Noël et Hanoukka: la rencontre de deux célébrations phares

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Fait rare, en 2016 la célébration chrétienne de Noël coïncide avec celle de la fête juive Hanoukka. Discussion avec le théologien et professeur émérite Jean Duhaime.

Quelle est la signification de la fête de Noël pour les chrétiens?

Pour les chrétiens, la fête de Noël représente avant tout la naissance de Jésus, qui est pour eux le fils de Dieu et le sauveur annoncé par les prophètes. La naissance de Jésus est le cœur de ce qu’on appelle l’incarnation, le fait que Dieu a pris une apparence humaine pour se manifester. C’est un temps de réjouissance et de partage, comme peut l’être toute naissance. Et les conditions de cette naissance sont importantes : Jésus naît dans la simplicité et le dépouillement, et l’annonce de sa venue au monde est d’abord faite à d’humbles bergers des environs. Pour les chrétiens, Dieu partage la condition des pauvres et des démunis. Cette solidarité avec les défavorisés et les marginaux sera un des traits essentiels de son message et de son action. Ainsi, Noël est également un rappel de la dignité de chaque personne et du soutien qu’on doit apporter aux gens qui sont dans le besoin. D’où les gestes de partage de toutes sortes qui se multiplient à l’époque de Noël.

Il y a pourtant des éléments païens à l’origine de la célébration de Noël…

La fête de Noël est célébrée peu après le solstice d’hiver, quand les jours commencent à rallonger. À l’époque de Jésus, les Romains soulignaient à ce moment la fête du soleil, Sol invictus, et la victoire de la lumière sur les ténèbres. La Bible ne précise pas la date de la naissance de Jésus et la fête de Noël est attestée le 25 décembre à partir du 4e siècle, peu après que le christianisme est devenu la religion officielle de l’Empire romain.

Quelle est la signification de la fête de Hanoukka pour les juifs?

La fête de Hanoukka rappelle un épisode de la révolte des juifs contre les Grecs qui contrôlaient le territoire d’Israël au 2e siècle avant notre ère. Un décret interdisant la religion juive et imposant le culte de Zeus dans le temple de Jérusalem a provoqué une révolte. Menée par Judas Maccabée, les troupes juives ont reconquis le temple en 164. Au moment de purifier le temple, les Maccabées auraient découvert un flacon d’huile sainte servant à alimenter le grand candélabre. Le flacon contenait à peine assez d’huile pour une journée, mais cette huile aurait brûlé pendant huit jours, ce qui est interprété comme un signe du soutien et de la fidélité de Dieu envers son peuple. Les juifs célèbrent donc Hanoukka pendant huit jours et ils utilisent un chandelier spécial à neuf bougies dont l’une sert à allumer les autres. La fête commence le 25e jour du 9e mois du calendrier lunaire juif.

Pour les juifs d’aujourd’hui, cette fête est non seulement un rappel de l’histoire passée, mais aussi une affirmation de leur droit à préserver leur religion et leurs traditions, principalement dans les pays où ils sont minoritaires. C’est en outre leur façon d’affirmer le droit de tous à la liberté religieuse dans les sociétés pluralistes actuelles.

La fête de Hanoukka n’est pourtant pas aussi importante pour les juifs que celle de Noël l’est pour les chrétiens…

L’histoire des Maccabées ne fait pas partie de la bible juive et, contrairement aux autres grandes fêtes comme la Pâque, la fête de Hanoukka n’est pas prescrite par la Torah. Mais, dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord à tradition majoritairement chrétienne, la période de Noël devient envahissante socialement. La tradition juive a donc eu tendance à donner plus d’importance à cette fête de Hanoukka. On peut ici parler d’une forme de mimétisme, d’un ajustement à la réalité sociale dans laquelle vivent les communautés juives minoritaires.

Quelles similitudes observez-vous entre les deux célébrations?

Les principales ressemblances tiennent au fait qu’on utilise le symbole de la lumière comme signe de salut. Ce sont des fêtes joyeuses qui donnent lieu à des échanges et à un partage.

Quels en sont les éléments divergents?

Pour les chrétiens et pour les juifs, ce n’est pas le même « évènement de salut » qui est célébré. En rappelant la naissance de Jésus, les chrétiens témoignent de leur conviction qu’il est leur lumière et leur salut. Les juifs évoquent de leur côté un épisode crucial de leur histoire, un moment décisif qui a assuré la survie de leur religion et de leur culture, une victoire acquise avec l’aide de Dieu.

Quel message des personnes non croyantes peuvent-elles tirer de cette célébration de Noël?

L’espérance d’un monde plus humain et plus fraternel est une espérance universelle. Noël marque parfois un moment de trêve dans les conflits et demeure encore un temps où l’on fait preuve d’une plus grande générosité envers les autres, particulièrement envers les personnes dans le besoin. Le temps de Noël peut aussi être un temps de rencontre et parfois de réconciliation, l’occasion de reprendre contact avec des gens qu’on aime, mais de qui la vie nous éloigne habituellement.

Quel éclairage peut nous apporter la théologie dans un contexte de guerres et d’attaques perpétrées au nom de la religion?

Les religions monothéistes comme le judaïsme, le christianisme et l’islam comportent à la fois un fort potentiel de violence et un fort potentiel de paix. Il y a dans chacune de ces trois religions la reconnaissance que l’humanité, malgré sa diversité, est une seule et même famille. La règle d’or d’aimer son prochain comme soi-même existe d’ailleurs sous des formulations variables dans de nombreux cultes.

Ce qui est problématique, c’est l’interprétation radicale et exclusiviste, la prétention d’avoir le monopole de la vérité et la volonté de vouloir l’imposer.

Les religions peuvent toutefois faire partie de la solution aux problèmes contemporains. Il y a dans chacune d’elles les ressources et les valeurs nécessaires pour promouvoir la paix, la solidarité et la justice sociale. Sans oublier que les traditions religieuses ont permis l’élaboration de grands courants de sagesse au fil des siècles. Ma conviction est qu’en apprenant à mieux connaître les grandes religions, en reconnaissant leur droit d’exister et d’être respectées, et en encourageant leurs aspects les plus positifs, on les aidera à contribuer de façon significative au bien commun, dans le respect des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques où nous vivons.

Parlez-nous d’une tradition chrétienne que vous affectionnez particulièrement…

Avec de jeunes enfants ou encore avec des visiteurs de passage, j'aime beaucoup visiter les crèches, surtout celles de la collection de l’oratoire Saint-Joseph. Par leur diversité, elles illustrent les représentations de la fête de Noël à travers différentes cultures. Comme si la diversité des représentations témoignait de l’universalité du message chrétien.