Qu’est-ce qui peut pousser un adolescent à abandonner le secondaire?

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Un divorce, un accident de la route, la perte d’un emploi ou tout autre facteur de stress important peut favoriser le décrochage scolaire chez les adolescents, selon une étude de l’UdeM.

Quelles sont les raisons qui peuvent pousser les jeunes à quitter l’école du jour au lendemain? La réponse: toute une gamme d’incidents déclencheurs très stressants qui ont lieu pendant leurs derniers mois d’études, selon une étude menée par les chercheurs de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal.

En effet, les jeunes qui font face à des éléments de stress importants ont deux fois plus de risques d’abandonner leurs études dans les quelques mois qui suivent l’incident stressant que leurs camarades qui ne sont pas exposés aux mêmes difficultés, selon l’étude effectuée par Véronique Dupéré, professeure en psychoéducation à l’UdeM.

Les facteurs de stress ne se situent pas toujours en milieu scolaire. En fait, la plupart sont à l’extérieur de l’école: il peut s’agir d’un divorce, de conflits avec les camarades, de problèmes au travail (la perte d’un emploi), de problèmes de santé (un accident de la route) et de problèmes d’ordre juridique.

Alors que les études antérieures consacrées au décrochage scolaire au secondaire se sont plutôt concentrées sur des éléments déclencheurs individuels, comme une grossesse précoce, cette nouvelle étude, publiée à la fin du mois de mars dans la revue Child Development, regroupait un large éventail de situations difficiles touchant l’adolescent à la fois à l’école et en dehors de l’école.

«C’est ainsi que nous avons pu démontrer pour la première fois que la présence de ce genre de facteur est assez fréquente dans les mois qui précèdent un décrochage scolaire, explique Véronique Dupéré. Et il ne s’agit pas de l’expérience d’un seul type d’incident; il y en a beaucoup.»

De façon générale, le décrochage scolaire est perçu comme le résultat de faiblesses que connaît l’élève au cours d’une longue période, dont des difficultés d’apprentissage dès un jeune âge. Ce qui est moins bien compris, c’est pourquoi des jeunes sans problèmes décrochent de façon inattendue ou pourquoi des jeunes à risque décrochent à différents moments, dont certains plus tôt que d’autres.

Deux types de facteurs stressants

L’étude de l’UdeM, qui a eu lieu entre 2012 et 2015, a été réalisée auprès de 545 jeunes âgés d’environ 16 ans, scolarisés dans 12 écoles secondaires publiques de quartiers défavorisés de Montréal et ses environs où le taux moyen de décrochage est de 36 %, soit plus de deux fois la moyenne du Québec. De longs entretiens avec les jeunes ont eu lieu au sujet de situations stressantes qu’ils avaient vécues l’année précédant l’entretien. Un tiers des participants venait de décrocher, un autre tiers représentait des camarades ayant des profils scolaires et des origines familiales semblables, et un dernier tiers était des élèves moyens sans risque de décrochage.

Les entretiens se concentraient sur deux types de facteurs de stress: des situations «distinctes» (la rechute d’un parent maniacodépressif par exemple) et des problèmes chroniques qui avaient duré au moins un mois (comme une incapacité due à une commotion cérébrale). Les jeunes ont répondu à des questions sur des éléments stressants à l’école, au travail et à la maison, à des questions sur l’argent, sur des éléments de nature criminelle ou juridique, sur des accidents ou des problèmes de santé, sur leurs relations personnelles (avec leurs amis, leur famille et leur copain ou copine) et plus. Des questions précises ont ensuite cerné plus particulièrement des sujets liés à l’éducation tels que l’échec scolaire, les changements de programme ou d’école, les problèmes avec les enseignants et l’exclusion temporaire, entre autres.

Un risque non déterminé sur le long terme

L’étude montre des différences importantes entre les jeunes qui avaient décroché et les deux autres groupes en ce qui concerne les situations stressantes qu’ils avaient vécues dans les trois mois précédant l’entretien. Pendant ces trois mois, le premier groupe a fait l’expérience d’au moins un élément de stress sérieux dans une proportion pouvant atteindre presque 40 %, soit plus du double que dans les groupes à risque et moyen (18 % et 16,8 % respectivement). Aussi, l’expérience de deux ou de plus de deux facteurs de stress était 12 fois supérieure chez les jeunes qui avaient arrêté leurs études (6 %) que chez leurs camarades à risque (0,5 %) et ceux dans la moyenne (0,6 %).

Environ un tiers des problèmes auxquels les jeunes qui avaient décroché ont dû faire face étaient liés à l’école (23 % concernaient l’échec scolaire à long terme, 6 % des conflits chroniques avec le personnel de l’école), alors qu’un quart (25 %) étaient associés à des difficultés familiales à répétition. Des problèmes de santé à long terme représentaient 18 % du total des éléments stressants, une moitié touchant les jeunes eux-mêmes et l’autre moitié leurs proches. Des problèmes avec leurs camarades ou leur copain ou copine comptaient pour 16 % des situations de stress vécues, les problèmes criminels ou juridiques étaient rares (2 %) et les 10 % restants regroupaient des problèmes variés.

D’autres études donnent à penser que des incidents perturbateurs tels qu’une grossesse, une arrestation, une hospitalisation ou un changement d’école sont associés à une possibilité plus élevée de décrochage scolaire. L’étude de l’Université de Montréal va plus loin, illustrant qu’environ deux jeunes sur cinq qui avaient décroché avaient connu une situation stressante importante dans les quelques mois précédant leur décrochage. L’expérience récente de facteurs de stress est assez répandue parmi les jeunes décrocheurs, plus que ce qu’on pensait auparavant. Cette nouvelle étude jette également un éclairage sur la période pendant laquelle un élément stressant joue un rôle dans le décrochage scolaire: son influence se fait sentir dans les quelques mois qui suivent.

«Ces résultats démontrent que le risque de décrochage scolaire s’étend sur le long terme, affirme Véronique Dupéré. Plutôt, le risque évolue et augmente en fonction des situations difficiles auxquelles les jeunes font face. Le personnel des écoles doit donc être conscient des besoins évolutifs de leurs élèves à la fois à l’école et en dehors afin de pouvoir leur offrir un soutien adapté au moment où ils en ont besoin.»

À propos de cette étude

«High School Dropout in Proximal Context: The Triggering Role of Stressful Life Events», de Véronique Dupéré (Université de Montréal) et de ses collaborateurs, a été publié dans Child Development le 28 mars 2017. doi: 10.1111/cdev.12792.

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, le Fonds de recherche du Québec – Santé et le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, et l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal.

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