Des étudiants de premier cycle de la Faculté de médecine s’initient à la recherche

  • Forum
  • Le 2 février 2017

  • Dominique Nancy
Les professeurs Roger Lippé et Christian Baron, du Département de pathologie et biologie cellulaire, en compagnie du Dr Sahakian, directeur des affaires médicales chez Merck, et quelques stagiaires de recherche lauréats au 50e congrès du PREMIER.

Les professeurs Roger Lippé et Christian Baron, du Département de pathologie et biologie cellulaire, en compagnie du Dr Sahakian, directeur des affaires médicales chez Merck, et quelques stagiaires de recherche lauréats au 50e congrès du PREMIER.

Crédit : Faculté de médecine

En 5 secondes

Près d’une centaine de stagiaires de recherche font une présentation de leur projet au 50e congrès du PREMIER.

Peu d’étudiants de premier cycle ont la chance de se joindre à une équipe de recherche et de participer à un congrès scientifique. Mais, grâce au Comité d’organisation du programme des stages d’été (COPSE) de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, c’est l’expérience peu banale que vivent chaque année près d’une centaine de stagiaires de recherche de la faculté.

Le COPSE, rebaptisé récemment Programme d’excellence de médecine pour l’initiation en recherche (PREMIER), permet aux étudiants de s’initier à toutes les étapes de la recherche: recension des écrits, collecte et analyse des données, expérimentation en laboratoire, mais aussi rédaction scientifique et présentation des résultats. «Il s’agit d’un excellent moyen de développer nos compétences, à commencer par notre esprit de synthèse et notre sens de la communication. Dans mon cas, l’expérience a confirmé mon intérêt pour la recherche», affirme Brigitte Bénard, étudiante en première année d’externat en médecine.

Comme les autres stagiaires, Mme Bénard a profité d’une bourse du PREMIER qui lui a permis au cours des étés 2015 et 2016 de s’intégrer à l’équipe de recherche de Francine Ducharme, professeure au département de pédiatrie du CHU Sainte-Justine, affilié à l’UdeM. Mme Ducharme l’a prise sous son aile et a encadré son projet intitulé «Association entre le montélukast et des effets secondaires neuropsychiatriques chez les enfants souffrant d’asthme» (voir l’encadré).

«J’ai adoré mon expérience, soutient l’étudiante. J’ai maintenant envie de combiner la recherche et ma future pratique médicale.»

Des présentations impeccables

Le professeur Roger Lippé préside depuis 2014 le comité d’organisation du Programme d’excellence de médecine pour l’initiation en recherche de l’UdeM.

Crédit : Faculté de médecine

L’objectif du PREMIER vise à éveiller l’intérêt pour la recherche chez les étudiants en leur permettant d’effectuer un stage d’été dans un laboratoire afin de les encourager à entreprendre des études aux cycles supérieurs. «Vous savez, la Faculté de médecine forme des étudiants qui veulent devenir médecins, mais aussi d’autres qui vont faire de la recherche fondamentale. La recherche en laboratoire est importante pour ces deux populations étudiantes. Cela a d’ailleurs toujours été notre politique d’arrimer les deux aspects à la formation», signale Roger Lippé, professeur au Département de pathologie et biologie cellulaire et président depuis 2014 du comité d’organisation du PREMIER.

Les stages du PREMIER sont offerts aux étudiants inscrits aux différents programmes de premier cycle de la Faculté de médecine. L’étudiant intéressé par un de ces stages doit d’abord trouver un professeur avec qui il partage des thématiques de recherche et qui accepte de l’encadrer dans cette aventure hardie. «Outre son engagement dans une étude universitaire, l’étudiant doit produire un rapport de stage et faire une présentation de son projet au congrès annuel de la faculté en respectant les exigences des colloques scientifiques. Cette année, on a même sélectionné les présentations orales par compétition et présenté des séances plénières comme dans un vrai congrès. C’est une immersion totale dans le vrai monde de la science!» déclare M. Lippé.

«Tout cela totalise beaucoup d’heures de travail, note Brigitte Bénard. Mais ça en vaut vraiment la peine.»

L’expérience de recherche comporte de nombreux avantages pour l’étudiant, qui pourra notamment en faire mention dans son curriculum vitæ, tout comme l’obtention d’une des bourses offertes sur une base compétitive. Les professeurs y trouvent aussi leur compte. «C’est pour nous une excellente occasion de recruter de futurs candidats à la maîtrise ou au doctorat», souligne le professeur Lippé.

Soutenu depuis 1961 par le Vice-décanat à la recherche et au développement de la Faculté de médecine, le PREMIER fête cette année son 55e anniversaire. «Cela fait 55 ans que ce programme de stages existe, mais on célèbre cette année la tenue du 50e congrès, précise M. Lippé. À ce jour, plus de 3000 stagiaires ont bénéficié de ce programme. Cela représente un quart de million de dollars en bourses annuelles et 22 millions d’investissement depuis les 20 dernières années.»

Le 27 janvier, l’excellence des présentations a ébahi plusieurs chercheurs et professeurs présents dans l’amphithéâtre du pavillon Roger-Gaudry, où avait lieu le congrès. Roger Lippé ne tarit pas d’éloges sur les présentations livrées par les étudiants. «Ils étaient bien organisés, avec des projections et des graphiques et du contenu scientifique pertinent, indique le professeur. Ils étaient tous vraiment bons!»  

Treize d’entre eux ont reçu des prix pour leur recherche et leur présentation impeccables. Il s’agit de Jasmine Arel (physiothérapie), Yannie Codère (médecine), Anne Couture (médecine), Maxime Hovington (sciences biomédicales), Aurélie Hugron (médecine), Raphaël Hurtubise (médecine), Rhode Esther Joseph (ergothérapie), Francis L’Heureux (neurosciences), Tiphanie Marrocq (sciences biologiques), Julien Milosz (neurosciences), Anne-Sophie Racine (sciences biomédicales), Ali Smaani (biochimie et médecine moléculaire) et Sarah Tardif (biochimie et médecine moléculaire).

Un médicament contre l’asthme pourrait causer des changements d’humeur et faire naître des idées suicidaires

Rares sont les médicaments exempts d’effets secondaires. Mais certains peuvent exposer à des risques graves. C’est le cas du montélukast, un produit pharmaceutique en comprimés prescrit contre l’asthme insuffisamment contrôlé par corticothérapie inhalée.

«Ce médicament, aussi connu sous le nom Singulair, a fait l’objet d’alertes concernant des changements d’humeur, de l’insomnie, des hallucinations ainsi que des comportements d’agressivité, d’irritabilité et des manifestations psychiatriques, incluant la dépression et les idées suicidaires, signale Brigitte Bénard. Ces effets indésirables ne sont rapportés que dans un pour cent des cas dans la littérature. Pourtant, à la Clinique d’asthme du CHU Sainte-Justine, le problème est beaucoup plus fréquent.»

Intriguée, Mme Bénard a étudié le phénomène sous la supervision de la professeure Francine Ducharme. L'étudiante en première année d'externat à la Faculté de médecine a présenté son projet au 50e congrès du Programme d’excellence de médecine pour l’initiation en recherche. L’objectif de son étude était de faire le point sur certains des effets du médicament à partir de cas notifiés dans la banque de données de la Clinique. Elle a analysé les comportements rapportés par l’un des parents chez 106 patients âgés de 1 à 17 ans à qui on avait donné du montélukast ou sa version générique. Puis, elle a comparé ses résultats avec ceux obtenus dans un groupe témoin et les données de la littérature. De sa cohorte, 26 % des enfants avaient eu des troubles du sommeil ou des épisodes d’irritabilité et d’agressivité avec ou sans l’arrêt du médicament, alors que 16 % avaient cessé de l’utiliser à cause des effets secondaires trop graves. Étrangement, trois jours après l’arrêt du médicament, ces désagréments disparaissaient...

Les chercheuses expliquent leurs résultats en émettant l’hypothèse qu’il pourrait y avoir une plus grande utilisation de ce médicament, par sa prise orale facilitante, chez les enfants aux prises avec des troubles du comportement ainsi que chez les enfants de parents qui souffrent de troubles psychologiques ou de migraines. «Mes résultats ne permettent pas de conclure à un lien génétique. Mais il est possible que des patients porteurs de certaines variantes du gène CYP2C8, responsable du métabolisme hépatique du médicament, soient davantage susceptibles de ressentir des effets secondaires. «Mes résultats ne concordent pas avec les données de la littérature. Peut-être parce que souvent les sujets qui ont ce type de problèmes sont exclus des études? Mon échantillon comprenait 20 % de jeunes avec un TDAH [trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité].»

Pour la jeune chercheuse, il apparaît très important, compte tenu de la gravité potentielle des effets secondaires du montélukast et de son générique, de rechercher l’existence de troubles psychiatriques ou d’un TDAH avant de prescrire le médicament. «Il est aussi nécessaire de vérifier si les patients ont des prédispositions aux migraines et à l’insomnie, et de surveiller attentivement tout changement dans l’humeur et le comportement au cours du traitement», souligne-t-elle.

Son étude fait présentement l’objet d’une évaluation pour publication dans l’European Respiratory Journal.