Mélanie Joly rencontre des étudiants en journalisme

  • Forum
  • Le 29 mars 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Mélanie Joly a rencontré des étudiants en journalisme en compagnie du professeur Alain Saulnier.

Mélanie Joly a rencontré des étudiants en journalisme en compagnie du professeur Alain Saulnier.

Crédit : Andrew Dobrowolskyj

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La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a rencontré des étudiants en journalisme pour connaître leur avis sur l’avenir des médias.

Étudiant en journalisme à l’Université de Montréal, Pierre de Montvalon a profité du passage sur le campus de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour faire état des mauvaises conditions de travail des pigistes quand celle-ci l’a interrompu: «Je t’arrête. Et tu attends quoi du rôle de l’État?»

Le jeune homme a fait valoir que les médias devraient pouvoir bénéficier de mesures incitatives leur permettant de mieux rétribuer leurs effectifs. «Donc un meilleur soutien gouvernemental», a résumé la ministre, prête à passer à un autre interlocuteur.

Cela se passait au Carrefour des arts et des sciences du pavillon 3200, rue Jean-Brillant, le 28 mars en fin d’avant-midi. Une douzaine d’étudiants en journalisme de l’UdeM et de l’UQAM avaient été invités à un tête-à-tête avec Mme Joly. «Je tiens à savoir ce que les journalistes de demain attendent de l’avenir. Dans quels médias se voient-ils travailler? De quelle façon s’exercera leur métier? Quel rôle doit jouer le gouvernement dans ce secteur?» a-t-elle expliqué à Forum quelques minutes avant l'arrivée des étudiants. Elle avait assisté à une rencontre semblable avec des aspirants journalistes d’expression anglaise à l’Université Ryerson, à Toronto, précédemment.

Son ministère, a-t-elle rappelé avant de répondre aux questions des étudiants, a procédé l’an dernier à une grande consultation sur le «contenu canadien dans un monde numérique». Quelque 30 000 Canadiens ont démontré un intérêt pour ces consultations en personne ou en mode virtuel. Ils ont pu exprimer leurs craintes et doléances, mais aussi proposer des solutions pour relever les défis du monde numérique, qui se présente souvent comme un ogre prêt à tout avaler sur son passage. À la sortie du rapport, en février dernier, Mme Joly estimait être en mesure d'«établir des priorités et des domaines d’action pour promouvoir notre culture».

En cas de réouverture de l’Accord de libre-échange nord-américain, évoquée par la nouvelle administration des États-Unis, la ministre Joly a indiqué qu’elle tentera d’y faire inscrire une clause d’exception culturelle semblable à celle qui y figure déjà. Cette clause a d'ailleurs fait l’objet de négociations, fructueuses, dans l’accord Canada-Europe, signé récemment. 

Adapter la diffusion électronique

«La ministre s’est donné l’objectif de réviser les lois sur la radiodiffusion publique et les télécommunications canadiennes, qui datent de 1991, une époque qui ne connaissait pas Internet. Je me souviens d’avoir couvert ce projet de loi alors que j’étais journaliste à Radio-Canada», a commenté Alain Saulnier, qui enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

L’organisateur de l’activité, ancien directeur de l’information de la société d’État, a précisé que cette rencontre n’était pas obligatoire pour les étudiants du diplôme d’études supérieures spécialisées en journalisme et ne donnait pas de crédits. Mais il a invité les étudiants inscrits à profiter de cette occasion exceptionnelle de pouvoir discuter à huis clos avec une ministre fédérale responsable des orientations de la Société Radio-Canada et de la Canadian Broadcasting Corporation, entre autres. Les participants devaient avoir lu les documents publiés sur la question afin d’arriver préparés à la rencontre.

Mélanie Joly a présenté l’état de la situation de mémoire, sans un texte à consulter. Le secteur culturel, a-t-elle dit, est très dynamique au Canada. Cinéma, télévision, édition et arts visuels, l’industrie dans son ensemble est en santé, mais fait face à de nouveaux défis budgétaires posés par les réseaux sociaux et les diffuseurs tel Netflix. Les médias n’y échappent pas; ils ont vu fondre leurs revenus publicitaires au profit des plateformes numériques. Comment le Canada doit-il agir pour conserver sa spécificité dans la grande dématérialisation des contenus? C’est la question à laquelle elle doit trouver des réponses.

Les échanges avec les étudiants (desquels Forum a été exclu de façon à préserver le caractère privé de la rencontre) ont été positifs, selon M. Saulnier. «Les étudiants ont exprimé leurs inquiétudes à l'égard du modèle d’affaires des médias traditionnels qui s’écroule. Elle a démontré une bonne attitude, parlant peu et écoutant beaucoup.»

Pour Mme Joly, c’était un retour dans une université qu’elle connaît bien pour y avoir obtenu un baccalauréat en droit en 2001. S’attendait-elle à y revenir un jour comme ministre fédérale? «Je savais depuis mon enfance que je ferais de la politique, mais j’ignorais quelle voie je prendrais. Cela aurait pu être à titre de mairesse de Montréal», a-t-elle confié, sourire aux lèvres.