Le Canada pressé de transformer ses ressources d’énergie renouvelable en moteur économique

Encourager l’autoproduction d’électricité par l’adoption de mesures facilitant l’accès aux toits solaires fait partie des options intéressantes à faible teneur en carbone proposées par les auteurs du rapport.

Encourager l’autoproduction d’électricité par l’adoption de mesures facilitant l’accès aux toits solaires fait partie des options intéressantes à faible teneur en carbone proposées par les auteurs du rapport.

Crédit : Thinkstock.

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Un réseau national de chercheurs universitaires s’est penché sur la façon pour le Canada d'atténuer le réchauffement climatique tout en préservant sa compétitivité économique.

Selon un nouveau rapport cosigné par 71 chercheurs universitaires venant des 10 provinces canadiennes, dont les professeurs Jean Leclair, Normand Mousseau et Hugo Tremblay, de l’Université de Montréal, la baisse de la demande de combustibles fossiles au cours des décennies à venir pourrait entraîner une diminution considérable des investissements de l’étranger dans les secteurs pétrolier et gazier, qui seraient dès lors moins porteurs et plus risqués. Actuellement pays producteur de pétrole, le Canada devrait opérer un virage et s’employer à devenir un chef de file en énergies renouvelables dans le monde, croient les signataires du rapport.

«Le Canada possède une quantité exceptionnelle de ressources d’énergie renouvelable. La transition mondiale vers des systèmes énergétiques sobres en carbone constitue une occasion en or de doter le pays d’un formidable moteur économique», estiment les scientifiques, les ingénieurs et les spécialistes en sciences sociales qui ont produit bénévolement ce rapport de 60 pages.

Mandaté à l’automne 2016 par le ministère des Ressources naturelles du Canada pour étudier la question, ce réseau d’universitaires s’est penché sur les mesures à prendre pour assurer la transition du pays vers des énergies à faible teneur en carbone sans miner sa compétitivité à l’échelle mondiale. Le rapport Rebâtir le système énergétique canadien: vers un avenir sobre en carbone est présenté dans le cadre de Génération Énergie, dialogue pancanadien sur l’avenir énergétique du pays engagé par le ministre Jim Carr le 21 avril dernier, en marge du Jour de la Terre. Il rend compte d’un point de vue scientifique indépendant en vue de favoriser une prise de décisions fondées sur des données probantes.

Selon les auteurs, le Canada doit accélérer la transition vers une économie sobre en carbone en réduisant la demande énergétique globale grâce à la maximisation de l’efficacité énergétique et de la conservation de l’énergie, en augmentant l’électrification au moyen de sources d’électricité à faibles émissions de carbone et en remplaçant progressivement les combustibles pétroliers à teneur élevée en carbone par des combustibles à faible teneur en carbone.

La gouvernance, pièce maîtresse d’une transition réussie

D’emblée, les auteurs présentent la gouvernance comme la pièce maîtresse d’une transition énergétique sobre en carbone réussie, la technologie nécessaire à l’amorce de ce virage étant, insistent-ils, facilement accessible. «Nous croyons que les barrières sociales, politiques et organisationnelles sont le principal frein à l’accélération de cette transition», affirme Catherine Potvin, professeure à l’Université McGill et coordonnatrice du rapport.

Les auteurs du rapport concluent que «les promesses actuelles [relatives aux politiques et aux mesures de décarbonisation] ne nous permettront pas d’atteindre notre objectif – un monde qui aura évité une augmentation de plus de 2 °C de la température mondiale». La réussite de cette transition énergétique passera par un meilleur encadrement, un soutien accru et des efforts de mobilisation plus soutenus de la part de tous les paliers de gouvernement. Le Canada a d’autres grands chantiers en route, notamment l’adoption d’un système de soins de santé universel et la mise en place de la sécurité sociale. La décarbonisation en est un tout aussi important.

La transition sobre en carbone: un atout concurrentiel

L’enthousiasme des entreprises canadiennes à l’égard de la transition sobre en carbone aura une incidence sur leur compétitivité et leur réussite futures, considère le groupe d’universitaires. Dans le secteur privé, les apports financiers contribueront à créer des conditions propices à l’innovation énergétique sobre en carbone. Cela dit, le secteur public devra emboîter le pas au secteur privé en matière d’investissement et montrer clairement la voie à suivre.

«Pour stimuler la transition énergétique, il faut adopter des mesures axées non seulement sur l’approvisionnement en énergie, mais également sur la demande énergétique», dit David Layzell, professeur à l’Université de Calgary et l’un des auteurs principaux du rapport. On peut accélérer la transition en proposant aux particuliers et aux entreprises une gamme intéressante d’options à faible teneur en carbone, de nature à améliorer leur qualité de vie. Il pourrait s’agir, par exemple, d’encourager l’autoproduction d’électricité par l’instauration de tarifs de rachat ou l’adoption de mesures facilitant l’accès aux toits solaires, ou d’offrir des transports en commun rapides, sûrs et confortables.

Le périple

Le groupe d’universitaires envisage la décarbonisation comme un périple en trois temps: la préparation (2017-2020), les premiers pas de la mise en œuvre (2020-2030) et la décarbonisation profonde (2030-2050).

«Il est essentiel, dans un premier temps, de mettre en place les structures et les modes de fonctionnement qui feront en sorte que les programmes, les décisions et les investissements produisent les résultats attendus», mentionne Normand Mousseau, professeur à l’Université de Montréal, directeur de l’Institut de l’énergie Trottier et l’un des auteurs principaux du rapport.

L’élaboration d’une vision commune de l’avenir et la création d’organismes qui veilleront à la réalisation de la transition sobre en carbone constituent les étapes clés de la phase préparatoire.

Une fois cette étape franchie, les premiers pas de la mise en œuvre devraient permettre aux Canadiens de choisir, parmi les options énergétiques de l’avenir, l’éventail le mieux adapté à leur coin de pays. Afin d’accélérer la décarbonisation, les politiques énergétiques retenues devraient s’inscrire, pensent les auteurs, dans une «stratégie de développement sobre en carbone» plus vaste reposant sur l’utilisation de la richesse exceptionnelle du Canada en énergies renouvelables comme formidable moteur économique pour le pays.

Le périple vers la décarbonisation profonde – qui permettrait au Canada d’être à la hauteur de ses engagements internationaux en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 80 % sous le niveau de 2005 d’ici 2050 – commence dès aujourd’hui. Pour avancer sur la voie de la décarbonisation, nous devons demeurer à l’affût des sources de GES sur lesquelles nous pouvons agir sans délai, adopter des politiques qui nous permettront de diminuer les émissions rapidement et modifier le cadre règlementaire chaque fois qu’il le faut dans le but d’accélérer la décarbonisation.

À l’échelle de la planète, le défi paraît certes colossal. Néanmoins, de plus en plus d’individus, de collectivités, de secteurs d’activité et d’administrations publiques s’attellent à la tâche, fermement résolus à relever ce défi avec brio. À long terme, on s’attend à une hausse de la demande mondiale d’énergie sobre en carbone et à un effritement de la demande mondiale de combustibles fossiles. Moyennant une planification judicieuse et la mise en place précoce de mesures de soutien, la transition pourrait se faire sans heurt, voire se révéler salutaire pour les travailleurs et les collectivités.

Source: Chaire UNESCO «Dialogues pour un avenir durable», Université McGill.

Personnes-ressources

Normand Mousseau (514 814-6485)
Catherine Potvin (514 398-3730)