La place du numérique dans le système de santé

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  • Le 29 mars 2017

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Comment la révolution numérique change-t-elle la relation entre patients et professionnels de la santé? La question était au cœur des discussions d’une table ronde organisée récemment à l’UdeM.

Quatre professionnels de la santé étaient réunis à l’Université de Montréal, le 25 mars, à une table ronde du colloque «Santé numérique», organisé par des étudiants en médecine, en pharmacie et en sciences infirmières des trois cycles d’études de l’UdeM, pour aborder la question de la place du numérique dans le système de santé.

Shalini Lal, professeure à l’École de réadaptation de l’Université, André Néron, directeur associé à la Direction collaboration et partenariat patient de la Faculté de médecine, Alain Vadeboncœur, professeur à la Faculté de médecine, et Luc Mathieu, professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, ont ainsi témoigné des changements que le numérique a apportés dans leur pratique médicale.

Les outils technologiques sont en effet de plus en plus répandus et deviennent un soutien important lorsqu’ils sont bien utilisés. Un pas dans cette direction a d’ailleurs été franchi par le gouvernement du Québec: d’ici la fin de l’année, il donnera en effet à toute la population un accès plus facile au Dossier Santé Québec, le DSQ. Pour André Néron, «c’est un virage technologique nécessaire. Auparavant, le patient qui voulait avoir accès à son dossier s’engageait dans une procédure très longue».

Si la pertinence du DSQ a été soulignée par l’ensemble des participants, pour Alain Vadeboncœur, il comporte une limite. «Cet outil donne accès à une grande quantité de renseignements pertinents qui peuvent influencer notre décision en tant que médecins. Mais l’information est trop abondante pour être analysée et gérée efficacement.»

Selon les conférenciers, la technologie est implantée de façon inefficace. André Néron a donné en exemple le cas d’un patient qui ne se présente pas à son rendez-vous médical. «Le patient a bien tenté d’annuler son rendez-vous, mais après avoir trouvé le numéro de téléphone… il aboutit dans une boîte vocale pleine.»

De son côté, Luc Mathieu a déploré un quasi-chaos et un manque de vision dans le système de la santé à l’égard de la technologie. «C’est dommage parce qu’il y a d’excellentes initiatives dans les universités. On veut mettre en place des outils, mais cela n’avance pas sans le soutien du gouvernement.»

Pour Shalini Lal, il est nécessaire de bâtir des réseaux durables. «Il faut favoriser un écosystème ouvert à la participation du public, des patients et des professionnels. Les politiques provinciales et régionales doivent appuyer l’innovation.»

Formation aux technologies

Les panélistes sont formels, l’implantation de la technologie doit aller de pair avec la formation des travailleurs de la santé. Luc Mathieu a observé un manque de formation chez les professionnels de la santé et proposé d’intégrer une formation de base dans le parcours universitaire. «La littératie numérique doit être améliorée, car les professionnels se servent peu des nouvelles technologies. C’est une chose d’utiliser un iPhone, mais c’est très différent lorsqu’on l’emploie dans un contexte de santé.»

D’autre part, les patients ont eux aussi besoin d’être formés. «Il reste encore une partie de la population qui n’a pas accès à un ordinateur ou qui ne possède pas les compétences informatiques requises pour utiliser les services de santé», a indiqué André Néron.

Des données accessibles et sécurisées

Les conférenciers en sont conscients, l’information médicale est aujourd’hui facilement accessible. Le patient n’arrive plus chez le médecin avec une description de symptômes, mais avec un diagnostic. Il consulte le Dr Google, mais celui-ci est loin d’être la meilleure référence pour obtenir des renseignements adéquats.

Alain Vadeboncœur a abondé dans ce sens. «Il faut faire le tri dans l’information pour le grand public, mais on est en train de perdre la bataille. L’information erronée circule plus rapidement que l’information véridique. Il y a une surabondance de faussetés qui va bien au-delà de notre capacité.» Une des pistes de solution proposée par André Néron est de bien s’assurer que le patient comprend ce qui lui est dit. «Il faut s’adapter et prendre le temps nécessaire avec le patient.»

Les quatre professionnels de la santé ont également fait part de leur préoccupation quant à la sécurité des données du patient. Comment voir à leur protection? Malheureusement, le risque zéro n’existe pas. «Il faut adopter les meilleures pratiques de sécurité, mais sans que cela devienne un frein au développement, a dit Luc Mathieu. C’est regrettable, car des projets technologiques ont été mis de côté à cause d’un risque lié à la sécurité.»

Au-delà des technologies mises à la disposition des professionnels, les conférenciers sont unanimes: améliorer la santé et la qualité de vie du patient doit rester l’objectif premier.

 

Annie Labrecque
Collaboration spéciale