Des robots font l’école aux élèves en difficulté

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  • Le 19 mai 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Thierry Karsenti a beaucoup de succès quand il se présente dans une classe avec son assistant, le robot Nao.

Thierry Karsenti a beaucoup de succès quand il se présente dans une classe avec son assistant, le robot Nao.

En 5 secondes

Un robot humanoïde fait merveille dans des classes d’enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme et d’adolescents en adaptation scolaire.

«Bonjour, humains! Mon nom est Nao et je suis le robot humanoïde du professeur Thierry Karsenti.» Le visage des enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme de l’école Saint-Raphaël de Bellechasse s’épanouit devant ce petit robot qui se présente dans leur classe. «Ces enfants évitent habituellement le regard des enseignants; avec Nao, on voit qu’ils cherchent le contact visuel et attendent la réaction du robot. C’est très positif», commente Emmanuelle Frenette, conseillère pédagogique en adaptation scolaire à la Commission scolaire de la Côte-du-Sud, dans la région de Québec.

C’est l’équipe de Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, qui a eu l’idée d’utiliser à des fins pédagogiques ce robot de fabrication française et commercialisé par une compagnie japonaise. Doté d’une autonomie de deux heures, mesurant 58 cm et pesant 4,8 kg, l’androïde «comprend» environ 3000 mots en langue française et peut même reconnaître certains sentiments. Grâce aux caméras, capteurs et microphones, il peut interagir avec les personnes qui l’entourent. «Il fait beaucoup rire les enfants quand il danse le gnamgnamstyle. Mais on lui fait jouer un rôle très sérieux par la suite», indique M. Karsenti.

Qualifiant le succès de sa recherche d’«exceptionnel» même si elle n’en est encore qu’à ses balbutiements, le professeur Karsenti relate son expérience dans une classe de 54 élèves de 13 à 17 ans en adaptation scolaire de l’école Saint-Germain, à Bellechasse. «Nous avons mis sur pied une expérience de programmation robotisée en 10 étapes. Les jeunes ont travaillé en équipes de deux. Ils ont manifesté un enthousiasme inimaginable. Plusieurs ont réussi à franchir toutes les étapes de la programmation. Une délégation a même présenté ses résultats à l’Apple Store de Québec. Une fierté extraordinaire pour ces élèves.»

Les robots appréciés

Depuis plus de 20 ans, Thierry Karsenti explore comment les nouvelles technologies peuvent soutenir les enseignants en classe. Il a notamment étudié l’usage de la tablette électronique et des tableaux blancs interactifs dans les écoles québécoises. Quand il a entendu parler de cet automate il y a un an – tout simplement en surfant sur Internet, précise-t-il –, il s’est porté acquéreur d’un prototype pour le tester en milieu scolaire. Il en a acheté deux autres pour pouvoir lancer des projets à court terme.

Dans un texte publié par le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, M. Karsenti et ses cosignataires, le postdoctorant Julien Bugmann et la conseillère pédagogique Emmanuelle Frenette, estiment que l’usage d’un robot comme Nao pourrait avoir «une influence sur le développement de compétences cognitives, conceptuelles, linguistiques et sociales» chez les enfants autistes. Ils font état d’un projet qui s’est déroulé dans une classe d’enfants souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme en collaboration avec les enseignants et éducateurs. «Nous avons par exemple proposé aux élèves d’imiter les mouvements du robot, de lui répondre, de jouer avec lui, de lui poser des questions, de lire un livre.»

Né en 2006 à Paris, le robot Nao a une application pédagogique depuis 2008.

Les résultats sont très encourageants. Les enseignantes ont noté une augmentation de la motivation des élèves à s’engager dans les tâches demandées et à venir à l’école; leur attention était plus soutenue; l’écoute et la compréhension des consignes étaient supérieures, notamment lorsque le robot demandait aux élèves d’accomplir telle ou telle tâche, mentionnent les auteurs. «Je crois que nous avons un bon outil entre les mains; il faut voir comment optimiser son usage à l’école», dit M. Bugmann, qui consacre son postdoctorat à ce sujet. Il était présent au Palais des congrès, le 18 mai, lorsque l’équipe a présenté les résultats de cette expérience à un auditoire de 700 personnes.

Le courant a si bien passé dans la classe de l’école Saint-Raphaël de Bellechasse que les enfants ont exprimé le besoin de retrouver rapidement leur ami Nao. Comme les chercheurs n’allaient pas prochainement retourner dans la région de Québec, ils ont envoyé des lettres aux enfants. L’enseignante a filmé leurs réactions quand ils découvrent les photos de leur rencontre avec Nao. Une scène très émouvante, quand on sait que les autistes sont en général peu portés sur les épanchements.

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