Définir l’excellence en architecture

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  • Le 13 décembre 2016

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Le Complexe de soccer au Complexe environnemental de Saint-Michel est un des projets figurant dans l'ouvrage collectif dirigé par Jean-Pierre Chupin.

Le Complexe de soccer au Complexe environnemental de Saint-Michel est un des projets figurant dans l'ouvrage collectif dirigé par Jean-Pierre Chupin.

Crédit : Catalogue des concours canadiens

En 5 secondes

La chaire de recherche sur les concours de l’UdeM publie l’analyse de projets soumis, depuis 1945, à une sélection de concours canadiens d’architecture, d’urbanisme et d’architecture de paysage.

Créé à l’École d’architecture de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal il y a 14 ans, le Catalogue des concours canadiens – archive numérique bilingue des projets soumis aux concours d’architecture à travers le Canada – poursuit sa mission de diffusion de connaissances et de nouvelles idées en environnement bâti en publiant les résultats de l’analyse des meilleurs de ces projets.

Des quelque 140 concours ayant donné lieu à plus de 4300 projets que contient le Catalogue et qui ont fait l’objet d’une évaluation par des jurys, 66 concours ont été sélectionnés aux fins d’une publication collective dirigée par Jean-Pierre Chupin, titulaire de la Chaire de recherche sur les concours et les pratiques contemporaines en architecture. Sous le titre Concourir à l’excellence en architecture, l’ouvrage lancé le 12 décembre rassemble les éditoriaux produits par une trentaine de chercheurs en architecture et en aménagement depuis 10 ans.

70 ans de concours

Il s’agit de «l’étude la plus complète à ce jour sur les concours canadiens», affirme la présidente de l’Institut royal d’architecture du Canada, Ewa Bieniecka, dans la préface du volume. Elle estime également que «ce livre devrait contribuer directement à l’élaboration de politiques publiques qui accompagnent l’avancement de la profession».

Les 66 concours analysés représentent 70 ans de concours canadiens, publics comme privés, et couvrent tout autant l’urbanisme et l’architecture de paysage que l’architecture. Chacun des textes, richement illustrés, est doté d’un code QR qui permet d’accéder directement à la banque numérique. On y trouve aussi un survol statistique des données du Catalogue qui présente les concours par catégories, par provinces et selon leur ouverture à l’échelle régionale, nationale ou internationale.

«La publication de ces éditoriaux constitue des analyses comparatives et des critiques qui visent à mieux comprendre ce qui fait la qualité d’un projet et pourquoi certains sont considérés comme étant d’un niveau supérieur d’excellence», explique Jean-Pierre Chupin.

Comme le Catalogue regroupe tous les projets soumis à tous les types de concours, y compris ceux proposés à des concours d’idées non destinés à une réalisation, les analyses qu’on en fait portent autant sur les réalisations que sur les projets non retenus et sur les projets d’idées.

Le professeur Chupin tient d’ailleurs à souligner qu’il n’y a pas de projets «perdants» aux yeux de la profession. «Un projet qui n’a pas été retenu n’est pas une perte pour la discipline, qu’il peut venir enrichir, déclare-t-il. Les connaissances peuvent être tirées non seulement des réalisations, mais aussi des projets demeurés à l’étape de la conception et des projets d’idées.»

Les concours d’idées représentent pour leur part le tiers du contenu du Catalogue.

Le Québec se distingue

Parmi les autres données rapportées dans le volume, on remarque que 50 % des concours d’architecture au Canada sont organisés par le Québec. Selon le professeur, cela peut être le signe d’une forte créativité au Québec et d’une sensibilité plus grande au jugement collectif, donc à la transparence. En Suisse, illustre-t-il, presque tous les projets de construction et d’aménagement font l’objet de concours.

Par contre, le Québec se distingue également par le peu d’ouverture de ses concours à l’échelon international: moins du quart sont des concours internationaux, contre environ 60 % en Ontario et plus de 80 % en Colombie-Britannique.

Veut-on ainsi favoriser les créateurs d’ici? Peut-être bien, mais, «si une organisation comme un musée a des prétentions internationales, le concours doit être de niveau international», estime Jean-Pierre Chupin en donnant l’exemple des Jeux olympiques, qui amènent les athlètes d’ici à concourir avec les meilleurs du monde.

Le professeur déplore par ailleurs que les concours soient de moins en moins accessibles aux jeunes architectes, qui n’ont pas d’imposants portfolios de réalisations à soumettre en appui à leur candidature. «On a tendance à penser que les projets des jeunes sont de moins bonne qualité, ce qui est faux, mentionne-t-il. Cette méfiance pose un réel problème aux jeunes parce qu’il leur devient ainsi très difficile de participer aux concours.»

Documenter les projets gagnants

Jean-Pierre Chupin et ses collègues se penchent déjà sur la suite à donner à leur ouvrage, qui paraîtra en anglais en 2017. Ils poursuivent en effet l’analyse des concours canadiens en se concentrant plus particulièrement sur les projets qui ont à la fois conduit à des réalisations et qui ont été couronnés par un prix.

«Nous envisageons de constituer une base de données parallèle à celle des concours qui permettrait de documenter tous les projets construits au Canada et gagnants d’un prix d’excellence pour leurs qualités architecturales, urbaines, environnementales, sociales ou culturelles», dit le chercheur.

Cette banque de données, qui peut dès lors s’appuyer sur plus de 1700 réalisations primées au Canada depuis 30 ans, pourrait devenir dans un avenir rapproché la «carte canadienne de la qualité architecturale et urbaine», servant de guide pour la formation, la recherche et le rayonnement dans tous les domaines de l’aménagement.

Daniel Baril
Collaboration spéciale

  • Jean-Pierre Chupin, Ewa Bieniecka, Frédéric Bouchard, vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation, et Paul Lewis, doyen de la Faculté de l'aménagement, lors de la soirée de lancement de l'ouvrage.

    Crédit : Mandana Bafghinia