Pour ou contre le cellulaire et l’ordinateur en classe?

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  • Le 8 mai 2017

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Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Deux visions opposées de la place que devrait occuper la technologie en classe ont été présentées au 3e Colloque sur le soutien à la réussite de l’Université de Montréal.

Des professeurs pro- et antiécrans en classe ont partagé leurs expériences à la table ronde «La technologie dans les salles de classe: un atout ou une nuisance?» tenue le 3 mai à l’occasion du 3e Colloque sur le soutien à la réussite de l’Université de Montréal. Alors que le défi de gérer les cellulaires et les ordinateurs en classe est incontournable, le débat est encore loin d’être terminé.

Embauché par l’Université il y a quelques années, Grégoire Leclair est arrivé dans sa première salle de classe en janvier 2010. Le professeur de la Faculté de pharmacie s’est alors retrouvé devant une mare d’étudiants dissimulés derrière leurs ordinateurs portables. Conscient qu’il était bien loin d’être leur centre d’attention, il a voulu changer les choses. Il a donc déposé ses notes de cours en format Web sur StudiUM, l’environnement numérique d’enseignement et d’apprentissage de l’Université de Montréal. Ce n’était pas suffisant pour devenir plus intéressant que Facebook aux yeux de ses étudiants. Il a alors commencé à utiliser des télévoteurs.

«Ces outils sont fantastiques, mais lorsqu’on les sort, les étudiants s’emballent, il faut faire de la gestion de classe et, à la fin de l’activité, il manque toujours quelques télévoteurs», a raconté Grégoire Leclair.

Finalement, comme les étudiants possèdent tous des appareils mobiles, il a décidé de s’en servir. Par exemple, avec l’application Socrative, il a créé des questionnaires accessibles en ligne et dont les résultats sont diffusés en temps réel. Le professeur a plus d’un tour dans son sac pour susciter l’intérêt des étudiants. «Je pose une question floue ou je ne mets pas la bonne réponse dans les choix, souligne-t-il. Ces stratégies causent une légère panique chez les étudiants, ils réfléchissent, ils me posent des questions, puis la classe se calme et je peux de nouveau capter leur attention avec la prochaine question.»

Pousser l’engagement des étudiants un cran plus loin

Cet aspect légèrement chaotique de l’intégration de la technologie en classe est bien apprécié par Bruno Poellhuber, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM. «Je trouve que c’est un heureux problème que de devoir gérer le surengagement des étudiants!» s’exclame-t-il.

Passant de la parole aux actes, il a même provoqué un petit moment d’excitation dans l’auditorium où se tenait la table ronde lorsqu’il a demandé aux participants d’utiliser leur téléphone ou ordinateur pour donner leur avis sur l’utilisation des technologies en classe. Seulement 10 % ont affirmé être contre.

Bruno Poellhuber, qui a gagné deux prix d’excellence en enseignement, se situe du côté de la majorité sur cette question. Il a recours à la technologie en classe pour amener les étudiants un cran plus loin. Par exemple, il leur demande d’apporter leurs ordinateurs portables en classe pour travailler sur un wiki (un document collaboratif en ligne). Pendant qu’une personne rédige, les autres cherchent des textes complémentaires sur le Web.

«Lorsque l’ordinateur est mis au service de l’enseignement, il peut enrichir les apprentissages», déclare Bruno Poellhuber.

Et si l’on s’accordait une pause des écrans?

En Occident, l’humain passe de plus en plus de temps devant des écrans, pratiquement toujours connectés, en attente de nouveaux messages. Serait-il utopique de tenter de faire de l’université un lieu où l’on s’accorde une pause pour arriver à se plonger dans un processus de réflexion complexe? C’est le pari que fait Philippe Genequand, professeur au Département d’histoire. «La présence de technologies en classe est un élément de distraction important alors que les étudiants ont besoin de toute leur concentration pour développer leur capacité de réflexion complexe», mentionne-t-il.

C’est ainsi qu’en 2013 il a commencé à demander à tous ses étudiants d’éteindre ordinateurs et cellulaires en classe. «Je ne leur ai pas présenté cette directive comme une punition, mais je les ai sensibilisés à cet espace spécial qu’est la salle de cours, où il doit y avoir des interactions entre eux et avec moi, alors qu’ils font partie d’un programme d’études qu’ils ont choisi», dit le professeur par ailleurs responsable de l’élaboration du premier cours d’histoire en ligne de l’Université de Montréal, qu’il considère comme complémentaire aux cours en présentiel. «J’aide les étudiants à se débarrasser de la machine pour créer un environnement d’apprentissage en classe le plus agréable possible», ajoute-t-il.

La première réaction des étudiants est souvent de s’inquiéter de leur réussite, puisqu’ils n’arriveront plus à prendre des notes de la même façon. Mais le professeur voit cette inquiétude décroître rapidement lorsqu’il explique que le mode d’évaluation sera axé sur la structure de la réflexion plutôt que sur l’apprentissage par cœur de connaissances transmises dans les cours.

«Généralement, c’est bien accepté, même s’il y aura toujours un petit groupe d’irréductibles, que je place alors à l’écart pour éviter qu’ils dérangent les autres avec leurs écrans», précise-t-il.

  • De gauche à droite: Philippe Genequand, Grégoire Leclair et Bruno Poellhuber.

    Crédit : Amélie Philibert

Pour un encadrement

Si chacun a sa position sur l’utilisation des technologies en classe, tous s’entendent toutefois sur un élément: le besoin d’encadrement.

Le Conseil des études de premier cycle de l’Université de Montréal a d’ailleurs déposé en 2013 le rapport Les technologies mobiles en classe: encadrer leur utilisation pour soutenir l’apprentissage des étudiants. «Ce rapport, toujours pertinent, donne des balises que les enseignants sont libres d’adopter ou pas», indique Bruno Poellhuber, également directeur des Services de soutien à l’enseignement de l’UdeM.

Les lignes de conduite partent du principe de responsabilité partagée entre l’enseignant et les étudiants. «Parce que si les technologies mobiles présentent des avantages, elles viennent aussi avec des problèmes, dont le risque de distraction, fait observer M. Poellhuber. Les étudiants doivent en être conscients pour pouvoir adopter des usages responsables des technologies.»

Martine Letarte
Collaboration spéciale