Un investissement béton dans la matière grise!

  • Forum
  • Le 23 février 2017

  • Dominique Nancy
Bruno Fayolle

Bruno Fayolle

Crédit : Christian Fleury

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Le président et chef de la direction de Fayolle Canada parle de son engagement envers la Faculté de l’aménagement et son pays d’accueil.

«C’est un investissement béton dans la matière grise.» C’est ainsi qu’on peut qualifier le don de deux millions de dollars qu’a récemment fait Fayolle Canada à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal pour la création de la Chaire de recherche Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité.

Alors que les médias ont beaucoup parlé de corruption dans le milieu de la construction, cet engagement philanthropique peut paraître surprenant. Pas pour le président et chef de la direction de Fayolle Canada, qui veut favoriser l’alliance des expertises de bâtisseurs en génie civil et en construction afin de réaliser des environnements bâtis résilients, performants et écoresponsables. «L’union de nos forces avec un établissement qui encourage l’originalité et l’innovation architecturales dans l’art de construire est le gage d’un avenir prometteur. Il nous est donc naturel de vouloir soutenir la faculté. Et, tant qu’à le faire, aussi bien que ce soit de manière significative», affirme-t-il. Le style, c’est l’homme!

À la tête de l’entreprise familiale, fondée par son arrière-grand-père en France, Bruno Fayolle a investi en 2006 une partie de son capital au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique pour créer Fayolle Canada, qui est principalement active dans le secteur de la construction. La compagnie se démarque en orientant le marché vers la construction durable et les filières naturelles. Mais aussi par son soutien à la communauté.

Avec ce don historique, le plus important de l’histoire de la Faculté de l’aménagement, M. Fayolle assure une pérennité à la Chaire, qui se trouve dans une position privilégiée pour faire avancer la recherche et l’innovation dans le domaine. À cette fin, la recherche sera abordée de manière globale et s’effectuera en tenant compte des différents enjeux, qu’ils soient économiques, bioclimatiques ou sociétaux, susceptibles d’influencer l’avenir du milieu de la construction.

Une histoire qui se construit

Originaire de la Creuse, dans la région du Limousin, en France, la famille Fayolle a bâti la multinationale du même nom à partir de rien. Tout a commencé à Paris, en 1929, en pleine crise économique, quand Jean Fayolle a lancé avec ses fils une compagnie de maçonnerie.

Dans les années 60, l’entreprise se diversifie dans la construction, la réfection et l’entretien des routes. «Je me suis joint au groupe en 1996», raconte Bruno Fayolle. L’entreprise française devient au fil des décennies une référence dans les secteurs du génie civil, du bâtiment et des métiers de la route. Elle compte actuellement plus de 2600 employés et entretient le tiers des rues de Paris, incluant la voirie et les égouts. «La division d’hygiène publique en région parisienne a été vendue pour permettre d’investir ici à travers des acquisitions», indique l’ingénieur de formation âgé de 46 ans.

Vêtu d’un costume-cravate et d’une chemise blanche impeccable, l’homme d’affaires aux tempes grisonnantes et au regard soutenu n’a pas l’air d’un «gars de la construction». «Je suis un entrepreneur», déclare celui qui est aussi à l’aise sur un chantier que dans un bureau à négocier des contrats de plusieurs millions de dollars. «Bruno est un chrétien pratiquant, fondamentalement gentil, franc et un grand humaniste», mentionne Hugues Fastrel, vice-président directeur de Fayolle Canada, un ami de longue date.

C’est également, dira-t-il, quelqu’un d’exigeant et d’hyperactif. «S’il avait la possibilité de ne pas dormir, il le ferait.» Amateur de plein air – il adore la pêche et la chasse –, M. Fayolle a de l’énergie à revendre. Debout à l’aube, il court une heure chaque matin avant de se rendre au travail. C’est un habitué des triathlons et des expéditions en montagne. En 2005, il a escaladé le mont Blanc avec quelques amis, dont M. Fastrel. «Chaque année, on fait des treks, raconte le vice-président directeur, aussi motivé par les défis sportifs. On a déjà passé une semaine en toute autonomie dans la forêt équatoriale du Brésil. On a marché dans des lieux inhabités du Yukon et traversé la Corse du nord au sud en six jours avec 25 kilos sur le dos.» Au total, plus de 25 000 km d’aventure!

Bâtir l’avenir

Mais il n’y a pas que l’activité physique qui procure à Bruno Fayolle de grandes émotions. L’art anime aussi cet épicurien. «C’est un homme raffiné qui possède une grande culture. Il aime la lecture, l’opéra, le théâtre… Il joue d’ailleurs de la flûte traversière depuis son enfance. Jaloux de son intimité, il préfère passer ses fins de semaine en famille et savourer la nature à son chalet dans les Laurentides», confie son bras droit. L’amitié entre cet ingénieur spécialisé en construction et le pdg de Fayolle Canada remonte à 1990. À l’époque, les deux hommes faisaient leurs classes préparatoires aux écoles d’ingénieur en France. «Un jour, on va travailler ensemble», lui avait alors dit Bruno Fayolle.

L’occasion se présente en 2004, quand il décide d’élargir les horizons de l’entreprise familiale. Deux ans plus tard, Hugues Fastrel et Bruno Fayolle font l’acquisition d’une première compagnie québécoise, Portes Isolex, un fabricant de portes de garage de Belœil. Bruno Fayolle établit alors le siège social nord-américain de sa société à Montréal. L’objectif? Diversifier le patrimoine de l’entreprise en adaptant le modèle d’affaires à l’Amérique du Nord. En 2011, M. Fayolle immigre à Montréal avec sa femme et ses quatre enfants. «Les possibilités de croissance ici étaient favorables», résume l’entrepreneur, qui se réjouit de la sécurité et de l’ouverture sur le monde qu’offre le pays.

Depuis, Fayolle Canada a acheté de nombreuses firmes canadiennes et réalisé maints projets, dont l’installation de la centrale thermique et de la plupart des canalisations du nouveau CHUM. Aujourd’hui, la société détient une quinzaine de compagnies spécialisées en bâtiment, en génie civil ainsi qu’en mécanique et en électricité couvrant le Canada d’est en ouest. Fayolle Canada emploie 450 personnes dans ses différentes filiales et affiche un chiffre d’affaires de plus de 350 M$.

Tout cela ne s’est pas fait en criant ciseau. Il y a eu des embûches sur sa route. Mais Bruno Fayolle n’est pas du genre à s’asseoir sur ses lauriers ni à capituler facilement. Modeste, il attribue une grande partie de son succès à son équipe. «Ce n’est pas moi l’expert. Ce sont les employés qui travaillent dans l’ensemble de nos entreprises. Nous avons trouvé des gens de valeur et nous avons misé sur leur savoir-faire.»

Pour lui, la notion de pérennité est essentielle. «Sa réussite n’est pas proportionnelle à son compte en banque. Bruno a une vision à long terme, souligne Hugues Fastrel. Il est au Québec pour construire quelque chose de solide qui va durer. Son patrimoine, c’est l’entreprise. C’est ce qu’il va léguer à ses enfants.» Au moment de l’entrevue avec Forum, Bruno Fayolle venait d’obtenir sa citoyenneté canadienne. «Je cherchais un lieu où continuer de progresser. C’est ici que je l’ai trouvé. Et j’en suis fort heureux!»