Un étudiant réalise un photoreportage saisissant à Alep

  • Forum
  • Le 15 décembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Ancien fief rebelle, le quartier de Bani Zaid a été repris par l'armée syrienne au mois d'août 2016 après de lourds combats (photo prise en novembre 2016).

Ancien fief rebelle, le quartier de Bani Zaid a été repris par l'armée syrienne au mois d'août 2016 après de lourds combats (photo prise en novembre 2016).

Crédit : Jules Gauthier

En 5 secondes

Alep, une ville de 1,6 million d’habitants, est en pleine guerre. Jules Gauthier s’y est rendu l’automne dernier pour témoigner de la réalité sur le terrain.

Trois femmes discutent devant un portrait de Bachar al-Assad dans l'enceinte de l'Université d'Alep. L’établissement n’a jamais fermé depuis le début de la guerre, «malgré les nombreux obus qui sont tombés sur le campus», dit le bas de vignette d’une photo de Jules Gauthier prise en novembre 2016 dans cette ville du nord-ouest de la Syrie, où il a passé deux semaines cet automne. «Les activités se sont poursuivies sans interruption à l’Université d’Alep en dépit de la guerre civile», relate le jeune homme rentré à Montréal il y a quelques semaines.

Difficile d’imaginer que le campus a été la cible d’un bombardement qui a fait 80 morts en 2014. Les traces des obus sont encore visibles. Qui en est responsable? On n’en sait rien, car les rebelles et les forces gouvernementales se sont renvoyé la balle jusqu’à ce qu’on finisse par oublier cet évènement tragique.

Il y a eu au moins 2000 morts à Alep entre le début du conflit, en 2011, et 2014, et cette ville stratégique pour les belligérants est depuis quelques mois à feu et à sang. «Nous savions que ça allait exploser. J’ai voulu en témoigner», explique l’étudiant, qui vient d’entreprendre une maîtrise en science politique à l’Université de Montréal après y avoir obtenu un baccalauréat dans la même discipline. Il en était à son quatrième séjour à Alep après avoir effectué des voyages au Liban, en Irak et ailleurs en Syrie, d’où il a rapporté de saisissantes images de la vie quotidienne dans ces pays en crise. Le globe-trotteur s’est aussi rendu en Albanie, en Arménie, en Géorgie et en Égypte.

Au cours de son dernier séjour en Syrie, du 28 octobre au 12 novembre, il a recueilli des témoignages émouvants de personnes désireuses de fuir leur pays qui n’a plus rien à leur offrir. «Mais la plupart n’ont pas les moyens de quitter Alep, pas plus que de destinations possibles. De plus, si elles s’aventurent aux frontières, elles seront refoulées, car elles n’ont pas les documents nécessaires pour émigrer», mentionne-t-il.

Grâce à ses contacts dans des quartiers de la ville sous la protection des forces gouvernementales, il a pu loger dans la maison d’une famille syrienne puis dans un couvent, de sorte que sa sécurité n’a pas été menacée. «Vous savez, pour la plupart des gens, la vie continue de façon relativement normale. Le jour, la population cherche des façons de subsister. Le soir, les jeunes se réunissent dans des endroits publics pour faire du sport et discuter.»

  • Jules Gauthier à Damas en 2015

    Crédit : Jules Gauthier

Insouciance de la vie quotidienne

Dans ses photos, on capte bien cette relative insouciance de la vie quotidienne. Des gens font la file, le matin, devant une boulangerie où l’on leur distribue du pain. Des enfants jouent dans les décombres; d’autres cherchent des objets récupérables. Le jeune homme est assez satisfait de ses photos, qui montrent la réalité sans fard. Elles ont toutes été prises avec son téléphone portable, car il n’était pas autorisé à utiliser son appareil photo.

Qu’est-ce que les habitants d’Alep comprennent de la situation actuelle? «Il y a beaucoup de propagande et les réseaux d’information sont peu fiables, signale-t-il. Là où je me trouvais, les gens appuyaient Bachar al-Assad, qu’ils voient comme un sauveur et non comme un tyran. Ils ne comprennent pas que la France et d’autres pays soutiennent les rebelles. Si j’avais été de l’autre côté, le point de vue aurait été différent.»

Jules Gauthier estime qu’il est nécessaire de pouvoir témoigner sur place de la réalité des civils. Il espère d’ailleurs retourner à Alep dans les prochaines années. Collaborateur occasionnel à Radio-Canada, à La Presse, au Huffington Post et à Urbania, il souhaite continuer à exercer le métier de photojournaliste tout en poursuivant ses études de maîtrise.

A-t-il eu peur durant son voyage? «Avant, on a peur parce qu’on pense à tout ce qui peut arriver. Au retour, on a une peur rétroactive parce qu’on imagine tout ce qui aurait pu arriver. Mais pendant mon séjour là-bas, non.»

  • Portrait de Bachar al-Assad dans l'enceinte de l'Université d'Alep. Cette dernière n'a jamais fermé depuis le début de la guerre, et ce, malgré les nombreux obus qui sont tombés sur le campus (photo prise en novembre 2016).

    Crédit : Jules Gauthier
  • Pour protéger les civils des tirs de francs-tireurs, de nombreuses barricades ont été érigées à l'aide de grandes toiles dans le quartier d'al Midan (photo prise en novembre 2016).

    Crédit : Jules Gauthier
  • Les soirs de trêves, de nombreux adolescents se rendent au centre communautaire Don Bosco pour s'amuser et faire du sport (photo prise en novembre 2016).

    Crédit : Jules Gauthier
  • À Bani Zaid, une famille est revenue chercher des objets personnels dans les ruines de leur logement (photo prise en novembre 2016).

    Crédit : Jules Gauthier

Pour en savoir plus

Visionner le photoreportage sur le site de Jules Gauthier