Des constables de la DPS au cœur de deux opérations de secourisme

De gauche à droite, les constables spéciaux Marie-Ève Allard, Sheri-Lynn Baril et Richard Martin.

De gauche à droite, les constables spéciaux Marie-Ève Allard, Sheri-Lynn Baril et Richard Martin.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

À deux reprises au cours du dernier mois, des constables de la DPS ont fait usage d’un défibrillateur sur des personnes victimes d’un arrêt cardiorespiratoire. Rencontre avec des employés inspirants.

C’est un samedi soir du début du printemps, un quart de travail relativement normal pour la constable Marie-Ève Allard, nouvellement arrivée à la Direction de la prévention et de la sécurité (DPS) de l’Université de Montréal. Avec sa collègue Aurélie Bolduc, elle est affectée au stationnement de la Faculté de musique, responsable de la sécurité des quelques centaines de visiteurs venus entendre le pianiste Dang Thai Son en concert à la salle Claude-Champagne.

À 19 h 12, quelques minutes avant la levée du rideau, la soirée prend une tout autre tournure: une dame assise au parterre perd connaissance et tombe en arrêt cardiorespiratoire. Marie-Ève Allard est à ses côtés deux minutes plus tard. Aurélie Bolduc se charge d’évacuer la salle et de préparer l’arrivée des premiers répondants, aidée de l’agent de sécurité Jérémie Beauregard.

Mme Allard commence les manœuvres de réanimation sans tarder. Après avoir posé les électrodes du défibrillateur externe automatisé (DEA) sur la dame, elle fait un massage cardiaque, entre les sièges de la salle de concert. Quarante-sept secondes plus tard, l’appareil indique qu’une première décharge électrique peut être donnée. Pendant les cinq minutes suivantes, la constable alternera massage cardiaque, insufflations et décharges électriques. Trois chocs en tout. À 19 h 22, les premiers répondants prennent le relais.

Cette même soirée, la constable Sheri-Lynn Baril est de service au Centre opérationnel de la Sûreté. Elle a donc entendu l’appel initial en provenance de la Faculté de musique. Tout comme Marie-Ève Allard, elle a été embauchée par la DPS au mois de décembre.

Deux semaines plus tard, à la veille du congé pascal, la fin de session bat son plein. À la Faculté de médecine dentaire, un groupe d’étudiants est à l’entrée d’une salle de classe. À 9 h 12, un préposé aux services constate qu’une étudiante est sur le point de perdre connaissance. Il tend les bras pour la soutenir au moment où la jeune femme s’effondre.

Cette fois-ci, Sheri-Lynn Baril est appelée sur les lieux, ainsi qu’Aurélie Bolduc. Le constable Richard Martin, qui part à la retraite à la fin du mois d’avril, après 33 années de service, arrive immédiatement en renfort. Il a déjà effectué la réanimation cardiorespiratoire sur un être humain – un bébé –, c’était il y a une dizaine d’années.

L’étudiante ne respire plus. Richard Martin pratique le massage cardiaque tandis que Sheri-Lynn Baril installe le défibrillateur. Elle administre un premier choc. Les manœuvres de réanimation cardiorespiratoire se poursuivent jusqu’à l’arrivée des premiers répondants à 9 h 28.

Formés pour aider

À l’Université de Montréal, le rôle du constable se rapproche de celui du policier; en tant qu’agents de la paix, ils partagent les mêmes pouvoirs et responsabilités. Titulaires d’un diplôme d’études collégiales en techniques policières, les constables de l’UdeM ont ainsi reçu une formation en premiers soins et sont à même d’effectuer la réanimation cardiorespiratoire, et donc d’utiliser un défibrillateur externe automatisé.

Mais la théorie et la pratique sont parfois bien différentes. «Ce n’est pas du tout la même sensation sur un être humain que sur un mannequin», précise Richard Martin. Marie-Ève Allard renchérit: «C’est moins exigeant de faire un massage cardiaque sur un mannequin. Sur un corps humain, la chair et les os augmentent la résistance.»

Même s’il s’agissait pour Mmes Allard et Baril d’une première intervention réelle, elles évoquent toutes les deux l’entrée en jeu des réflexes et de certains automatismes. Les intervenants sont à ce point concentrés sur la victime qu’ils oublient parfois certains éléments des évènements. À la suite de leur intervention, Richard Martin raconte avoir demandé à Sheri-Lynn Baril: «C’est bien toi qui as installé le DEA?» D’où l’importance de pouvoir compter sur un collègue pour demeurer dans cet état d’attention soutenue le temps d’effectuer les manœuvres de réanimation.

Une fois les premiers répondants arrivés, ce sont eux qui prennent en charge la victime. Le travail des constables n’est pas terminé pour autant: ils doivent s’assurer que les témoins de l’incident vont bien, leur offrir des ressources de soutien psychologique, communiquer avec la famille et les proches de la personne secourue, enquêter pour obtenir des renseignements quant à son identité. Et ce samedi soir de printemps, cela signifiait aussi retourner dans le stationnement de la Faculté de musique pour diriger les automobilistes.

Des nouvelles des victimes?

Bien que le lien qui unit les constables aux victimes prenne fin à l’arrivée des premiers répondants, ils ont tous les trois vivement souhaité obtenir de leurs nouvelles. Richard Martin nous a confié que «lorsque j’ai su, le lendemain de l’intervention, que l’étudiante se portait bien, j’ai flotté toute la fin de semaine!»

Marie-Ève Allard, quant à elle, a fait des démarches auprès de l’hôpital pour connaître l’état de santé de la femme à qui elle avait porté secours. Elle a appris qu’elle était toujours vivante. «C’est très formateur comme expérience. Avant d’exécuter une manœuvre de réanimation cardiorespiratoire, on ne sait jamais comment on va réagir. Mais maintenant, je sais que je suis apte à faire ce travail.»

«On a simplement fait notre travail»

Tandis que ces moments forts viennent conclure la vie professionnelle de Richard Martin, ils marquent le début de celle des deux jeunes constables. Faisant preuve d’une grande humilité, tous les trois refusent d’attribuer une qualité héroïque à leur geste. «On a simplement fait notre travail.» Peut-être, mais il n’en demeure pas moins que ce travail exécuté de main de maître aura augmenté les chances de survie de deux êtres humains.

L’arrêt cardiaque… une question de secondes

L’arrêt cardiaque est une perte soudaine de la fonction cardiaque, de la respiration et de l’état de conscience. Il est presque toujours causé par une arythmie du cœur fatale, soit des battements de cœur irréguliers. L’arythmie la plus fréquente est la fibrillation ventriculaire. Les fibres musculaires du cœur se contractent alors de manière rapide et anarchique.

Le remède? La défibrillation, une décharge électrique administrée pour rétablir le rythme cardiaque normal.

L’outil? Le défibrillateur externe automatisé (DEA). Il capte l’activité électrique du cœur de la personne en danger et indique au secouriste à quel moment une décharge électrique est recommandée.

Le nerf de la guerre? La vitesse d’intervention. Utilisé dans les premières minutes suivant l’arrêt cardiaque, le DEA porte les chances de survie au-delà de 85 %. Chaque minute qui passe diminue de 10 % les chances de s’en sortir.

Avec une formation appropriée, toute personne peut utiliser efficacement un DEA.

Source: Fondation des maladies du cœur et de l’AVC