Quatre jours pour compter les organismes vivants des Laurentides

  • Forum
  • Le 13 février 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Au printemps, des dizaines de personnes consigneront leurs observations d’espèces vivantes à la Station de biologie des Laurentides pour documenter cet écosystème.

En deux fins de semaine intensives – les 27 et 28 mai et les 4 et 5 juin prochains –, des dizaines de biologistes aguerris et amateurs se lanceront dans un marathon d’observation dans la forêt et près des eaux de la Station de biologie des Laurentides, à Saint-Hippolyte. Leur objectif: observer le plus grand nombre possible d’êtres vivants dans cet écosystème représentatif de la forêt méridionale de l’est du Canada. «Ce sera un grand party d’observation de la nature», résume Roxane Maranger, professeure au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et directrice de la Station. On attend sur place quelque 70 personnes par jour, incluant des professeurs et des étudiants en biologie de l’UdeM, mais aussi des partenaires locaux.

Avec Timothée Poisot, spécialiste de l’extraction de données appliquée à l’écologie, elle dirigera les équipes, qui partiront chacune de leur côté consigner le plus d’observations possible. Les unes s’intéresseront aux mammifères terrestres, d’autres aux oiseaux, aux insectes, à la flore, à la vie lacustre, aux champignons, etc. Il y aura même des quarts de nuit pour noter les chants d’oiseaux nocturnes. «Cela peut paraître étonnant, mais nous n’avons pas une idée précise du nombre d’espèces vivantes qui se côtoient dans ce lieu, même s’il s’y est tenu d’innombrables recherches au cours des 50 dernières années», déclare Mme Maranger, qui souligne la collaboration fructueuse avec son jeune collègue.

L’occasion était bonne de corriger cette lacune alors que le Service canadien de la faune a lancé un appel d’un océan à l’autre pour contribuer à la documentation de la biodiversité du pays. Le financement de l’opération est assuré par le budget spécial du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Le projet de l’équipe de l’Université de Montréal s’est classé parmi les 10 «bioblitz scientifiques» retenus, le seul au Québec et le seul au Canada à être dirigé par une université. Le Service canadien de la faune désire d’ailleurs étendre l’expertise méthodologique des biologistes montréalais aux autres projets sélectionnés.

Timothée Poisot et Roxane Maranger

Crédit : Amélie Philibert

1, 2, 3, go!

Selon M. Poisot, le répertoire qui sera mis en ligne simultanément durant le blitz pourrait compter au terme de l’exercice de 3000 à 4000 observations, ce qui s’approchera du total annuel de 5000 observations rapportées dans tout le Québec! Mais cette base de données présentera l’avantage d’être évolutive; on continuera de l’alimenter après l’activité. Chaque espèce sera photographiée et l’endroit de son observation géoréférencé. On pourra utiliser ces observations pour mieux connaître les effets des changements climatiques dans l’avenir.

«La richesse du lieu que nous avons proposé a beaucoup plu aux organisateurs», mentionne Mme Maranger, qui étudie la biogéochimie et l’effet écosystémique des activités microbiennes du cycle du carbone et de l’azote sur les lacs et rivières du Québec mais aussi aux États-Unis et jusqu’à l’océan Arctique. La biologiste insiste sur le caractère «citoyen» de l’activité printanière. Le laboratoire à ciel ouvert de l’UdeM est au croisement de deux régions administratives (les Laurentides et Lanaudière), de trois municipalités régionales de comté (Rivière-du-Nord, Les Pays-d’en-Haut et Matawinie) et des villes de Saint-Hippolyte, Sainte-Adèle et Chertsey. Plusieurs personnes de la région qui s’intéressent à la biodiversité et au développement durable seront accueillies dans les pavillons de la Station.

Aire protégée par l’État québécois, l’espace occupé par la Station de biologie des Laurentides, d’une superficie de 16,4 km2, pourrait devenir un jour un parc national; cette activité d’observation pourrait aider sa cause. L’écosystème d’origine glaciaire où se trouve la Station compte 15 lacs, 10 milieux humides (tourbières et zones inondables) et plus de 50 km de ruisseaux. On y a aperçu au moins 85 espèces d’oiseaux, des ours noirs, des orignaux et des cerfs de Virginie, entre autres.

Le défi des deux responsables du bioblitz sera de bien répartir les tâches afin de permettre la documentation du lieu en temps réel. «Plusieurs biologistes connaissent bien le boisé. Pour eux, ce sera facile de désigner les principales essences d’arbres, dit M. Poisot. Les mycologues sauront aussi où chercher. C’est avec les microorganismes que les choses vont se compliquer… Les espèces microscopiques seront identifiées ultérieurement, à la suite d’analyses en laboratoire.»