L’OUM présente son tableau final

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  • Le 30 mars 2017

  • Hélène Roulot-Ganzmann
Yoav Talmi

Yoav Talmi

Crédit : Josefina Pérez

En 5 secondes

La saison de l’OUM tire à sa fin et, avec le concert «Tableaux d’une exposition», sous la direction du chef invité Yoav Talmi, la Faculté de musique frappe fort.

«Une telle expérience, ça nous grandit humainement et musicalement», affirme d’emblée le pianiste Mehdi Ghazi.

Le 8 avril prochain, le lauréat du deuxième prix du Concours de concerto 2016 de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM) sera sur la scène de la salle Claude-Champagne pour interpréter, avec l’Orchestre, le Concerto pour piano no 3 en ré mineur de Sergueï Rachmaninov. Une œuvre considérée comme l’une des plus difficiles de tout le répertoire classique.

«Je l’ai choisie pour de mauvaises raisons», déclare celui qui, malgré son jeune âge, a déjà été finaliste du Concours international Ferruccio Busoni à Bolzano (Italie) en 2013 et médaillé de la Hilton Head International Piano Competition en 2014. «Au début, il y a le mythe. Le concerto le plus difficile? Ça doit donc être bon de le présenter dans un concours! Mais pour ma part, je le trouvais trop convenu et trop long. Puis, ma vision de l’œuvre a changé. Je la vois aujourd’hui comme un voyage musical. Il faut prendre le temps d’en goûter toutes les nuances.»

Une analyse partagée par le chef invité Yoav Talmi. Bien que cette pièce soit moins connue que le Concerto pour piano no 2 du même compositeur, le maestro en apprécie l’envergure et la profondeur, et n’hésite pas à avouer qu’il s’agit là de sa préférée.

«L’œuvre a tant de qualités qu’il serait difficile de les mentionner toutes, souligne-t-il. Il y a le thème initial du premier mouvement, l’une des plus charmantes mélodies du répertoire. Les phrases musicales sont d’une finesse incomparable, les textures orchestrales tellement variées et le dialogue entre les instruments d’une rare subtilité. Les défis sont nombreux pour un orchestre, qu’il soit professionnel ou étudiant. Mais je fais totalement confiance aux musiciens de l’OUM. Nul doute qu’ils parviendront à la sublimer.»

Pas de limite à la créativité

Le chef Yoav Talmi a été joint au téléphone à Tel-Aviv, où il dirige le nouvel orchestre d’Israël, qu’il a lui-même fondé. En attendant qu’il arrive à Montréal, c’est Airat Ichmouratov, assistant à la direction musicale, qui prépare les étudiants à ce concert de clôture.

«C’est toujours réjouissant de travailler avec des étudiants, indique Yoav Talmi, qui est par ailleurs à la tête du programme de direction d’orchestre à l’Université de Tel-Aviv. Ils ont une telle curiosité, une telle énergie. Chaque œuvre est nouvelle pour eux. Ils sont là pour explorer et c’est ce qui peut amener la musique ailleurs. Il n’y a pas de limite à leur créativité. Je connais bien le Canada pour avoir notamment dirigé l’Orchestre symphonique de Québec et c’est avec un grand plaisir que j’ai accepté l’offre de Jean-François Rivest de diriger ce concert.»

D’autant plus que tout le programme de la soirée vient chercher le chef Talmi au plus profond de sa sensibilité. Outre le concerto de Rachmaninov, il y aura la courte et exubérante ouverture de Rousslan et Ludmilla, de Mikhaïl Glinka, œuvre incontournable de la musique nationaliste russe, selon lui. Enfin, pour couronner le tout, l’OUM interprétera la pièce de résistance qui donne son nom à cet ultime concert de la saison, les Tableaux d’une exposition, de Modest Moussorgski, fresque pour piano magistralement orchestrée par Maurice Ravel.

«Nous baignons résolument dans une atmosphère russe, note Yoav Talmi: nationaliste russe et traditionnelle russe! Mais nous aurons aussi le privilège de présenter en première mondiale la toute dernière œuvre du compositeur d’origine iranienne Arash Teymourian.»

Le parcours d’un migrant

Lauréat du Concours de composition 2016 de l’OUM, Arash Teymourian est un compositeur émérite qui a connu de nombreux succès tant dans son pays qu’à l’étranger avant d’immigrer au Canada en 2013 et d’amorcer une maîtrise en composition à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

«Mes pièces sont très imprégnées des airs traditionnels iraniens, dit-il. Mais cette fois, je suis allé plus loin. Je suis forcément inspiré par mon parcours de migrant. Ça teinte ma musique, ça la métisse. On trouve par exemple des éléments de jazz dans ma Novelette

Une œuvre qu’il a très hâte d’entendre jouée par l’Orchestre. Deux mois durant, il l’a travaillée sans relâche, il est maintenant prêt à la voir prendre son envol. Un moment toujours très émouvant, confie-t-il, la voix soudainement plus tremblotante.

«C’est anxiogène et excitant, cette attente, conclut-il. Mais en remettant son œuvre entre les mains du chef Yoav Talmi, on ne prend pas beaucoup de risques. Ce sera intéressant de voir comment il va la faire sonner!»

  • Mehdi Ghazi

  • Mehdi Ghazi

Pour en savoir plus

Le concert Tableaux d’une exposition sera présenté le samedi 8 avril à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique, 220, avenue Vincent-d'Indy, à Montréal.

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