Repousser les limites de l’apprentissage de la microchirurgie

  • Forum
  • Le 17 février 2017

  • Dominique Nancy
Le laboratoire de simulation en microchirurgie du CHUM est un outil de formation qui favorise l’approfondissement des compétences techniques de la relève en chirurgie.

Le laboratoire de simulation en microchirurgie du CHUM est un outil de formation qui favorise l’approfondissement des compétences techniques de la relève en chirurgie.

Crédit : CHUM

En 5 secondes

Le nouveau laboratoire du CHUM est un lieu unique pour devenir microchirurgien d’élite.

À l’instar des pilotes d’avion, la formation des chirurgiens spécialisés en microchirurgie s’oriente de plus en plus vers un entraînement par simulation grâce à des microscopes ultraperformants capables de grossir les artères et vaisseaux du malade. Cette méthode d’apprentissage permet aux futurs chirurgiens de perfectionner leurs techniques et habiletés. 

C’est là l’un des objectifs poursuivis par le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), qui inaugurait récemment son nouveau laboratoire de microchirurgie. L’appareillage permet de faire des simulations chirurgicales sur de vrais vaisseaux sanguins humains à partir d’artères cadavériques, qui se prêtent bien à l’apprentissage de la microchirurgie. Cette approche remplace les organes fictifs et ceux de rats utilisés auparavant.

«Afin de maîtriser les techniques complexes de certaines opérations, les apprentis chirurgiens qui optent pour la microchirurgie doivent poursuivre un long apprentissage par la pratique. On fait des réimplantations qui nécessitent de rattacher des vaisseaux sanguins avec des sutures dont le diamètre est souvent inférieur à un millimètre, soit plus petit que la largeur d’un cheveu. Le développement de la dextérité est donc capital», explique le Dr Alain Danino, chef du service de plastie du CHUM.

Au Centre d’expertise en réimplantation du CHUM, où il travaille depuis une dizaine d’années, les compétences acquises en microchirurgie sont reconnues à l’échelle internationale. Le nouveau laboratoire permettra de faire un pas de plus dans cette direction. «Il s’agit d’un outil de formation unique qui favorise l’approfondissement des compétences techniques de la relève en chirurgie et qui assure le maintien des acquis des chirurgiens en exercice», signale le Dr Danino.

Dr Alain Danino, chef du service de plastie du CHUM

Crédit : CHUM

L’équipe de chirurgie plastique qu’il dirige soigne au moins 350 patients annuellement. Brûlures thermiques ou chimiques, blessures causées par une activité de bricolage ou conséquences de cancers, les plaies sont diverses. La plupart des personnes qui ont besoin d’une microchirurgie ont subi un accident ou souffert d’un cancer. Les chirurgies de la main représentent une grande partie des cas traités au CHUM. «Au Québec, la majorité des victimes d’une amputation complète ou partielle d’un doigt, d’une main ou d’un bras qui exige une revascularisation sont amenées ici de toute urgence», indique le Dr Danino.

Les microchirurgiens du CHUM effectuent aussi d’autres interventions délicates, comme des reconstructions mammaires et cervicofaciales qui visent la correction d’anomalies congénitales ou acquises (voir l’encadré «Reconstruire une langue»). La microchirurgie est également pratiquée en ophtalmologie et en neurochirurgie. Au CHUM, toutes ces interventions sont bien rodées, puisqu’elles sont réalisées quotidiennement. «D’où l’attrait pour les étudiants en microchirurgie de partout dans le monde de venir étudier chez nous», mentionne Alain Danino.

Avec le laboratoire de microchirurgie, le CHUM vise à rehausser l’expérience d’enseignement et à parachever la formation des résidents qui se spécialisent dans ce domaine. Le CHUM veut aussi offrir une pratique continue aux chirurgiens confirmés, notamment ceux qui travaillent en région, où il n’y a pas toujours un volume de cas suffisant pour maintenir les acquis professionnels.

C’est que cette spécialisation médicale est un art qui s’apparente à celui du musicien, dont la maîtrise de l’instrument est essentielle pour jouer le mieux possible. «Si on ne s’exerce pas, on perd cette capacité à faire de la microchirurgie de façon efficace, déclare le Dr Danino. Le maintien du savoir-faire exige une pratique continue.»

Une formation sur mesure

Mais que propose au juste ce laboratoire révolutionnaire? «C’est un outil pédagogique d’une force incroyable, estime Alain Danino, qui compare le lieu à un simulateur de vol, car les procédures chirurgicales sont très proches de la réalité. «On peut immerger les étudiants dans un scénario chirurgical et les mettre devant des obstacles techniques précis qui surgissent en salle d’opération», illustre-t-il.

Concrètement, le laboratoire met à la disposition des résidents en microchirurgie six microscopes sophistiqués dotés d’un système de captation vidéo en temps réel. Le laboratoire est accessible à toute heure du jour ou de la nuit et les étudiants peuvent apprendre seuls ou dans le cadre d’ateliers supervisés. «La première chose qu’ils ont à faire est de se connecter à la plateforme informatique, dit le Dr Danino. Cela va leur permettre d’enregistrer leurs procédures chirurgicales et de les garder en mémoire de sorte qu’ils pourront voir leurs progrès. Un professeur va par la suite visualiser leurs interventions, analyser leurs gestes et travailler avec eux sur des points particuliers afin qu’ils améliorent leur technique.»

La microchirurgie demande un doigté exceptionnel et une grande minutie. Elle nécessite une adaptation des gestes enseignés au CHUM qui se distingue de la chirurgie classique et de la vidéochirurgie.

À la différence du chirurgien classique, le microchirurgien opère sans regarder directement ses mains et ses instruments, les yeux rivés à un microscope placé au-dessus de l’organe sur lequel il intervient. «On voit ce qu’on fait à travers le microscope, souligne le Dr Danino, qui précise qu’avec la laparoscopie par exemple l’image apparaît sur un écran. Plusieurs chirurgiens classiques ont beaucoup de mal à s’adapter à ces façons de faire, ce qui explique pourquoi le bassin de microchirurgiens qu’on forme n’est pas suffisant», déplore-t-il. 

Les différents types de chirurgie
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Le nouveau laboratoire de simulation en microchirurgie du CHUM, incluant l’acquisition des microscopes, a été mis en place grâce à un financement de 235 000 $ accordé pour sa modernisation. En plus de la chirurgie plastique, il pourra servir des spécialités médicales telles que la neurochirurgie, la gynécologie oncologique, l’ophtalmologie et l’otorhinolaryngologie.

Une révolution dans l'apprentissage de la microchirurgie
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Reconstruire une langue

Quinze heures d’opération et trois équipes médicales ont été nécessaires pour réaliser une reconstruction de la langue chez un père de famille âgé de 54 ans qui souffrait d’une plaie due à un cancer.

«L’équipe d’otorhinolaryngologie du Dr Louis Guertin a d’abord retiré la tumeur, puis celle de pathologie s’est assuré qu’il ne restait plus aucune trace de la maladie avant que notre équipe intervienne, relate le Dr Alain Danino. On a alors prélevé chez le patient un bout de tissu de son avant-bras et on l’a reconnecté avec des vaisseaux issus du cou du patient afin de pouvoir reconstruire sa langue.»

Une prouesse chirurgicale dirigée par le chirurgien la veille de notre entretien. Un cas typique de ce qui se fait chaque jour au CHUM. Émergeant à peine de son anesthésie générale, le malade se portait bien. Il allait bénéficier d’une prise en charge par le personnel médical tout au long de sa convalescence, soit une bonne dizaine de jours. «Des infirmières et des orthophonistes vont l’aider à passer à travers tous les stades du rétablissement», indique le Dr Danino, qui insiste pour dire que le succès d’une chirurgie ne dépend pas juste de l’acte chirurgical, mais également du suivi étroit des patients par le personnel pluridisciplinaire.