu’une fleur d’eau correspond à une densité égale ou supérieure à 20 000 cellules de cyanobactéries par millilitre. Lorsqu’une fleur d’eau se trouve à la surface de l’eau, souvent près du rivage, elle est appelée «écume» et peut avoir «l’aspect d’un déversement de peinture ou d’un potage au brocoli». Le ministère surveille l’état de la situation et son dernier rapport fait état de 17 nouveaux cas de contamination en 2015 (dont des lacs en Gaspésie et en Abitibi). Ceux-ci s’ajoutent aux 82 plans d’eau déjà touchés sur le territoire québécois.

Le terrain d’échantillonnage de l’équipe s’étendra à l’extérieur des frontières québécoises. «Nous sommes à confirmer des partenariats avec la Chine et d’autres pays d’Orient, mais il est certain que nous pourrons compter sur des collaborateurs en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les trois Amériques», signale le professeur de chimie.

L’espoir finnois

Éliminer les cyanobactéries est impossible, mais on peut penser à des interventions à différents niveaux pour diminuer les effets néfastes des algues bleu-vert. «Nous voulons savoir, par exemple, si un partage des coûts est possible pour aider les agriculteurs à modifier leurs méthodes de travail, et jusqu’à quel point. Si cela entraîne des coûts supplémentaires, quelle est la volonté citoyenne et des autres parties prenantes d’assumer ces coûts et quelle est la volonté des producteurs de changer leurs façons de faire? Nos travaux veulent le déterminer», mentionne M. Sauvé.

Il précise que la Finlande, un pays nordique aux conditions climatiques semblables à celles du Canada, est parvenue à réduire considérablement les effets des cyanobactéries dans ses lacs et rivières. «Ça prouve qu’on peut intervenir efficacement quand on s’attaque aux bonnes cibles», résume-t-il.

  • Sébastien Sauvé

    Crédit : Amélie Philibert