Prévenir la mortalité après un infarctus du myocarde

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Les National Institutes of Health financent le volet canadien d’une étude qui vise à déterminer la quantité de sang optimale à transfuser aux patients anémiques qui ont subi un infarctus du myocarde.

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) obtient une subvention de deux millions de dollars américains des National Institutes of Health pour piloter le volet canadien d’une étude qui vise à déterminer la quantité de sang optimale à transfuser aux patients anémiques qui ont subi un infarctus du myocarde.

«La plupart des gens qui subissent un premier infarctus n’ont pas besoin de transfusion sanguine. Mais, pour ceux qui en ont besoin, le taux de mortalité est plus élevé, et ce sont souvent des patients âgés qui ont parfois d’autres maladies. Le problème, c’est qu’on ne sait pas combien de sang il est préférable de leur donner», affirme le Dr Paul Hébert, chef du Département de médecine du CHUM et co-investigateur principal de l’étude intitulée MINT, pour Myocardial Ischemia and Transfusion.

L’étude MINT est un vaste essai clinique dirigé par le Dr Jeffrey Lee Carson, professeur de médecine à la Rutgers Robert Wood Johnson Medical School au New Jersey (États-Unis). Cet essai randomisé mené dans plus de 70 centres hospitaliers aux États-Unis et au Canada va comparer chez 3500 patients à risque d’infarctus du myocarde deux stratégies de transfusions sanguines: libérale ou restrictive. «Nous allons vérifier si donner plus de sang pour garder le patient à un seuil de 100 g/L d’hémoglobine est préférable à donner moins de sang en visant un seuil de 80 g/L. Nous allons voir l’impact sur la mortalité après 30 jours», explique le Dr Hébert, également professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de médecine transfusionnelle Fondation Héma-Québec–Bayer de l’Université de Montréal.

Un essai pilote mené auprès de 110 patients et publié dans The American Journal of Cardiology a démontré que la mortalité était plus élevée après 30 jours chez les patients qui ont reçu moins de globules rouges par rapport à ceux qui en ont reçu plus: sept personnes sont mortes dans le groupe restrictif, comparativement à un seul décès dans le groupe libéral. Les chercheurs pensent donc qu’il est préférable de donner plus de sang aux patients atteints d’une cardiopathie ischémique, c’est-à-dire une maladie cardiaque causée par un arrêt ou une diminution de l’irrigation du cœur.

Pourtant, dans une étude parue en 1999 dans le New England Journal of Medicine et qui a révolutionné les pratiques en matière de transfusions sanguines dans le monde, le Dr Hébert et ses collègues ont démontré que les personnes hospitalisées aux soins intensifs ont davantage de chances de survivre si on limite les quantités de globules rouges transfusés. «En général, c’est vrai. Mais le cœur est un organe spécial qui nécessite une irrigation constante en oxygène. On pense que, si vous faites une crise cardiaque et qu’en plus vous êtes anémique, c’est inquiétant et il faut donner plus de sang», expose le Dr Hébert.

Les transfusions sanguines ne sont pas sans danger. Il y a des risques d’infections ou de réactions immunes. Certains estiment que, lorsqu’un patient a vraiment besoin d’une transfusion sanguine, il est toujours préférable de limiter les quantités de globules rouges administrés. «Cet essai clinique s’inscrit dans la suite logique de nos recherches sur les seuils transfusionnels menées depuis plus de 30 ans et va nous permettre de trancher l’une des dernières grandes questions dans le domaine», fait valoir le Dr Jacques Lacroix, intensiviste au CHU Sainte-Justine, professeur à l’Université de Montréal et collaborateur de l’étude MINT.

L’équipe de MINT va aussi évaluer si la quantité de globules rouges transfusés chez les patients cardiaques a un impact sur les risques de complications comme la thrombose ou la pneumonie. «Nos conclusions vont certainement influencer la pratique et ultimement sauver des vies. On pourra mieux intervenir lorsqu’un patient anémique fait une crise cardiaque et prévenir les crises futures», conclut le Dr Hébert.

Les maladies cardiovasculaires sont responsables d’environ 17,5 millions de morts par année, selon l’Organisation mondiale de la santé. Parmi tous ces décès, les cardiopathies ischémiques sont en tête de liste et les risques de mourir sont particulièrement élevés chez les patients âgés et anémiques.

 

 

À propos de cette étude

L’essai Myocardial Ischemia and Transfusion (MINT) est dirigé par le Dr Jeffrey Lee Carson (RBHS-Robert Wood Johnson University Hospital) et financé par les National Institutes of Health (projet no 1U0HL13387-01). Le Dr Paul Hébert (CRCHUM et Université de Montréal) dirige le volet canadien de l’étude, avec l’appui du Dr Jacques Lacroix et du Dr Philippe Jouvet (CHU Sainte-Justine et Université de Montréal). Pour en savoir plus: bit.ly/2f3sjOw.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM) améliore la santé chez l'adulte par un continuum de recherche universitaire de haut niveau qui, en améliorant la compréhension des mécanismes étiologiques et pathogéniques, favorise le développement, l'implantation et l'évaluation de nouvelles stratégies préventives, diagnostiques et thérapeutiques. Le CRCHUM offre un environnement de formation assurant une relève engagée dans une recherche d'excellence.

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l'Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d'avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 cliniciens, ainsi que 360 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. 

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