Optimiser les meilleures pratiques infirmières auprès des nouveau-nés prématurés

  • Forum
  • Le 7 avril 2017

  • Daniel Baril
Il y a 7,6 % des naissances au Québec qui sont des naissances prématurées, donc survenues avant 37 semaines de grossesse, ce qui représente près de 6000 cas annuellement.

Il y a 7,6 % des naissances au Québec qui sont des naissances prématurées, donc survenues avant 37 semaines de grossesse, ce qui représente près de 6000 cas annuellement.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Un projet clinique novateur codirigé par Marilyn Aita, professeure à l’UdeM, obtient un important financement de la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Selon les dernières données disponibles, 7,6 % des naissances au Québec sont des naissances prématurées, donc survenues avant 37 semaines de grossesse, ce qui représente près de 6000 cas annuellement. Ce taux est stable depuis la fin des années 90 et est légèrement inférieur au taux canadien, qui est de 8 %.

La santé des nouveau-nés prématurés requiert des soins complexes reposant sur une technologie spécialisée et des professionnels hautement qualifiés, puisque ces bébés devront demeurer hospitalisés le temps nécessaire pour compléter la durée normale de la grossesse. Afin d’assurer, pour ces enfants, les meilleures pratiques infirmières, la Fondation de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) vient d’accorder un financement de 250 000 $ à un projet clinique codirigé par Marilyn Aita, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et Sonia Semenic, professeure à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill. Ce projet a pour objectifs d’optimiser les pratiques les plus prometteuses, d’en faire l’évaluation et de mettre les unités de soins intensifs néonataux en réseau afin de faciliter le transfert des connaissances et d’harmoniser ces pratiques au Québec.

Allaitement, soins de développement, contact peau à peau et intégration de la famille dans les soins

«Les pratiques infirmières ciblées par le projet sont le soutien à l’allaitement maternel, les soins favorisant le développement du nouveau-né prématuré, le contact peau à peau entre le bébé et la mère ou le père et l’intégration de la famille dans les soins néonataux», précise Mme Aita.

«Si l’on prend l’exemple de l’allaitement maternel, il est possible que certaines unités de soins intensifs néonataux disposent d’une expertise ou de conditions favorables à cette pratique que d’autres unités n’ont pas ou ne connaissent pas, poursuit Mme Aita, également chercheuse au Réseau de recherche en interventions en sciences infirmières du Québec. Le projet vise à déterminer ces conditions, à les évaluer et à favoriser leur implantation dans l’ensemble du réseau hospitalier.»

Pour ce qui est de l’environnement propice au développement du nouveau-né, les cliniciennes et chercheuses porteront notamment une attention à l’éclairage, au bruit et à la position du bébé dans l’incubateur. Il importe d’assurer une certaine stabilité de ces conditions afin que le nouveau-né s’adapte à son nouvel environnement extra-utérin et qu’il y ait le moins de surstimulations sensorielles possible.

Dans le cas des prématurés, le contact peau à peau entre le bébé et un parent, selon la méthode dite du kangourou, est recommandé pendant au moins une heure et plusieurs fois par jour. «Nous verrons comment augmenter la durée d’un tel contact, souligne Marilyn Aita. Le contact peau à peau permet au bébé d’entendre et de reconnaître le battement du cœur de sa mère et lui apporte une stabilité physiologique, du réconfort, de l’assurance et l’aide à mieux dormir. Il permet également de maintenir la chaleur du bébé et de réguler son taux de cortisol avec celui de sa mère, et il favorise l’attachement réciproque.»

Le contact avec la peau du père peut procurer les mêmes bienfaits. «La participation du père peut aussi renforcer l’unité familiale», ajoute la professeure. Cette méthode nécessite évidemment la présence de l’un ou l’autre des parents auprès du nouveau-né pendant son hospitalisation, qui peut parfois durer de deux à trois mois alors que le congé parental n’a pas été prévu selon un tel scénario. C’est pourquoi le projet verra à cerner les conditions permettant l’intégration des familles dans les soins néonataux.

Communauté virtuelle de pratique

Six unités de soins intensifs néonataux participeront à ce projet, soit celles du CHU Sainte-Justine, du Centre universitaire de santé McGill, du CHU de Québec-Université Laval, de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et de l’Hôpital général juif. Le financement du projet par la Fondation de l’OIIQ constitue une entrée d’air frais, puisque les milieux infirmiers font face à plusieurs défis, dont une pénurie d’infirmières, d’importantes compressions budgétaires et le déménagement de certaines unités de soins intensifs néonataux vers de nouveaux lieux.

Dans chacune de ces unités, les responsables cliniciennes seront mises en réseau afin qu’elles puissent discuter de leurs pratiques et transmettre leurs connaissances à leurs collègues. Une plateforme Web a d’ailleurs été conçue à cette fin (CVP-Neon@t). «Cette communauté virtuelle de pratique est un aspect novateur du projet, affirme Mme Aita. Un tel réseau professionnel clinique est une stratégie efficace, accessible et rentable pour encourager l’implantation des meilleures pratiques infirmières; la plateforme permettra la tenue de webinaires, la diffusion de données et les échanges sous forme de forums.»

Ce réseau réunira non seulement les responsables cliniciens de chaque unité de soins néonataux participante mais également des gestionnaires telle Louise Robinette, directrice des soins infirmiers au CHU Sainte-Justine, où est géré le budget. Les membres des conseils des unités de soins néonataux et d’autres partenaires dont Ginette Mantha, fondatrice et directrice générale de Préma-Québec, feront en outre partie du réseau.

Le projet s’étendra sur une période de deux ans, incluant l’évaluation des pratiques infirmières. À cette fin, Marilyn Aita et Sonia Semenic désigneront des indicateurs permettant de mesurer la portée de chaque pratique, évalueront les besoins particuliers de chacune des unités participantes et la façon de tirer profit des meilleures conditions de soins. Dans ce processus d’évaluation, elles seront accompagnées de six consœurs, dont Marjolaine Héon, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM. Le volet clinique du projet comme tel est pour sa part sous la responsabilité d’Audrey Larone Juneau, cadre-conseil en sciences infirmières au CHU Sainte-Justine.