Les chercheurs de l'UdeM à l'honneur

C’est le 16 mai que l’Université de Montréal soulignait les réalisations de près de 90 chercheurs qui se sont illustrés au cours de la dernière année.

C’est le 16 mai que l’Université de Montréal soulignait les réalisations de près de 90 chercheurs qui se sont illustrés au cours de la dernière année.

Crédit : Caroline Dostie

En 5 secondes

L'Université a récemment rendu hommage à près d'une centaine de ses chercheurs à l'occasion de la cérémonie Bravo à nos chercheurs. Rencontre avec quatre de ces chercheurs inspirants.

C’est le 16 mai que l’Université de Montréal soulignait les réalisations de près de 90 chercheurs qui se sont illustrés au cours de la dernière année.

Marie-Josée Hébert, vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation, a mis l’accent sur l’importance du non-conformisme chez les chercheurs: «Vous avez l’audace de sortir des sentiers battus. Votre créativité, votre passion et votre ténacité sont les piliers sur lesquels se construit notre université.»

Le recteur Guy Breton a quant à lui insisté sur leur rôle dans la place qu’occupe l’UdeM sur la scène internationale: «C’est grâce à votre talent et à vos efforts si notre établissement appartient au réseau des grandes universités de recherche. Vous faites de notre campus un lieu incontournable pour l’avancement du savoir et vous donnez de l’éclat à notre grande et belle communauté.»

Quatre groupes de chercheurs ont été honorés au cours de la soirée: ceux qui ont obtenu une chaire de recherche du Canada, un renouvellement de chaire de recherche du Canada ou une chaire de l’Université de Montréal; ceux qui ont reçu des subventions de recherche; ceux qui ont été nommés à la tête d’une chaire philanthropique; et ceux qui se sont vu accorder un prix ou une distinction au Québec ou à l’étranger.

Consultez la liste complète des chercheurs honorés en 2017.

  • Danielle Labbé

    Crédit : Amélie Philibert

Danielle Labbé, École d’urbanisme et d’architecture de paysage

Chaire de recherche du Canada en urbanisation durable dans le Sud global
Membre du Centre d'études de l'Asie de l'Est et chercheuse à Œuvre durable, Danielle Labbé est spécialiste des questions d’urbanisation et des pratiques de l’urbanisme dans les villes du Sud global, en particulier en Asie du Sud-Est.

Quel est le mandat de cette nouvelle chaire de recherche?

Notre rôle principal est de réfléchir sur les défis que pose la planification urbaine dans des contextes d’urbanisation rapide où il y a peu de ressources et où les populations sont majoritairement pauvres. On a comme but de nourrir la réflexion des professionnels, de voir comment cette pratique de planification urbaine pourrait être améliorée.

Que représente pour un chercheur l’obtention d’une chaire de recherche?

Je dirais que c’est un peu le summum! Une chaire donne les conditions nécessaires pour faire de la recherche de haute qualité. Il y a d’abord le financement, un financement pérenne. Ensuite, on bénéficie de temps de recherche protégé, par une diminution des tâches administratives et d’enseignement. Il y a aussi des infrastructures qui viennent avec les chaires: dans mon cas, ce sont des locaux qui me permettent de travailler avec une quinzaine d’étudiants qui se côtoient, se rencontrent, discutent de leurs projets de recherche.

Votre chaire porte sur les pays du «Sud global». Qu’est-ce que cette expression désigne?

Je dirais que nos études portent sur les pays dont l’urbanisation n’a pas encore atteint sa maturité, c’est-à-dire où il y a encore une croissance urbaine assez forte. Par opposition aux pays qu’on appelait autrefois les «pays développés», où l’urbanisation est stable, autour de 75 à 95 %. Mais les pays qu’on dit appartenir au «Sud global» ne sont pas tous situés dans l’hémisphère Sud; l’Inde en est un exemple.

On n’est cependant pas dans l’aide humanitaire…

Non, la chaire n’a pas une approche d’aide au développement ou de renforcement des capacités. Je ne pars pas du principe qu’on sait mieux faire la ville que ces pays-là; je pars plutôt du principe qu’ils sont dans une situation très différente et que nos façons de faire ne sont pas forcément appropriées à leurs circonstances. D’ailleurs, il y a parfois d’excellentes pratiques locales qui devraient non seulement être renforcées chez eux, mais qu’on pourrait importer ici, chez nous.

Comment se fait la recherche dans un champ de pratique comme l’urbanisme?

On fait de la recherche qui va dans deux directions. D’une part, comme tout chercheur qui s’intéresse aux questions urbaines, on essaie de comprendre le phénomène urbain, comment fonctionne la ville. Mais d’autre part, on doit produire des connaissances tournées vers l’action. Nos recherches doivent aller au-delà de la compréhension, de l’analyse et de la conceptualisation. Comme chercheur, on a ce luxe de pouvoir prendre du recul sur la pratique afin de nourrir la réflexion et de proposer des façons de transformer cette pratique.

  • Gonzalo Lizarralde

    Crédit : Amélie Philibert

Gonzalo Lizarralde, École d’architecture

Élu membre du Collège de nouveaux chercheurs et créateurs en art et en science de la Société royale du Canada
Gonzalo Lizarralde est directeur de l’Observatoire universitaire de la vulnérabilité, de la résilience et de la reconstruction durable (Œuvre durable). Ses travaux récents portent sur l’habitat, ainsi que sur la reconstruction après des catastrophes humaines ou naturelles dans les pays en voie de développement.

D’où vous vient cet intérêt pour la reconstruction plutôt que pour la construction de toutes pièces?

L’urbanisation et la croissance démographique font en sorte que les populations sont de plus en plus exposées aux désastres naturels. Un plus grand nombre d’entre elles sont susceptibles de voir leurs façons de vivre se transformer radicalement. Il faudra tenir compte du phénomène et produire des connaissances qui feront en sorte que l’on construira des villes plus durables et plus saines.

Et l’on constate que nous sommes également vulnérables ici, chez nous…

Il y a à peine 10 ans, lorsqu’on évoquait la probabilité d’un désastre naturel majeur au Québec, plusieurs personnes riaient. On faisait peu de liens entre notre mode d’urbanisation et les risques courus. Cependant, après avoir vécu des catastrophes comme celles de Lac-Mégantic et de Fort McMurray, ainsi que les récentes inondations, on constate que nous ne sommes pas au Canada à l’abri du type de situations qu’on associait aux pays en voie de développement.

Vos étudiants en sont aussi conscients?

Je considère que c’est l’une des grandes contributions récentes de la Faculté de l’aménagement de l’UdeM: nous faisons en sorte que la nouvelle génération d’architectes et d’urbanistes soit sensibilisée à cette problématique. Dès le premier cycle, les étudiants apprennent une terminologie partiellement inconnue il y a 10 ans. On introduit les questions de vulnérabilité dans le curriculum, dans nos cours et dans nos ateliers. Lorsque nos étudiants obtiennent leur diplôme, ils sont très conscients du problème non seulement d’un point de vue local, mais aussi à l’échelle internationale.

Quel est pour vous l’un des enjeux du monde de la recherche?

Je crois qu’il est de plus en plus difficile de se détacher de l’influence des médias sociaux. En tant qu’universitaires, nous avons une double responsabilité: être pertinents et présents pour la société, mais aussi prendre du recul pour pouvoir se prononcer de manière éclairée et rigoureuse sur différents sujets. Trier la quantité d’informations qui circulent devient de plus en plus ardu. Il revient donc aux universitaires de s’assurer que les débats sont basés sur des données, sur des faits. Et c’est une situation de plus en plus urgente.

  • Mireille Cyr

    Crédit : Amélie Philibert

Mireille Cyr, Département de psychologie

Prix Femmes de mérite 2016 du Y des femmes de Montréal
Mireille Cyr se penche dans ses travaux sur les enfants et les adolescents victimes d’agressions sexuelles. Directrice du Centre interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles et cotitulaire de la Chaire de recherche interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants, elle s’intéresse notamment aux entrevues d’enquête menées auprès des enfants qui auraient subi une agression sexuelle.

En tant que psychologue, qu’est-ce qui vous a motivée à vous tourner vers la recherche?

La recherche a toujours suscité mon intérêt. Dès mes études de baccalauréat, j’ai travaillé comme assistante de recherche. Et justement, une des choses qui me plaisait dans la psychologie, c’était son aspect scientifique. Le fait qu’on essaie de comprendre comment l’être humain fonctionne en mesurant, en évaluant. La recherche m’a tout de suite séduite.

Et comment la question des agressions sexuelles chez les enfants s’est-elle présentée?

La question des agressions m’est venue par la pratique, en tant que superviseure de stages pour les étudiants en intervention clinique. Plusieurs femmes révélaient avoir été victimes d’agressions et j’ai souhaité profiter d’un partenariat avec les centres jeunesse pour me spécialiser auprès des mères d’enfants agressés.

La question des auditions d’enfants est arrivée plus tard, et ce fut un cadeau du ciel pour la passion qu’elle suscite encore chez moi. C’est une question complexe et le nombre d’enfants agressés est important: presque 1 fille sur 5 et presque 1 garçon sur 10. On a tout de même fait des pas de géant relativement aux témoignages des enfants au cours des 20 dernières années. 

C’est tout de même un sujet difficile… Qu’est-ce qui vous motive?

L’espoir de pouvoir aider un enfant de plus à dévoiler ce qu'il a vécu. J’ai la chance de collaborer avec le centre d’expertise Marie-Vincent et l'on constate que, lorsque les enfants victimes d’agression témoignent et qu’on leur offre un traitement, ils s’en sortent.

D’autre part, on essaie par nos recherches d’aider les intervenants sur le terrain à mieux faire leur travail. La recherche me permet de peut-être faire avancer les pratiques.

Qu’est-ce que ce prix représente pour vous?

C’est un prix magnifique et j’en suis vraiment ravie. D’autant plus qu’il est décerné par la Fondation Y des femmes de Montréal, un organisme avec qui je partage le souci de contribuer au mieux-être de mes concitoyens. 

  • Dre Isabelle Brunette

    Crédit : Amélie Philibert

Isabelle Brunette, Département d’ophtalmologie

Élue membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé
La Dre Isabelle Brunette est chef de l'axe de recherche Santé de la vision au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Spécialiste de la cornée, elle a mené ces dernières années des travaux qui visent l'optimisation des résultats fonctionnels de la greffe de cornée grâce aux progrès technologiques dans les domaines du génie tissulaire, du laser femtoseconde et des biomatériaux.

Comment est né votre intérêt pour la santé de l’œil?

Mes parents étaient médecins. Enfant, j’allais souvent, le samedi, à l’hôpital avec mon père, ophtalmologiste, et j’aimais bien le grand tableau noir avec toutes les craies de couleur (rires)! Mais au-delà de ça, je considère l’ophtalmologie comme la plus belle des spécialités médicales, alliant microchirurgie, imagerie haute résolution, ayant des liens étroits avec la médecine interne et permettant des avancées rapides à la fine pointe de la technologie.

Pourquoi?

L’œil est un organe à la fois entier et restreint. C’est le seul endroit du corps humain où les milieux sont transparents. On peut pratiquement tout voir: les nerfs, les vaisseaux, la circulation des molécules. Grâce à la lumière et aux lasers, on peut travailler avec une très grande précision sans détruire les tissus.

C’est aussi un excellent témoin de ce qui se passe ailleurs dans le corps humain, par exemple dans le cerveau, avec une barrière entre le sang et l’œil analogue à celle qui existe entre le sang et le cerveau. L’œil se prête aussi très bien aux études de biologie vasculaire ou d’ischémie, notamment pour mieux comprendre des maladies comme le diabète. L’œil est ainsi un excellent modèle pour la recherche sur le corps humain.

Racontez-nous vos premières recherches…

J’ai fait mes études postdoctorales à la clinique Mayo, à Rochester, dans le Minnesota, entre autres parce que c’était le seul endroit où l’on travaillait sur la préservation des cornées par congélation en vue de la greffe. Le but de ma recherche était donc de répondre à une question très pragmatique, à savoir jusqu’à quel point la greffe d’une cornée congelée était viable, car nous avions à cette époque une grande réserve de cornées qui avaient été congelées plusieurs années auparavant. Or, nous vivions une période d’importante pénurie de cornées humaines fraîches pour la greffe. Ces études nous ont permis de greffer avec succès bien des gens qui n’auraient pu l’être sans ces cornées congelées. C’est un peu ce qui m’a lancée!

Que représente pour vous cette nomination au sein de l’Académie?

Puisque la nomination représente la reconnaissance par les pairs, ça me fait plaisir. C’est aussi une occasion d’aider en donnant notre avis d’expert lors de l’évaluation ou de l’élaboration de dossiers, ou en participant à la défense de certaines causes en santé.