Contourner le décret de Donald Trump

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L’UdeM accordera des subventions aux étudiants étrangers issus des pays visés par l’interdiction d’entrée aux États-Unis pour leur permettre de participer à des conférences en Europe et ailleurs.

Negar Rostamazadeh a dû refuser l’offre de stage qu’on lui proposait à Facebook en Californie. Sina Honari ne veut pas prendre le risque de voir sa vie privée dévoilée en retournant aux États-Unis, où il a déjà effectué un stage et assisté à des conférences.

Ce ne sont là que 2 des quelque 200 étudiants étrangers de l’Université de Montréal touchés par le décret du président Donald Trump, qui interdit l’entrée aux États-Unis aux citoyens de sept pays à majorité musulmane.

Par conséquent, afin d’aider le plus grand nombre de ces étudiants, l’UdeM annonce qu’elle accordera des fonds de voyage spéciaux sous forme de bourses allant jusqu’à 1000 $, grâce à une subvention du Fonds d’amélioration de la vie étudiante (FAVE), financé par les cotisations des étudiants. Chaque étudiant touché par ce décret présidentiel et qui souhaite présenter ses résultats de recherche à des conférences internationales à l’extérieur des États-Unis pourra déposer une demande à la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal pour obtenir une de ces bourses.

De plus, l’Université a repoussé les dates limites des demandes d’admission pour le trimestre d’automne 2017. Les demandes peuvent être déposées plus tard en février, voire jusqu’au 1er mars dans certains cas, selon les disciplines. L’objectif est de réduire les pressions qui pèsent sur les étudiants étrangers et de les encourager à venir étudier ici.

«Le Canada et Montréal en particulier sont des destinations prisées des étudiants internationaux, affirme le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton. L’UdeM souhaite attirer les talents de partout dans le monde et faire en sorte que ces gens se sentent soutenus durant leur formation. Ces bourses ainsi que le report des dates limites pour s’inscrire à l’UdeM sont autant d’initiatives qui témoignent de notre ouverture et de notre accueil envers les étudiants internationaux.»

«Pour nous, il est essentiel que tous les étudiants, quel que soit leur pays d’origine, aient accès à une formation de qualité égale», déclare pour sa part Chantal Pharand, vice-rectrice adjointe aux affaires étudiantes et à la réussite.

«L’expérience que font les étudiants qui participent à des congrès internationaux pour présenter leurs recherches est inestimable et essentielle à leur formation, précise-t-elle. Nous espérons que ces fonds contribueront à la réussite des étudiants et qu’ils leur permettront de terminer leur parcours de recherche tout en les soulageant du stress lié aux démarches administratives qu’un voyage aux États-Unis pourrait causer.»

Les pays ciblés par l’interdiction d’entrée aux États-Unis sont l’Iran, l’Iraq, la Syrie, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen. Signé le 27 janvier dernier, le décret de Donald Trump a semé la confusion dans les aéroports et a fait l’objet d’une plainte devant les tribunaux.

Après que l’État de Washington et le Minnesota ont contesté l’interdiction, le 9 février une cour d’appel fédérale a suspendu le décret au motif qu’il était «dans l’intérêt du peuple américain de permettre la libre circulation» et que cet intérêt prévalait sur les questions de sécurité de la nouvelle administration républicaine. Donald Trump s’est depuis engagé à signer un nouveau décret qui, d’après son secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, devrait être «plus strict» et «simplifié».

C’est peu rassurant pour les chercheurs de l’UdeM issus des pays ciblés par l’interdiction, en particulier les étudiants iraniens.

Âgé de 31 ans, Sina Honari est doctorant en apprentissage profond et en vision par ordinateur. Il est originaire de Chiraz, dans le sud de l’Iran. Après avoir fait un stage au laboratoire d’intelligence artificielle de l’UdeM en 2013, il a effectué un stage de quatre mois en 2016 à Nvidia, une entreprise de processeurs graphiques pour jeux vidéos, à Santa Clara, en Californie, et il a assisté à des conférences tenues à New York et à Las Vegas.

«Pour se rendre aux États-Unis maintenant, il faut répondre à un interrogatoire de deux heures à l’aéroport et les douaniers peuvent aussi consulter les données contenues dans votre téléphone cellulaire et votre ordinateur portable, explique Sina Honari. Ce n’est donc pas vraiment le moment d’aller assister à une conférence là-bas. S’ils n’enregistrent pas vos données, je suppose que vos droits ne sont pas bafoués, mais pour moi, c’est juste une question de vie privée et de respect, et ce sont deux choses que je tiens à préserver.»

Pour sa part, en plus d’avoir étudié à Téhéran, Negar Rostamazadeh a fait des études à Londres et à Trente, en Italie, ainsi qu’un stage chez Google à Seattle. Pourtant, la jeune doctorante de 28 ans n’est pas près de retourner aux États-Unis. Ce mois-ci, à cause des restrictions de voyage imposées par Donald Trump, elle a dû refuser un stage de quatre mois au siège social de Facebook, à Menlo Park, en Californie. Mais elle a trouvé quelque chose d'encore mieux: un poste à temps plein ici, à Montréal.

La métropole est un centre d’excellence mondial en intelligence artificielle et l’UdeM se démarque tout particulièrement dans ce secteur en pleine croissance. Le MILA, l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal, est le meilleur laboratoire de recherche universitaire dans le domaine. Des dizaines d’étudiants de partout dans le monde sont venus y travailler. Il y a aussi l’IVADO, l’Institut de valorisation des données, qui regroupe les chercheurs de l’Université de Montréal, de HEC Montréal et de Polytechnique Montréal et qui fait le transfert technologique vers les entreprises.

Hausse notable des demandes d’admission provenant de l’étranger

L’incertitude qui entoure l’interdiction d’entrée aux États-Unis promulguée par Donald Trump a eu un autre effet: l’UdeM et d’autres universités canadiennes ont enregistré une hausse des demandes d’admission d’étudiants potentiels qui, autrement, auraient peut-être choisi de faire leurs études dans des établissements aux États-Unis.

Sur les 67 000 étudiants de l’UdeM, 9300 – soit environ 15 % – sont des étudiants étrangers. La moitié d’entre eux sont des résidents permanents du Canada et l’autre moitié sont ici temporairement munis d’un visa d’étudiant. Les étudiants venus de France sont les plus nombreux: ils sont près de 3300. Viennent ensuite ceux originaires d’Algérie, du Maroc et d’Haïti. Les Iraniens constituent le huitième groupe en importance.

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, l’UdeM a enregistré une hausse notable des demandes d’admission provenant de l’étranger, surtout pour les maîtrises et les doctorats. Les demandes d’admission aux cycles supérieurs venant d’Iran ont augmenté de plus de 25 % par rapport à la même période (de novembre à février) en 2015 et en 2016, et les demandes d’admission aux cycles supérieurs venant des États-Unis sont en hausse de près de 40 %. La consultation du site Web du Service de l’admission et du recrutement de l’UdeM est elle aussi en hausse.

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