Du sang et des neurones!

  • Forum
  • Le 6 mars 2017

  • Dominique Nancy
Désormais, les chercheurs privilégient une vision mixte des démences et des problèmes liés au déclin du cerveau où la perspective vasculaire reprend du galon.

Désormais, les chercheurs privilégient une vision mixte des démences et des problèmes liés au déclin du cerveau où la perspective vasculaire reprend du galon.

Crédit : Benoît Gougeon

En 5 secondes

Le 39e symposium du Groupe de recherche sur le système nerveux central sera axé sur la perspective vasculaire de la démence et la cognition.

Ah, les chercheurs! Ils changent si souvent d’idée. Ce ne sont pas des girouettes. C’est que les connaissances évoluent. Prenons l’exemple de la recherche sur la démence. Longtemps, cette maladie a été considérée comme un trouble vasculaire. Ce n’est qu’autour des années 50, à la suite de l’échec des traitements avec les vasodilatateurs que les scientifiques se sont mis à la voir d’un point de vue neuronal. Mais voilà qu’ils remettent encore tout en question et privilégient désormais une vision mixte de la maladie où la perspective vasculaire reprend du galon.

«Et c’est tant mieux, affirme Hélène Girouard, professeure au Département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal. Les vaisseaux sanguins jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement des neurones, ne l’oublions pas.»

C’est donc sur le thème «Démence et cognition: la perspective vasculaire» que se déroulera le 39e Symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC), de la Faculté de médecine de l’UdeM. Biomarqueurs, facteurs de risques vasculaires pour la démence, accidents vasculaires cérébraux (AVC) et maladie d’Alzheimer seront au cœur de cette rencontre, qui réunira une vingtaine de conférenciers de renom du Canada, des États-Unis, des Pays-Bas et de Grande-Bretagne. Les experts feront le point sur les plus récents travaux, les progrès réalisés et les questions centrales de ce domaine en évolution rapide.

«Nous avons planifié les séances de manière à aborder une diversité de questions allant des neurosciences de base aux applications cliniques. L’objectif est de mettre en évidence les dernières découvertes couvrant toute la gamme des méthodes et concepts neuroscientifiques, du moléculaire au modèle animal», fait valoir Patrice Brassard, professeur au Département de kinésiologie de l’Université Laval et l’un des cinq organisateurs du symposium, qui se tiendra à l’Université de Montréal les 8 et 9 mai prochain.

Le déclin du cerveau

«La nouvelle vision est très importante, car elle permet d’entrevoir une meilleure compréhension des démences et des problèmes liés au déclin du cerveau», déclare Hélène Girouard. La maladie d’Alzheimer en est un bon exemple. De nos jours, elle est définie comme une affection mixte, c’est-à-dire qu’elle concerne autant les neurones que les vaisseaux sanguins. «L’alzheimer est caractérisé par une détérioration majeure de plusieurs fonctions cognitives qui se répercute sur la vie de tous les jours», précise la chercheuse. C’est la forme la plus courante des démences. Il représente à peu près deux tiers des cas diagnostiqués. Même s'il ne guette pas toutes les personnes âgées, le facteur principal favorisant la maladie est l’avancée en âge.

Mais la génétique et les modes de vie ont aussi leur part d’influence. Le cholestérol et le diabète augmentent en effet le risque d’être atteint d’une forme de démence. Les problèmes vasculaires cérébraux sont de plus en plus mis en cause dans le développement des démences neurodégénératives. L’hypertension artérielle, dont souffrent plus de 40 % des gens âgés de 65 ans et plus, favorise également les infarctus silencieux cérébraux, soit l’obstruction de petits vaisseaux du cerveau. «L’accumulation de ces lésions entraîne un vieillissement prématuré, accroissant les risques de démence et de trouble cognitif», souligne Florencia Iulita. La stagiaire postdoctorale du laboratoire de la professeure Girouard fera une présentation sur ce sujet et agira à titre de modératrice de la séance «De l’AVC à la maladie d’Alzheimer: un continuum» durant le symposium.

Une étude récente intitulée Falling dementia rates in U.S. and Europe sharpen focus on lifestyle se fait toutefois rassurante. Dans les pays développés, le nombre de nouveaux cas de démence serait en baisse. Selon les chercheurs, cette diminution semble associée à des améliorations apportées à la santé cardiovasculaire. Mais, en raison du vieillissement de la population, les scientifiques prédisent encore une hausse de l’incidence mondiale de la maladie, qui devrait toucher 130 millions de personnes d’ici 2050, principalement dans les pays où les revenus sont plus faibles. «Ce qui est intéressant, ici, c’est que des modifications à son rythme de vie peuvent retarder ou même prévenir la démence, note Florencia Iulita. L’adoption de modes de vie sains, à commencer par une activité physique régulière, une bonne alimentation et le fait de ne pas fumer, peut prévenir la maladie vasculaire et du coup réduire le risque d’alzheimer.»

  • Trois des cinq organisateurs du 39e symposium du GRSNC. De gauche à droite: la postdoctorante Florencia Iulita (UdeM), la professeure Hélène Girouard (UdeM) et le kinésiologue Patrice Brassard (Université Laval).

    Crédit : Amélie Philibert

Quatre thématiques

La prévention, la réadaptation et les traitements disponibles pour la démence vasculaire de même que le lien entre l’AVC et la maladie d’Alzheimer ne sont que deux des quatre thématiques du symposium. Une autre série de conférences abordera les notions de base des fonctions cérébrovasculaires et la démence. Les exposés de la quatrième thématique porteront pour leur part sur les biomarqueurs et les facteurs de risques vasculaires de la maladie. Des communications par affiche seront également présentées au cours des deux journées.

La date limite pour l'inscription au symposium à tarif réduit et pour soumettre un résumé de communication est le 31 mars 2017. 

Le symposium du GRSNC est organisé par les professeurs Hélène Girouard (UdeM), Patrice Brassard (Université Laval), Claudine Gauthier (Université Concordia) et Lisa Marie Munter (Université McGill) et la postdoctorante Florencia Iulita (UdeM). La rencontre est financée notamment par le Vice-rectorat à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’UdeM, le Fonds de recherche du Québec – Santé, le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, le Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, ainsi que Bliq Photonique et la Faculté de médecine de l’UdeM.