Didier Kouakou: de la Côte d’Ivoire à la Côte-des-Neiges

Didier Kouakou

Didier Kouakou

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Volontaire dans le cadre d'un programme de l'Organisation internationale de la Francophonie, Didier Kouakou se joint à la communauté de l'UdeM pour une année en tant que chargé de communication.

On l’avait assuré que, à son arrivée à Montréal à la fin du mois de février, l’hiver serait presque terminé. Et pourtant, 15 jours plus tard, la ville était paralysée pour cause de tempête! C’est donc en grand – et en blanc – que Didier Kouakou a entamé son mandat à l’Université de Montréal à titre de volontaire pour le programme de volontariat international de la Francophonie de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le natif de Bouaké, en Côte d’Ivoire, passera la prochaine année au sein du tout jeune Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie en tant que chargé de communication Web et nouveaux médias. Un domaine qu’il connaît bien pour avoir étudié en arts et images numériques, puis en journalisme et production audiovisuelle à l’Institut des sciences et techniques de la communication à Abidjan.

«Si vous saviez l’engouement qu’il y a pour ce programme de volontariat de l’OIF! En 2016, il y a eu 4000 candidatures pour 50 offres. Puisqu’on ne peut solliciter qu’un seul poste de volontariat, j’ai choisi celui qui correspondait le plus à mon profil afin d’accroître mes chances d’être sélectionné.»

Après Ouagadougou, Montréal

Lorsqu’il prend connaissance du programme de l’OIF sur son fil Facebook, Didier Kouakou occupe les fonctions de chargé de communication multimédia à l’École d’ingénieurs 2iE – Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement, à Ouagadougou (Burkina Faso). «C’est arrivé à un moment où j’avais besoin de changement. J’étais à Ouagadougou depuis quatre ans et j’avais envie de bouger.»

Contrairement à beaucoup de jeunes Ivoiriens, M. Kouakou a obtenu à 20 ans son premier diplôme universitaire ainsi qu’un emploi rémunéré dans sa discipline. «Je ne dirais pas que ça relève du miracle, mais c’est tout de même rare. Le taux de chômage est élevé chez les jeunes et les conditions d’études font que ces derniers terminent leur cursus assez tard.»

Cette précocité le motivera d’ailleurs à poursuivre ses études et à tenter de nouvelles expériences professionnelles. Il termine en ce moment un deuxième mastère en gestion des médias à l’École supérieure de journalisme de Lille.

«J’aurais pu me contenter de mon poste à Ouagadougou et couler des jours tranquilles! Mais je ne me satisfais jamais de rester sur place. J’ai toujours cette envie d’aller plus loin.»

Une expérience dont il parlera à sa fille

Cette soif de dépassement ne vient toutefois pas sans sacrifices et l’expérience de volontariat pour l’OIF a son prix: Didier Kouakou n’est pas un employé de l’Université, il ne reçoit qu’une indemnité de la part de l’OIF et du Bureau de valorisation pour son logement et sa subsistance. Sans parler de l’éloignement de sa femme et de sa petite fille, Emisah, restées à Abidjan.

«Plus que l’argent, ce sont les expériences de vie qui comptent pour moi. Ce sont elles qu’on peut partager avec nos enfants, notre famille. Je pourrai parler à ma fille de la vie à Montréal, lui raconter comment c’est, la neige…»

À chaud – ou à froid –, les premières impressions de Didier Kouakou à propos de Montréal sont celles d’une grosse ville ordonnée. L’Université de Montréal, elle, lui paraît comme quelque chose de gigantesque, «une ville dans la ville»! Et l’individualisme des Montréalais l’intrigue. «Chez nous, si je vous croise dans l’ascenseur, je vous dirai bonjour et vous allez me répondre. Ça fait partie de nos habitudes de bienséance, même dans les grandes villes. Ici, si je vous rencontre dans le couloir, nous n’allons pas nous parler. Les gens semblent vivre dans leur bulle, comme s’ils voulaient se couper du monde réel! C’est aussi leurs habitudes… Je m’attendais à cette différence, mais la vivre, c’est autre chose.»

Après seulement quelques semaines en poste, Didier Kouakou planche déjà sur un compte rendu de premier mois pour l’OIF. Suivront un plan d’action pour sa mission ainsi qu’un bilan de mi-mandat au mois de septembre.

Pour l'amour de la langue

Il est intéressant que Didier Kouakou se retrouve au Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie de l’UdeM, lui dont la langue maternelle n’est pas le français, mais plutôt le baoulé, parlé essentiellement au centre de la Côte d’Ivoire. Le pays compte plus d’une soixantaine de langues, mais, contrairement à d’autres pays d’Afrique, aucune d’elles n’émerge comme langue nationale propre. C’est donc le français, «la langue du colonisateur», qui constitue la langue commune. Et au grand dam de M. Kouakou, de plus en plus d’Ivoiriens laissent tomber leur langue maternelle, pratique contre laquelle sa femme et lui se battent en faisant du baoulé la langue qu’ils parlent avec leur fillette. Le Bureau de valorisation aura donc trouvé en Didier Kouakou un volontaire sensibilisé à la délicate question des langues en situation minoritaire.

À la fin de notre entretien, nous nous promettons de nous revoir dans quelques mois pour prendre des nouvelles de son travail au Bureau de valorisation et de son adaptation à la vie montréalaise. Entretemps, si vous le croisez dans l’un des nombreux corridors de l’Université, surtout, n’hésitez pas à lui dire bonjour. Il vous le rendra bien!

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