PISA 2016: hommage aux enseignants du Québec

  • Forum
  • Le 9 décembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les élèves du Canada se sont classés cinquièmes au monde à la plus récente enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves.

Les élèves du Canada se sont classés cinquièmes au monde à la plus récente enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves.

Crédit : Thinkstock

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Le directeur du Département de didactique, Marc-André Éthier, commente les résultats d’un concours qui place les élèves québécois parmi les meilleurs du monde.

Les élèves du Canada se sont classés cinquièmes au monde à la plus récente enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), rendue publique par l’Organisation de coopération et de développement économiques le 6 décembre. Cette enquête menée auprès de 540 000 élèves de 72 pays visait à évaluer les compétences des jeunes de 15 ans en sciences, mathématiques et compréhension de l’écrit. Au final, seuls Singapour, le Japon et la Finlande font mieux que le Canada. Et les élèves du Québec sont parmi les meilleurs du pays dans les trois secteurs. Ils sont au troisième rang mondial en mathématiques et à la cinquième place en sciences.

Marc-André Éthier, directeur du Département de didactique de la Faculté des sciences de l’éducation et coauteur des Fondements de l’éducation: perspectives critiques, publié l’an dernier (Éditions MultiMondes), commente ces résultats.

Comment interprétez-vous les résultats de l’enquête?

C’est indiscutablement une bonne nouvelle pour nos enseignants, qui doivent y voir un encouragement sur le plan pédagogique. En tout cas, si le système fonctionne mal, on n’en trouvera pas la démonstration dans ces résultats. Cela dit, il ne faut pas trop pavoiser. Ce que ce concours révèle, c’est que des milliers d’élèves du Québec ont répondu correctement aux questions posées. En tant que groupe, ces participants sont parmi les meilleurs du monde. Mais est-ce qu’on peut généraliser leurs résultats à l’ensemble des élèves québécois? Pas nécessairement.

Les biais méthodologiques entachent-ils la crédibilité du PISA?

Il est vrai que de nombreuses écoles publiques n’ont pas participé à l’échantillonnage. Il y a par conséquent une surreprésentation des écoles privées et des écoles à vocation particulière, dont une bonne partie procède à une sélection des candidats en fonction de leurs rendements scolaires. De plus, le système québécois perd près de 30 % de ses élèves avant la fin du secondaire; ce décrochage joue peut-être plus qu’ailleurs sur le tableau d’ensemble. Il est vrai, également, que le PISA valorise des connaissances axées sur les compétences, un volet sur lequel est construite une grande partie de l’approche québécoise. De plus, le test n’évalue pas des matières comme l’histoire ou la géographie. Mais ces paramètres sont connus et n’importe quel spécialiste de l’évaluation vous le dira: le test parfait n’existe pas. Sur ce plan, la crédibilité du PISA n’est pas en cause. D’ailleurs, les résultats de 2016 démontrent non pas une rupture par rapport au passé, mais une consolidation de la position québécoise. Le Québec fait bonne figure au PISA depuis sa première enquête, en 2000.

Y a-t-il un lien entre cette performance et le renouveau pédagogique, mis en place il y a 20 ans?

On peut être tenté de répondre oui à cette question, car cette réforme mettait l’accent sur les fameuses «compétences». Mais on sait que la réforme n’a pas été appliquée intégralement. Il y a des disparités importantes d’une région à l’autre et même d’un enseignant à l’autre. Avant d’y voir un lien de cause à effet, il faudrait s’assurer que les changements souhaités ont été appliqués dans la réalité.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris?

Les résultats. On est envahi quotidiennement par des mauvaises nouvelles; en voici une bonne. Ne boudons pas notre plaisir. Nos élèves figurent encore une fois parmi les meilleurs du monde, même en tenant compte des limites de ce genre de classement. Mais une bonne partie du mérite revient aux enseignants. Ce qu’ils font, ils le font bien.

Qu’est-ce qu'il reste à améliorer dans le système d’éducation du Québec?

Les pays du peloton de tête ont entre autres en commun une formation des enseignants plus étoffée. C’est le cas du Québec. Par contre, ce qu’il manque ici, en comparaison d’autres pays qui affichent de bons scores, c’est une politique de formation continue. La formation continue des maîtres pourrait être mieux encadrée et soutenue. Les parents trouvent peut-être qu’il y a trop de journées pédagogiques dans l’année scolaire, qui compte 180 jours d’école. Mais, dans les faits, peu de temps est consacré à la formation du personnel enseignant. Entretemps, la taille des classes augmente et les services diminuent. Les enseignants doivent composer avec une bureaucratie envahissante. Je crois qu’on devrait leur alléger la tâche et leur donner du temps. Ils sauraient l’utiliser avec diligence.