Le sport, c’est bon pour la santé… mentale

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  • Le 10 mars 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
L'activité physique améliore aussi la santé mentale des jeunes.

L'activité physique améliore aussi la santé mentale des jeunes.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Isabelle Doré croit que l’activité physique peut être ciblée dans les campagnes de promotion du bien-être et de prévention des troubles mentaux chez les jeunes.

Alors que les médecins de France peuvent depuis le 1er mars légalement prescrire à leurs patients de faire de l’activité physique, une étude menée au Québec révèle que l’exercice apporte des bienfaits mesurables chez les jeunes sur le plan de la santé mentale.

«Nous avons observé le phénomène auprès de 1527 collégiens et nos résultats sont sans équivoque: quand une personne pratique une activité physique, elle est moins sujette aux problèmes les plus courants de santé mentale comme les troubles anxieux et la dépression», commente Isabelle Doré, auteure d’une thèse de doctorat déposée récemment à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La pratique d’activités physiques individuelles ou collectives fait du bien et, plus la dose augmente, plus les avantages sont importants, mentionne la jeune femme, qui est actuellement en stage postdoctoral à l’Université de Toronto. «Miser sur la santé mentale dans sa dimension positive représente une stratégie fort prometteuse afin de lutter contre le fardeau grandissant des troubles mentaux», conclut sa recherche de plus de 330 pages qui a obtenu une mention «exceptionnelle» et a été recommandée au titre de meilleure thèse de doctorat de la Faculté des études supérieures et postdoctorales en 2016.

Les répondants à son enquête, inscrits au cégep de l’Outaouais en 2013, ont donné des détails sur leur pratique sportive à l’extérieur du cadre des cours d’éducation physique. Par exemple, ils ont indiqué combien de fois par semaine ils s’adonnaient à des activités physiques d’intensité élevée (course à pied, ski de fond, basketball, soccer), modérée (vélo de promenade, tennis, danse) et faible (marche, quilles, golf). Ils devaient préciser le temps qu’ils y consacraient. Dans une deuxième partie, ils devaient répondre à des questions sur leur bien-être émotionnel, psychologique et social («Au cours du dernier mois, vous étiez heureux(se)»; «Vous étiez intéressé(e) par la vie»; «Votre vie a un but ou une signification»; «Vous aimez la plupart des facettes de votre personnalité»).

Des jeunes actifs

Première surprise, les jeunes pratiquent plus d’activités physiques d’intensité moyenne ou élevée qu’on le croit généralement. «Ils sont plus de la moitié à rapporter que ce type d’exercice est inscrit à leur horaire de façon régulière. C’est vrai chez les garçons comme chez les filles, même si les garçons font plus d'activité physique que les filles et sont plus nombreux à pratiquer des sports d'équipe.»

Autre découverte, l’étude montre que l'activité physique faite en groupe et au sein d’équipes sportives apporte des bienfaits encore plus grands que l'activité physique individuelle en ce qui concerne la santé mentale et les symptômes dépressifs.

On le savait déjà, le plaisir domine dans la liste des motivations à adopter ces habitudes de vie. «Cette génération n’y échappe pas: le fun d’abord. Les jeunes se donnent des défis physiques, y nourrissent leurs relations d’amitié, développent leur estime de soi…», commente Mme Doré, qui est elle-même une sportive avérée à titre de joueuse de disque d’équipe (ultimate Frisbee), skieuse et coureuse de fond.

Les collégiens sont peut-être une clientèle particulière, encore fortement encouragée par le système scolaire à demeurer active en raison des cours d’éducation physique obligatoires et des possibilités offertes par le cégep tels les équipes sportives collégiales, les infrastructures (terrains de jeu, gyms…), les clubs sportifs, etc. Les bonnes habitudes demeureront-elles après leur sortie du cégep? L’étude n’a pas permis de le savoir.

Un sujet de plus en plus étudié

Les interactions entre la santé et l’activité physique suscitent un intérêt croissant dans le monde scientifique depuis quelques années, note Isabelle Doré. «Mais rares sont encore les études qui se penchent sur la promotion de saines habitudes de vie en matière de santé mentale. Notre étude est l’une des premières du genre. Mon plus grand souhait, scientifiquement parlant, serait d’influencer les recommandations et les politiques de santé publique afin que ce volet soit inclus dans les mesures de promotion et de prévention en santé mentale.»

Elle donne l’exemple d’un avis de la Société canadienne de physiologie de l’exercice, qui souligne depuis plus de 20 ans les bienfaits de l’activité physique afin de «favoriser la santé» des individus de tous les âges. On y parle d’activités pour «renforcer les muscles et les os» et de «bienfaits pour la santé», mais sans préciser que la santé mentale est également gagnante. «Ce n’est pas une erreur, mais je crois que nous pouvons aujourd’hui parler de ces avantages comme étant démontrés», déclare celle qui souhaite entreprendre une carrière universitaire.

Ce serait particulièrement vrai chez les jeunes. Or, ce passage de l’adolescence à l’âge adulte est une période charnière de la vie; les jeunes en transition vers l’âge adulte présentent «le plus faible niveau de santé mentale et les prévalences les plus élevées de troubles anxieux et dépressifs, comparativement à tous les autres groupes d’âge», rappelle-t-elle dans sa thèse.