La science est sexiste!

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  • Le 7 mars 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les femmes ne signent que le tiers des articles scientifiques dans le monde.

Les femmes ne signent que le tiers des articles scientifiques dans le monde.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Les travaux de Vincent Larivière et ses collaborateurs concluent à une sous-représentation des femmes en recherche.

«Les femmes sont sous-représentées en science, tant dans la production scientifique que dans la hiérarchie des laboratoires», lance le professeur Vincent Larivière, de l’Université de Montréal, dont plusieurs travaux depuis 10 ans ont montré l’existence d’un «biais sexiste» en recherche.

L’un des derniers articles auxquels a collaboré le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante, basé sur l’analyse des énoncés de contribution de 85 000 articles publiés entre 2008 et 2013 dans les revues scientifiques de la Public Library of Science, révèle que moins du tiers des auteurs (32,5 %) sont des femmes. «La science se construit-elle sur le dos des femmes?» demandent les auteurs du Canada et des États-Unis. À cette question, leur réponse est sans équivoque: les femmes sont plus susceptibles d’effectuer des tâches plus techniques – telles que les expérimentations – que les hommes. Ceux-ci participent davantage aux tâches conceptuelles, telle la rédaction de l’article. Les disparités, qui désavantagent les femmes, «ont des effets sur la production de connaissances savantes, l'évaluation de la recherche et la conduite éthique de la science», estiment les auteurs.

Selon Vincent Larivière, «l’un des tournants dans la carrière d’un jeune chercheur ou d’une jeune chercheuse survient entre 30 et 35 ans, alors que la thèse est terminée». On doit choisir entre le postdoctorat, menant d’une façon plus incertaine à la carrière de chercheur principal, et la carrière plus stable de technicien ou de professionnel de recherche. «Or, c’est à cet âge que se pose très souvent la question de la famille et des enfants. En optant pour un travail de technicienne afin de s’assurer un horaire plus stable, de nombreuses chercheuses s’excluent de la course à la carrière de chercheur principal», résume le professeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information et directeur scientifique d’Érudit.

À partir de ce moment décisif, le fossé entre les hommes et les femmes se creuse et l’écart ne se réduit jamais, même chez celles qui suivent la voie conduisant au statut de chercheuse principale. Les chercheuses sont moins nombreuses à faire des demandes de financement, à participer à des conférences internationales, etc. Même les politiques familiales qui incitent les parents à rester à la maison durant les premières années de leurs poupons désavantageraient les femmes, car celles-ci sont nombreuses à en profiter… et à s’absenter plus longtemps du milieu de la recherche.

Seul point positif, selon Vincent Larivière: la prise de conscience planétaire est en cours et plusieurs organismes nationaux et internationaux sont en faveur d’un rattrapage. «Le Canada fait office de meneur en la matière. La ministre fédérale des Sciences, Kirsty Duncan, est une porte-parole de premier plan pour un meilleur équilibre hommes-femmes.»

«Scientometrics», «Nature»…

M. Larivière n’avait pas terminé ses études de doctorat sur la productivité en recherche qu’il était sensibilisé à ce biais qui colore la science un peu partout dans le monde. En 2011, il signait avec d’autres spécialistes un article dans Scientometrics sur les différences de genre chez les universitaires québécois dans le financement de la recherche, la productivité scientifique et l’influence de la production scientifique. En 2013, c’est la revue Nature qui publiait une de ses études sur la question. Cette fois, l’échantillon était mondial et plus de cinq millions d’articles étaient répertoriés.

«L’analyse avait démontré que les femmes étaient sous-représentées presque partout dans le monde. Là où elles s’approchaient le plus de la parité, ce n’était pas toujours pour de bonnes raisons. Par exemple, dans des pays d’Europe de l’Est où les chercheurs sont très mal payés et ne bénéficient pas d’une grande reconnaissance… Une seule exception: la Lettonie, où l’on trouve un nombre égal d’hommes et de femmes en recherche et où il existe une quasi-parité dans les postes économiques importants.»

Les travaux de Vincent Larivière ont montré d’autre part que le sexisme s’affichait même en fonction des signataires. «Quand une femme est première auteure, l’article est moins cité que quand c’est un homme!» résume-t-il. Une différence de 10 % dans le nombre de citations.

Pour l’expert, aucun doute: on ne vaincra pas cette disparité sans mesures fermes favorisant l’égalité. «On a déjà commencé à faire planer la menace d’un refus de financement lorsque le nombre de femmes dans l’équipe n’est pas assez élevé», donne-t-il comme exemple.

À l’Université de Montréal, les femmes représentent aujourd’hui 41 % de l’effectif professoral. C’est pour aborder de front les défis particuliers qui se posent notamment pour elles que le Vice-rectorat à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation a créé un comité-conseil sur la diversité en recherche. Un plan d’action est prévu pour l’année universitaire 2017-2018 (voir l’encadré).

Pour un environnement de recherche favorable à la diversité et à l’équité

Mis sur pied en septembre dernier, le Comité-conseil sur la diversité en recherche s’intéresse à la situation de quatre groupes: les femmes, les autochtones, les personnes handicapées et les minorités visibles.

Ayant amorcé ses travaux en se penchant sur les problématiques relatives aux femmes, il vise à «mettre en lumière les divers facteurs (internes et externes) pouvant influer sur leur pleine participation à la recherche, leur cheminement, la reconnaissance de leurs contributions et leur avancement». L’objectif est de proposer un plan d’action en matière de diversité et d’équité en recherche pour l’année 2017-2018.

En plus de Vincent Larivière, les membres du Comité sont Caroline Aubé, de HEC Montréal; Catherine Beaudry, de Polytechnique Montréal; la vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation, Marie-Josée Hébert; son adjointe Pascale Ouellet, responsable du dossier; Louise Nadeau, du Département de psychologie; Lucie Parent, du Département de pharmacologie et physiologie; Stéphane Rousseau, de la Faculté de droit; et la doyenne par intérim de la Faculté des arts et des sciences, Tania Saba.