«Les questions sont plus importantes que les réponses!»

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  • Le 23 mai 2017

  • Dominique Nancy
Marie-Josée Lamothe

Marie-Josée Lamothe

Crédit : Christian Fleury

En 5 secondes

Marie-Josée Lamothe livre quelques ingrédients de la recette du succès de Google.

«L’impression de ne plus avoir de temps, que tout va trop vite et le stress que la technologie peut engendrer ne datent pas d’hier. La preuve, ce message de la reine Élisabeth II qui s’adresse, en 1957, à la population britannique afin de calmer ses inquiétudes associées aux changements soudains que pouvait provoquer la télévision à l’époque.»

C’est ainsi que Marie-Josée Lamothe a commencé son exposé présenté à l’occasion de l’exposition des finissants de la Faculté de l’aménagement le 4 mai dernier. Intitulée L’esprit novateur, la communication de la directrice générale chez Google Canada était axée sur l’importance de la culture de l’innovation en entreprise. Il s’agit d’une approche révélatrice d’un esprit novateur que les étudiants de la faculté poursuivent au cours de leur formation et prônée par le géant de la recherche sur le Web, a fait valoir Marie-Josée Lamothe.

S’appuyant sur des extraits vidéos amusants, cette experte de l’image des produits en a surpris plus d’un en affirmant que dans la résolution de problèmes «les questions sont plus importantes que les réponses». C’est là que réside la véritable innovation, selon elle. Cette philosophie est inspirée de la démarche d’Ernö Rubik, l’inventeur du Rubik’s Cube. «Le cube représente les étapes et les nombreuses possibilités dans la résolution d’un problème. Dans cette approche, il y a une remise en question constante des méthodes qui amène à innover», a-t-elle expliqué. Chez Google, l’application de ce principe permet aux employés de consacrer 20 % de leur temps de travail à des projets personnels. C’est ainsi qu’ont vu le jour des idées visionnaires comme le projet Loon, qui offre Internet dans des zones reculées grâce à des montgolfières, et la voiture autonome de Google.

Mme Lamothe emploie pour sa part ce temps à encourager la réintégration des femmes au marché du travail. Active au Centre des femmes de Montréal et membre de L’effet A, un regroupement de femmes d’affaires qui vise à motiver les Québécoises à se dépasser dans leur vie professionnelle, elle s’est fixé l’objectif de les aider à acquérir des compétences technologiques, avec le soutien de Google. «C’est très valorisant d’avoir la possibilité de redonner», a indiqué celle qui a été sélectionnée en 2012 et en 2013 par le Financial Post et le Réseau des femmes exécutives comme l’une des 100 femmes les plus influentes du Canada.

Capter l’attention rapidement

Après une vingtaine d’années dans l’industrie des produits de beauté chez Clairol, puis au sein du groupe L’Oréal à titre de chef exécutif de la direction du marketing et des communications de l’entreprise, cette mère de trois enfants s’est jointe à l’équipe de Google en 2014. Et elle ne regrette pas sa décision. «Travailler chez Google, c’est un peu comme être à l’université à temps partiel, a dit cette diplômée de l’Université de Montréal en sciences économiques et en mathématiques. Pour rester à jour, on est régulièrement en formation, on est évalués tous les trimestres. C’est un environnement en constante et rapide évolution. C’est très stimulant.»

Chez Google, la structure est aussi moins hiérarchique que dans une compagnie dite «traditionnelle», ce qui incite à l’autonomie et à la créativité. Ainsi, passer du monde des cosmétiques à celui de la technologie n’a pas été problématique pour elle. «Je ne suis pas une fille de techno, et l’on ne s’attend pas à ce que je le devienne. Mon rôle est d’amener les entreprises et les organisations canadiennes à être plus actives et visibles sur le Web, à communiquer leurs messages plus efficacement.» Et, bien sûr, à utiliser l’innovation comme levier de croissance.

Avec la mise en place de nouvelles plateformes au cours des dernières années, les gens sont très sollicités et ils sont devenus plus critiques. «Il y a une recherche de simplicité, de rapidité et d’originalité dans le contenu. Les compagnies qui réussissent le mieux sont celles qui se rapprochent des consommateurs en répondant à leurs besoins actuels», a souligné celle qu’on surnomme Mme Google. Parmi les besoins des Canadiens, elle observe un net intérêt pour les contenus produits par la communauté et diffusés sur le Web. «Au Canada, tout particulièrement au Québec, la population aime s’informer par la vidéo. D’où la grande popularité de YouTube», a-t-elle mentionné. À son avis, le phénomène est culturel. «On a grandi dans un environnement où la télévision était omniprésente. Les entreprises canadiennes ont tout avantage à miser sur le vidéo comme mode de communication.»

Miser sur l’expertise de Montréal

Durant sa conférence, Mme Lamothe a parlé du souhait formulé par Google en mars de faire de Montréal le septième pôle de services infonuagiques dans le monde. «On trouve ici une expertise en technologie de très haute qualité, tant sur le plan de la recherche que sur celui de l’innovation.» Elle a rappelé que la métropole compte quelque 2000 jeunes entreprises, une véritable mine d’or de nouveaux talents. «Google mise sur la diversité et les aptitudes des gens, d’où son intérêt de s’installer chez nous, où il y a une effervescence dans le domaine des technologies.»