Une équipe de l’IRCM découvre comment vaincre certains cancers par l’immunothérapie

De gauche à droite: Jun Chen, stagiaire postdoctoral, André Veillette et Ming-Chao Zhong, chercheur associé.

De gauche à droite: Jun Chen, stagiaire postdoctoral, André Veillette et Ming-Chao Zhong, chercheur associé.

Crédit : IRCM

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Le Dr André Veillette et son équipe ont découvert pourquoi l’immunothérapie fonctionnerait chez certains patients et pas du tout chez d’autres. La découverte est publiée dans Nature.

Et si notre système immunitaire pouvait lui-même vaincre le cancer? Cette logique semble presque trop simple pour être vraie, mais elle est pourtant à la base même d’un type de traitement en pleine émergence en oncologie, l’immunothérapie. Ce domaine en effervescence fait aujourd’hui l’objet d’un article dans la revue Nature signé par André Veillette, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Le Dr Veillette et son équipe ont découvert pourquoi l’immunothérapie fonctionnerait chez certains patients et pas du tout chez d’autres: la molécule SLAMF7 y jouerait un rôle prédominant.

L’immunothérapie: un domaine en émergence pour le traitement du cancer

Notre système immunitaire dispose d’une véritable armée de cellules, tels les macrophages, les lymphocytes T et les cellules natural killer, qui sont sans pitié pour les microbes et autres envahisseurs. Toutefois, les cellules cancéreuses parviennent à confondre ces vaillants soldats grâce à plusieurs stratagèmes. L’immunothérapie vise à déjouer ces subterfuges et offre plusieurs avantages considérables: contrairement aux thérapies plus invasives que sont la chimiothérapie et la radiothérapie, le traitement cible surtout les cellules cancéreuses et épargne davantage les cellules saines.

Néanmoins, l’immunothérapie n’est pas qu’une source de succès. Une quantité non négligeable de patients ne répondent pas bien à ce type de traitement. Par ailleurs, chez certains, l’immunothérapie engendre d’importants effets secondaires à cause d’une hyperactivation du système immunitaire. Pour ces patients, il aurait peut-être mieux valu se tourner dès le début vers des traitements traditionnels tels que la radiothérapie et la chimiothérapie.

Le groupe de recherche d’André Veillette a voulu expliquer ces cas où l’immunothérapie s’avère efficace. Il s’est plus particulièrement intéressé à un traitement potentiel visant une molécule qu’on savait déjà très rusée, la protéine CD47. «La protéine CD47 agit comme un caméléon», dit Jun Chen, Ph. D., premier auteur de cette étude et stagiaire postdoctoral au laboratoire du Dr Veillette. «Elle se présente à la surface des cellules cancéreuses et elle donne la perception qu’il s’agit de cellules saines: elle ordonne au système immunitaire de ne pas les détruire, ce qui laisse le champ libre à la formation de la tumeur et des métastases», poursuit André Veillette, qui est également directeur de l’unité de recherche en oncologie moléculaire de l’IRCM et professeur associé à l’Université McGill.

La protéine CD47 a été repérée à des niveaux très élevés dans une variété de cancers, tels certains cancers du sang; il va donc sans dire que les molécules qui empêcheraient CD47 de se fixer aux cellules immunitaires, qu’on appelle les inhibiteurs de CD47, font l’objet de plusieurs études cliniques pour traiter le cancer. Or, l’équipe de l’IRCM a mis le doigt sur une composante très importante de ce mécanisme: une autre molécule, SLAMF7, doit nécessairement être présente sur les cellules cancéreuses pour que les cellules du système immunitaire puissent les détruire. Ainsi, chez les personnes dont les cancers ne disposent pas de la molécule SLAMF7, l’administration d’inhibiteurs de CD47 pourrait être contre-productive.

Vers une médecine de précision

La découverte du groupe d’André Veillette pourrait être la clé pour désigner quels patients vont répondre à des inhibiteurs de CD47: en déterminant si la molécule SLAMF7 est présente chez le cancer du patient, on pourrait établir dès le départ si un inhibiteur de CD47 pourrait être un bon candidat pour le traiter. Cette présélection des patients pourrait aider à rediriger rapidement les patients non compatibles vers un traitement plus garant de succès. C’est ce qu’on entend quand on parle de médecine de précision.

Le laboratoire de l’IRCM souhaite maintenant que cette découverte puisse aussi contribuer au succès d’études cliniques d’inhibiteurs de CD47 qui sont justement en préparation. «À l’heure actuelle, on dispose de plus de traitements potentiels que de patients disponibles pour des études cliniques», déclare André Veillette, qui conclut ainsi: «Pour bénéficier du plein potentiel de traitements en émergence comme l’immunothérapie, il ne faut pas les aborder comme un traitement universel, sans quoi, on risque de passer à côté de traitements très utiles et de ralentir notre progrès pour vaincre le cancer.»

À propos de l’étude

Le projet de recherche a été réalisé à l’unité de recherche en oncologie moléculaire de l’IRCM par Jun Chen, Ming-Chao Zhong, Dominique Davidson, Yan Lu, Inmoo Rhee, Luis-Alberto Pérez-Quintero, Shaohua Zhang, Mario-Ernesto Cruz-Munoz, Ning Wu et André Veillette. Virginie Calderon, du plateau technologique de bio-informatique de l’IRCM; Sabrin Mishel et Jayne S. Danska, de l’Université de Toronto; Donald C. Vinh, du Centre universitaire de santé McGill; et Meenal Sinha et Clifford A. Lowell, de l’Université de Californie à San Francisco, ont également collaboré à l’étude.

La recherche a reçu un soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada, de l’Institut de recherche de la Société canadienne du cancer, du Programme des chaires de recherche du Canada, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, de la Fondation Cole, de la RDV Foundation, du Fonds de recherche du Québec – Santé et de la Chaire de recherche Anne et Max Tanenbaum en médecine moléculaire de l’Université de Toronto.

À propos de l'IRCM

Fondé en 1967, l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) est un organisme à but non lucratif qui effectue de la recherche biomédicale fondamentale et clinique en plus de former une relève scientifique de haut niveau. Doté d’installations technologiques ultramodernes, l’Institut regroupe 33 équipes de recherche qui œuvrent notamment dans le domaine du cancer, de l’immunologie, des neurosciences, des maladies cardiovasculaires et métaboliques, de la biologie des systèmes et de la chimie médicinale. L’IRCM dirige également une clinique de recherche spécialisée en hypertension, en cholestérol, en diabète et en fibrose kystique ainsi qu’un centre de recherche sur les maladies rares et génétiques chez l’adulte. L’IRCM est affilié à l’Université de Montréal et associé à l’Université McGill. Sa clinique est affiliée au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). L’IRCM reçoit l’appui du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec.

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