La pleine conscience entre au laboratoire sur la douleur

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  • Le 9 mai 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
La méditation de pleine conscience a des effets sur la perception de la douleur.

La méditation de pleine conscience a des effets sur la perception de la douleur.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Un étudiant expérimente l’effet de la méditation de pleine conscience sur la douleur en exposant des volontaires à des sensations douloureuses.

La pratique de la méditation de pleine conscience permet-elle d’augmenter la capacité à se concentrer en présence de la douleur? L’étudiant en psychologie Louis-Nascan Gill a voulu le savoir: il a provoqué de la douleur chez 45 sujets de recherche et a observé leurs réactions. Le tiers avait suivi des formations visant l’amélioration des capacités d’autorégulation psychologique de l’attention par des exercices de méditation de pleine conscience, tandis qu’un autre tiers s’était plutôt fait expliquer en quoi consiste cette approche et comment l’appliquer dans la vie de tous les jours. Le groupe témoin, lui, n’avait eu accès à aucun entraînement ou enseignement.

«Nos résultats montrent que la pleine conscience permet de diminuer l’interférence que la douleur cause dans le fonctionnement de l’attention. Mais le plus surprenant, c’est que cette amélioration a été constatée chez les participants qui avaient suivi l’entraînement conceptuel; leur capacité à réaliser une tâche difficile en présence de la douleur était meilleure que celle du groupe témoin et que celle du groupe qui méditait», indique le jeune homme, qui rédige actuellement son mémoire de maîtrise sur le sujet à l’Université de Montréal.

«Bien entendu, on ne peut pas tirer de conclusions définitives à partir d’une seule expérience, mais ce qui est certain, c’est que les explications sur la pleine conscience peuvent apporter des changements positifs qui transcendent l’exécution d’exercices de méditation. Si l’on veut optimiser les effets de la méditation, j’aurais tendance à suggérer de bien expliquer aux gens ce qu’est la pleine conscience et à contextualiser les exercices.»

Inspirée de la tradition bouddhiste, la pleine conscience connaît un véritable engouement international depuis que le médecin américain Jon Kabat-Zinn a écrit des livres sur le sujet après avoir ouvert un centre non médical de réduction du stress, de la douleur et de la maladie. Il s’agit essentiellement d’une technique de relaxation et de méditation amenant le sujet à se concentrer sur l’instant présent.

La douleur au labo

Louis-Nascan Gill pratique lui-même quotidiennement cette forme de méditation et il mentionne qu’elle n’est pas sans rappeler des techniques cliniques en psychologie consistant à donner au client les outils de son propre mieux-être. «Nous avons choisi pour la recherche des personnes qui n’avaient pas entendu parler de cette approche afin de ne pas biaiser les résultats. Dans les trois groupes de sujets, la perception de la douleur a été mesurée avant et après l’exposition à la douleur.»

Il n’est certainement pas évident d’expérimenter dans un environnement scientifique des phénomènes comme la douleur. Or, c’est l’une des spécialités du neuropsychologue Pierre Rainville, professeur à la Faculté de médecine dentaire de l’UdeM. Il mène depuis 20 ans des travaux sur la douleur qui sont toujours approuvés par le comité d’éthique de la recherche. Le projet de M. Gill ne faisait pas exception. Dans le formulaire de consentement signé par les participants, la méthodologie était expliquée de façon claire et une clause précisait que le sujet pouvait se retirer à tout moment de l’expérience. Celle-ci consistait à causer «une douleur de source thermique sur le bras ou la main» à l’aide d’un stimulateur électrique «muni d’un système de protection qui assure que les stimulations n’excèdent pas une limite sécuritaire».

Louis-Nascan Gill, étudiant à la maîtrise en psychologie

Crédit : Amélie Philibert

La fonction physiologique de la douleur est d’attirer l’attention du système nerveux sur une anomalie du système corporel. Son rôle est donc nécessaire. Chez les personnes qui souffrent de douleurs chroniques, ce phénomène marque parfois un dérèglement. C’est pourquoi un entraînement à la méditation peut aider le patient à vaincre la perception non pertinente. Le jeune homme aimerait bien que ses recherches connaissent une suite, notamment auprès de cette population.

Un sujet pour le doctorat? Ce n’est pas exclu, mais l’étudiant se concentre sur la fin de sa maîtrise. Il pourrait choisir le marché du travail, où il aimerait s’engager en psychologie des organisations.