La réouverture de l’ALENA inquiète d'anciennes ministres de la Culture

  • Forum
  • Le 24 mars 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les participantes à la table ronde «Cultures et numérique: vers quel avenir?», Line Beauchamp, Liza Frulla et Louise Beaudoin (au premier plan) sont entourées de Clément Duhaime, Guy Breton et Louise Roy.

Les participantes à la table ronde «Cultures et numérique: vers quel avenir?», Line Beauchamp, Liza Frulla et Louise Beaudoin (au premier plan) sont entourées de Clément Duhaime, Guy Breton et Louise Roy.

Crédit : Andrew Dobrowolskyj

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Trois anciennes ministres québécoises de la Culture expriment leurs inquiétudes face à l’envahissement américain dans le monde numérique.

Réunies à l’Université de Montréal le 23 mars à l’occasion d’une conférence publique sur le thème «Cultures et numérique: vers quel avenir?», les anciennes ministres de la Culture du Québec Line Beauchamp, Louise Beaudoin et Liza Frulla s’inquiètent de la protection du français en cas de réouverture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Le président américain Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'était pas favorable à cet accord, estimant qu'il était «nuisible à l'économie américaine».

Parlant d’une même voix, les anciennes ministres ont lancé un appel à une résistance francophone concertée. «Ça va être costaud de faire reconnaître l’exception culturelle, car ce thème ne fait pas partie des enjeux évoqués jusqu’à maintenant dans le cadre de la renégociation de l’ALENA», a dit Mme Beaudoin, qui a siégé à l’Assemblée nationale du Québec pendant 13 ans, dont 4 comme ministre de la Culture et des Communications. «Il va falloir être vigilants», a repris Mme Frulla, actuellement présidente de Culture Montréal (elle a été ministre provinciale de la Culture de 1990 à 1994 et ministre fédérale du Patrimoine canadien de 2004 à 2006). Line Beauchamp, déléguée générale du Québec à Paris et représentante personnelle du premier ministre du Québec pour la Francophonie (ministre de la Culture et des Communications de 2003 à 2007), croit que ce qui est menacé, c’est la production potentielle de contenus francophones à partir des algorithmes mis au point par des entreprises américaines.

Ce qui préoccupe les anciennes ministres, c’est l’envahissement du Web par les produits américains. Un exemple présenté par Mme Beaudoin: les quelque 500 000 abonnés québécois au réseau américain de cinéma en continu Netflix (dont plusieurs des personnes présentes dans la salle, invitées à lever leur main) ne paient pas de taxe provinciale ou fédérale, ce qui entraîne un manque à gagner de 150 M$ par an pour l’État. «Si vous vous abonnez à Illico, vous payez ces taxes», a-t-elle commenté.

Les trois femmes s’entendent sur l’urgence d’agir en matière de règlementation. Et il en ressort clairement que le numérique est un champ de bataille actuellement occupé outrageusement par le géant américain. Mme Beauchamp a suggéré de «s’allier entre gouvernements de pays francophones pour que les États puissent protéger leur langue et leur culture», signalant que l’Unesco avait rédigé en 2005 une convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui demeure un modèle du genre.

L’UdeM francophile

Animée par Clément Duhaime, qui a été administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie de 2006 à 2015, la rencontre était organisée dans le cadre de la Francofête par le Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie en collaboration avec le Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM et l’Agence universitaire de la Francophonie.

Souhaitant la bienvenue aux conférencières et à la centaine de personnes venues les entendre, le recteur de l’UdeM, Guy Breton, a mentionné que l’Université de Montréal avait à cœur la place du français dans le monde. Il y a actuellement 274 millions de locuteurs du français, un marché en expansion qu’il faut alimenter en contenus de qualité.

Tous ont mentionné d’ailleurs l’exceptionnelle vitalité de la création au Québec, en particulier à Montréal, où de multiples formes artistiques voient le jour et coexistent.

Appelée à prononcer le discours de clôture, la chancelière de l’Université, Louise Roy, a elle aussi rendu hommage à la «pépinière de talents» enracinée à Montréal. La langue française, qui a été valorisée au cours des dernières années au rectorat, est «la clé qui nous ouvre les portes du monde», a-t-elle dit.