Les blessures à l’épaule nous font perdre des médailles

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  • Le 11 avril 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
En propulsant le corps, les bras du nageur causent un stress continu aux épaules.

En propulsant le corps, les bras du nageur causent un stress continu aux épaules.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Sylvain Gaudet veut donner aux athlètes les moyens de diminuer les risques de blessures à l’épaule afin d'améliorer leurs performances.

La prévention des blessures à l’épaule chez les nageurs pourrait mener à une récolte plus abondante de médailles olympiques. C’est le pari que fait le kinésiologue Sylvain Gaudet dans sa thèse de doctorat entreprise à l’Université de Montréal. «De 5 à 6 nageurs de haut niveau sur 10 seront stoppés dans leur entraînement à cause de blessures à l’épaule. Cela peut nuire suffisamment à leur plan d’entraînement pour les éloigner des premières positions mondiales», dit le jeune homme de 28 ans.

Son approche, développée sous la supervision de Jonathan Tremblay et Mickael Begon, professeurs au Département de kinésiologie, s’appuie sur la prévention des blessures dans cette partie du haut du corps. «L’inflammation des tendons de la coiffe des rotateurs – des muscles très sollicités par la poussée des bras des nageurs – est la plus courante de leurs blessures sportives. Si l’on comprend mieux pourquoi ces tendons deviennent irrités, on pourra recommander des exercices à l’entraînement pour renforcer ces muscles ou réduire le stress imposé et cela pourra conduire à une diminution des blessures et par conséquent à de meilleures performances», estime-t-il.

  • Sylvain Gaudet veut accompagner les athlètes jusqu'au podium.

    Crédit : Amélie Philibert

L’entraînement continu

Un des objectifs de Sylvain Gaudet est de donner aux athlètes et entraîneurs des moyens d’élaborer des protocoles d’évaluation faciles à appliquer dans différents environnements. «Les tests en laboratoire sont coûteux et peu accessibles, explique-t-il en entrevue au café étudiant du Département de kinésiologie. Je veux déterminer si les mesures prises à l’aide de certains tests simples pourraient se comparer à celles qu’on obtient en laboratoire. Si oui, ces exercices pourraient facilement servir dans le dépistage et le suivi des blessures à l’épaule chez ces athlètes.»

Le Closed Kinetic Upper Extremity Stability Test, par exemple, consiste à placer l’athlète en position de planche abdominale sur les mains. Il doit, en alternance, toucher sa main opposée et revenir sur ses deux mains. Plus il réussit de touches dans un laps de temps défini, plus son pointage est élevé. Certains athlètes peuvent exécuter 35 touches en 15 secondes. «Leur performance semble directement liée à certains ratios d’équilibre des forces musculaires qui eux sont souvent associés au risque de blessure. Si cela se confirme, on pourra proposer aux physiothérapeutes et préparateurs physiques d’utiliser ce test pour évaluer correctement leurs athlètes, au lieu d'appareils de mesure complexes, dont certains valent plus de 100 000 $…»

Évidemment, la route est longue entre la réduction des blessures et l’obtention d’un nombre accru de médailles. Mais Sylvain Gaudet pense que cela pourrait être un élément de l’équation. «Tous les nageurs vous diront qu’ils veulent éviter les blessures. C’est pourquoi on doit leur offrir des moyens simples et efficaces de les prévenir.»

Parcours sans faute

Le jeune homme espère déposer d’ici quelques mois sa thèse, composée de trois articles scientifiques. Son objectif professionnel est de travailler auprès des équipes et athlètes qui visent les podiums dans les championnats mondiaux, y compris les Olympiques. Il aimerait également avoir des charges de cours en kinésiologie; sa première expérience d’enseignement à l’automne 2016 a été concluante.

Lui-même joueur de handball sélectionné pendant neuf saisons par l’équipe nationale du Canada (classée en cinquième position aux Jeux panaméricains de 2011, à Guadalajara), il a commencé à aider ses coéquipiers à titre de préparateur physique dès 2011. Il a aussi suivi un stage avec le club de football des Alouettes de Montréal.

Sa formation universitaire s’est nourrie d’une expérience internationale, puisqu’il a été choisi parmi sept candidats des quatre coins du monde pour suivre le programme de l’International Master in Performance Analysis in Sport de l’Université Otto von Guericke de Magdebourg, en Allemagne. Ce programme de maîtrise se déroulait également en Espagne et en Angleterre.