Le vêtement, outil d’inclusion sociale pour les femmes baby-boomers

  • Forum
  • Le 12 janvier 2017

  • Dominique Nancy
Les personnes en situation de handicap veulent aussi avoir accès à des habits confortables, fonctionnels et élégants.

Les personnes en situation de handicap veulent aussi avoir accès à des habits confortables, fonctionnels et élégants.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Une étude de l'Université de Montréal s’intéresse au vêtement inclusif pour les personnes en situation de handicap ou qui pourraient éventuellement l’être et qui avancent en âge.

Les personnes en situation de handicap veulent se vêtir avec style et de façon autonome. Elles ne veulent pas dépendre de quelqu’un pour s’habiller et aimeraient que l’attention se porte ailleurs que sur leur fauteuil roulant ou sur leur dysfonction. C’est en ayant en tête ces besoins que Ghislaine Grenon, diplômée de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, a eu l’idée d’étudier le vêtement adapté et inclusif dans le cadre de son projet de maîtrise.

«Je m’occupais de ma sœur atteinte de sclérose en plaques et en perte d’autonomie. Je voyais combien il lui était difficile d’enfiler ses vêtements et je voulais l’aider à se sentir bien et belle.» Ghislaine Grenon s’applique donc à concevoir des habits confortables, fonctionnels et élégants afin de lui redonner sa dignité. «Les vêtements proposés aux femmes qui souffrent d’un handicap ne sont pas très attrayants, dit-elle. Ils sont pensés surtout pour les personnes âgées qui vivent en résidence.»

De fil en aiguille, cette ancienne conceptrice de décors pour le cinéma fonde son entreprise, Milo, et se met à créer des pièces adaptées aux besoins des individus aux prises avec diverses difficultés physiques. Son approche est inclusive. Ghislaine Grenon écoute et observe ces personnes et leurs aidants naturels, consulte des ergothérapeutes et trouve des solutions vestimentaires qui améliorent leur qualité de vie.

«Au départ, je voulais m’occuper de problèmes majeurs comme ceux que vivent les gens en fauteuil roulant, mais je me suis vite rendu compte que plusieurs individus, sans avoir de handicap apparent, souffraient de limitations fonctionnelles», indique Mme Grenon. Par exemple, les petits boutons sont un véritable calvaire pour ceux dont la motricité fine est déficiente. Une ampleur à l’emmanchure est nécessaire lorsqu’il y a un manque de souplesse articulaire. Ceux qui souffrent d’ostéoporose sont pour leur part incommodés par les vêtements trop lourds.

Les créations Milo, de Ghislaine Grenon, sont fabriquées sur mesure et adaptées en fonction des limitations fonctionnelles de chacun afin de favoriser l’inclusion sociale, l’autonomie et l’estime de soi.

Crédit : Amélie Philibert

À partir d’assises théoriques issues du design et de l’ergothérapie, son projet de recherche est axé sur la conception d’un manteau d’hiver répondant aux besoins et désirs des femmes baby-boomers. «Plusieurs femmes en situation de handicap ou qui pourraient éventuellement l’être et qui avancent en âge ont tendance à s’isoler l’hiver parce que leur manteau est inadéquat», affirme Mme Grenon.

Sa recherche a mené à la réalisation d’un cahier des charges en vue de la fabrication du manteau idéal. «Léger, robuste et d’entretien minimal, il est conçu de manière à simplifier l’habillage avec des matières qui contrôlent la chaleur et intègrent la haute technologie. Les attaches prennent en considération la dextérité manuelle et les poches sont assez grandes pour recevoir quelques effets personnels et protéger les mains», résume-t-elle.

Plaisir, confort, fonctionnalité et temporalité

Pour cibler les critères de design appropriés, Ghislaine Grenon a mené des entrevues individuelles avec des Montréalaises âgées de 62 à 66 ans et leur a demandé d'enfiler leurs propres manteaux d’hiver. À son avis, le vêtement inclusif pourrait trouver preneur auprès de cette catégorie de personnes. «Le besoin deviendra de plus en plus important avec le vieillissement de la population», estime la chercheuse, qui a entrepris son mémoire à l’âge de 62 ans.

Supervisée par les professeures Denyse Roy et Jacqueline Rousseau, respectivement de la Faculté de l’aménagement et de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, l’étude de Mme Grenon vise à améliorer le sort de ces femmes en quête d’hédonisme, de confort et de fonctionnalité. «Ces concepts sont essentiels à considérer lors de la conception d’un manteau d’hiver pour les femmes âgées», rapporte-t-elle.

L’analyse des données révèle que la notion de plaisir associée au vêtement est d’ailleurs étroitement liée au bien-être. Le confort et la fonctionnalité du manteau sont également indispensables, mais semblent un peu moins prédominants. «Ces personnes recherchent l’élégance malgré le besoin grandissant de fonctionnalité. Ne pas reconnaître la nécessité psychosociale hédoniste de cette clientèle est une erreur, signale Mme Grenon. Ce besoin, trop souvent ignoré dans le vêtement pour personne en situation de handicap, doit être pris en considération au moment de la conception.»

Son étude fait ressortir une autre tendance: la temporalité. Les femmes baby-boomers dynamiques se soucient maintenant de l’environnement; elles consomment notamment moins de fourrure. Elles veulent un manteau d’hiver de qualité et abordable qui va durer longtemps. Si aucune des femmes ayant participé à l’étude n’avait de manteau neuf, toutes en avaient cependant accumulé plusieurs au fil des ans. «Ils sont adaptables aux diverses conditions climatiques et à leurs activités; elles les superposent au besoin pour augmenter la protection contre les éléments et varier leur apparence, constate Mme Grenon. Elles usent aussi abondamment d’accessoires comme des écharpes et des gants pour en rehausser l’allure et se protéger davantage du froid.»

Enfin, les nouveaux matériaux textiles associés aux vêtements de sport suscitent grandement leur intérêt. «Cela ouvre la voie à une perspective de mode chic alliée à la technologie», selon Mme Grenon.

Déposé en octobre dernier, son mémoire pourra être lu en février prochain sur Papyrus à partir du site de l’Université de Montréal.